‹ La JaquerieChapitre 74 sur 139 · L*ABBÉ · texte numérisé non relu

L*ABBÉ

L'impie! l'antéchrist! O mon Dieu! lui livreras-tu tes brebis?

F. SULPICE, à F. Ignace.

Le voilà, votre protégé, Ignace! Qu'en dites-vous?

F. IGNACE

Je suis confondu !

F. GODERAN.

Et moi de même. Je ne le croyais pas capable d'un •and crime.

1m Jaguerie. n

si grand crime

l'abbé.

Eh bien, mes chers frères"*^! ce que nous avons à faire, c'est de prendre au pkis vite la châsse de monsieur saint Leufroy, avec ce que nous pourrons emporter d'argent comptant, et de nous sauver àBeauvais, sans regarder derrière nous, autrement ce Philistin va venir et nous égorgera tous.

F. GODERAN.

Oh! le danger n'est pas si pressant. Dieu merci.

F. SULPICE

J'ai envoyé tout aussitôt un valet à messire Enguerrand. Ainsi nous serons promptement secourus.

F. IGNACE

Nos murailles sont hautes.

l'abbé.

Ah, mes frères! vous ne connaissez pas ce fils de Satan! Cet impie, par la puissance de sa magie, renverserait nos murailles plus facilement qu'un chandelier de bois. Sauvons-nous! sauvons-nous!

F. IGNACE

Parlez plus bas, sire abbé, les vilains peuvent nous entendre.

L ABBE, prenant un des bâtons qui servent à porter la châsse.

Allons, vite! qui m'aide à emporter* ces précieuses

reliques. Iji, entend des cris confus.)

F. IGNACE

Ecoutez!

i.a jaqlehie 179

i/abbé.

ConsKinnialiini est! f /impie est venu.

(Il se jette à (genoux. i F. SULPICE.

On frappe ! Jésus Maria ! ,on frappe à grands coups.)

L ABBE, d'une voix afTaiblie,

Vade rétro ^ Salarias!

F. IGNACE

Qui frappe si rudement à la porte de cette sainte abbaye?

LE LOUP-GAROU, en dehors.

Ouvrez, au nom du Diable! ouvrez, ou j'enfonce la porte !

l'abbé.

Mon Dieu! donnez-moi le courage de mourir martyr!

F. IGNACE

Si vous ne vous retirez sur-le-champ, nous allons vous accabler de pierres et de flèches.

LE LOUP-GAROU, en dehors.

Nous ne craignons pas plus vos flèches que vos excommunications ! ouvrez la porte, ou je vais renfoncer î

F. IGNACE, aux vilains.

Allons, mes amis, tirez par les meurtrières sur ces brigands.

LE LOUP-GAROU

Vassaux de ce couvent, nous venons vous délivrer

du servage; aidez-nous, nous sommes vos frères! Je suis Chrétien Franque, je viens vous délivrer.

l'abbé.

Le Loup-garou ! Jésus Maria!

TOUS

PREMIER VILAIN

Jamais je n'oserai tirer sur le Loup-garou.

(La plupart des vilains s'éloignent de la porte.) LE LOUP-GAROU.

Ah! vous allez voir ce que peut la masse du Loupgarou. (Il frappe la porte à coups redoublés.) ApporteZ-moi CettC

grande poutre. — Ici François, ici Petit-Jean. — Attention! frappez en mesure. Une, deux, trois. iLa

porte est frappée violemment et semble près de se briser.) VOllà QUI va

bien! encore un bon horion! Une, deux, trois. (Une

planche de la porte est enfoncée.)

F. IGNACE, prenant une pique.

Il faut être brave aujourd'hui, autrement c'est fait

de nous. (A labbé et aux autres moines.) AlloUS, faites COmmC

moi, au lieu de prier et de vous signer comme des femmes. (Aux vilains.) A moi, mes amis!

(La porte est enfoncée, le Loup-garou entre suivi de sa troupe; tous les moines et les vilains reculent à sa vue. Il arrache la pique des mains de frère Ignace, et le jette par terre en le frappant du bois.)

LE LOUP-GAROU

Laisse cette arme à des hommes, vieille tête pelée! Franchise aux vilains! Plus de servage! Allons, vilains, répétez ce cri : Franchise!

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