‹ La JaquerieChapitre 84 sur 139 · COUPELAUD, MAILLY, LAGUYART, BOURRÉ, ÉCHEVINS ET BOURGEOIS · texte numérisé non relu

COUPELAUD, MAILLY, LAGUYART, BOURRÉ, ÉCHEVINS ET BOURGEOIS

COUPELAUD.

La nouvelle est-elle vraie ?

MAILLY

Rien de plus sûr, voisin.

LAGUYART.

Messirc Enguerrand de Roussies a traversé la ville avec le reste de ses gendarmes, tous harassés de fatigue, quelques-uns blessés. Il ne nous laisse qu'une centaine d'arbnlètriers.

BOURRÉ

Il est certain que les affaires vont mal pour la noblesse, car messireEnguerrand, lui qui est toujours si hautain et si fier, il avait ce matin la gueule morte, comme dit l'autre. Je l'ai rencontré dans la rue. Du plus loin qu'il me voit, il touche son bonnet et vient à moi. — « Ah ! mon cher Bourré, comment vous en (( va? — Bien, monseigneur, pour vous servir. — Et « votre femme? vos enfans? — Assez bien. Dieu « merci! — Et le commerce? — Bien doucement. « Vous savez que les laines renchérissent. — Ah ! (( mon cher ami, me dit-il, vous avez sans doute ap- « pris que les Jacques-bons-hommes se sont révoltés « du côtéd'Apremont. Des capitaines d'aventure les « ont joints. Hier nous avons escarmouche avec eux, « et ils ont envoyé une troupe nombreuse contre « notre ville, que la sainte Vierge l'ait en garde ! — « Comment? lui fis-je. — Oui, fit-il, je m'en vais al- « 1er vous chercher du secours, mais je vous laisse (( mes archers. D'ailleurs, a-t-il ajouté, monseigneur, « le duc compte sur vous. Il connaît ses bons bour- (( geois de Beauvais, et n'attend que l'occasion de « leur accorder de nouvelles franchises. » Là-dessus il est monté à cheval, et il est parti avec ses gendarmes, et tout ce qu'il y avait de noble dans la ville.

COUPELAUD.

Et ces misérables vilains osent marcher contre nous?

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MAILLY

11 a dit qu'ils étaient nombreux.'

LAGUYAirr.

Je sais de bonne part ([ue tous les villages sont soulevés. Ils ont avec eux des capitaines Anglais et Navarrois. On nomme déjà Siward, qui s'est échappé de prison, Perducas, Eustache de Lanclgnac, le baron Galas, et je ne sais combien d'autres routiers.

BOURRÉ

Quand un ours sort du bois, les loups et les renards l'accompagnent, pour avoir leur part de la curée.

MAILLY

Mais nous perdons ici notre tems. Les rebelles approchent. Ils ont laissé quelques hommes devant le château de messire Gilbert. Mais tout le reste, avec les aventuriers et un moine qui les conduit, se dirige sur Beauvais.

LAGUYART.

Par la messe ! le cas est pressant, et nous n'avons que cent archers.

BOURRÉ

Mais nous pouvons sonner la grosse cloche et armer les métiers.

COUPELAUD.

Armer les métiers ! doucement ! nous n en sommes pas encore là, Dieu merci ! Peste ! donner des armes à la populace !

LAGUYART.

La canaille ne nous aime pas, et si jamais elle se sentait les armes à la main, elle voudrait nous faire la loi.

MAILLY

Enfin, il faut bien prendre un parti.

BOURRÉ

Voulez-vous laisser prendre Beauvais par les vilains?

COUPELAUD,

Non, certes.

BOURRE

Alors armons les métiers pour nous défendre; ou bien donnons de l'argent aux Jaques^ pour qu'ils nous laissent en paix. Ils disent qu'ils n'en veulent qu'aux nobles.

COUPELAUD.

La bourgeoisie, quand elle est aussi ancienne que la mienne, par exemple, est comme la noblesse.

MAILLY

Et puis donner de l'argent, toujours de l'argent...

LAGUYART.

On a bien de la peine à gagner un florin, faut-il quand on le tient dans sa pochette le donner aussitôt à des voleurs.

BOURRÉ

Faites ce que bon vous semblera, mais décidezvous.

COUPELAUD.

Envoyons aux murailles toute la petite bouroeoisie. Elle a tout autant à craindre des vilains que nous-mêmes. Nous, restons ici pour donner des ordres, ou si vous voulez, montons au clocher, nous verrons si chacun est à son poste.

BOURRÉ

J'ai grand'peur que les bourgeois ne se conduisent pas trop bravement. F^es gens de métiers sont meilleurs pour se battre.

COUPELAUD.

Il faut dire aux bourgeois que monseigneur le duc leur donnera des franchises, s'ils se comportent en prud'hommes.

BOURRÉ

Oui-dà; mais nous croiront-ils? Le roi. Dieu le bénisse ! nous avait promis des privilèges pour avoir défendu la ville contre les Anglais*, et nous sommes encore à les attendre, ces privilèges.

COUPELAUD.

Bah, bah! le danger n'est peut-être pas aussi pressant qu'on se l'imagine. Nos murailles sont hautes,

il y a de l'eau dans les fossés. (Entre un bourgeois.)

MAILLY

Qu'est-ce? qu'y a-t-il maître Mauclerc?

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