ACTE III
NÉRINE
Je veux cependant qu'il l'apprenne, et qu'il s'efforce de retrouver )ns malheureux restes, s'il en existe encore. Ah! Sylle ! Ah ! quel sort cruel et digne de pitié !
AMIINTE.
Dieux ! que dit-elle ?
NÉRINE
Ah ! Daphné !
DAPHNÉ
Que dis-tu? Pourquoi nommes-tu Sylvie en pleurant?
NÉRINE
Ah ! que je pleure avec raison un accident déplorable !
AHINTE.
Hélas ! quel accident veut-elle dire ? Je sens que mon cœur BC glace et je ne puis plus respirer. Vit-elle ?
DAPHNÉ
Apprends-nous ce malheur!
NÉRINE
0 Dieu ! pourquoi suis-je la messagère ! 11 faut cependant parler. Sylvie arriva nue à ma demeure ; tu dois en savoir la cause. A peine vêtue, elle me pria de l'accompagner à la chasse qui se donnait au bois des Chênes. J'y consentis ; nous nous y rendîmes et trouvâmes beaucoup de nymphes rassemblées. Peu après, voici qu'un loup, d'une taille énorme, s'élance je ne sais d'où, la gueule dégouttante d'une écume ensanglantée. Sylvie ajuste un trait sur la corde d'un arc que je lui donnai ; elle tire et atteint l'animal sur le haut de la tête. Le loup s'enfonce dans le bois, et un dard à la main la bergère le poursuit.
A Ml ME.
0 douloureux début ! Hélas ! quelle fin il m'anncnce !
NÉRINE
Armée d'un autre dard, je suis leurs traces, mais d'assez loin, car je fus moins prompte à m'élancer. Je la perdis de
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vue dans l'épaisseur du buis ; mais, courant après elle, j arrivai à l'endroit le plus désert et le plus touffu. Là, j'aperçois à terre le dard de Sylvie, et non loin le voile blanc oii j'avais moi-même rassemblé ses cheveux. Puis, jetant les yeux alentour, je ^ois sept loups qui léchaient du sang sur des membres tout dépouillés. Mon destin permit qu'ils ne m'aperçussent pas^ tout entiers qu'ils étaient ta leur pâture. Alors, pleine de terreur et de pitié, je m'enfuis. C'est tout ce que je puis vous dire de Sylvie, et voilà son voile.
Crois-tu donc avoir peu dit ? 0 voile ! ô sang ! ô Sylvie, tu n'es plus !
DAPHNÉ
0 l'infortuné ! 11 se meurt !
11 respire encore. Ce n'est qu'un évanouissement passager. Voici qu'il recouvre ses sens.
Douleur qui me tortures, ne me tueras-tu donc jamais ? Que tu es lente! Peut-être laisses-tu ce soin à mon bras? J'y consens ; qu'il s'en charge, puisque tu refuses ou que tu es impuissante. Hélas ! si désormais rien ne manque à la certitude et au comble de mon malhem-, qu'attendrai-je encore? 0 Daphné, Daphné, pourquoi m'as-tu conservé pour cette fin amère ! Certes, il aurait été doux et beau pour moi de mourir alors que je voulais me tuer. Tu ne l'as point permis, non plus que le ciel, dont ma mort eût prévenu les tourments qu'il me réservait. Maintenant qu'il a épuisé sur moi sa colère, il souffrira bien que je meure, et tu dois le souffrir aussi.
DAPHNÉ
Attends poui' mourir que la vérité nous soit mieux connue.
AMINTE
Hélas ! que veux-tu que j'attende ? Hélas 1 je n'en ai que trop appris !