ACTE H
TIRCIS
Oui, s'il ne l'a vu naître une autre fois.
DAPBNÉ.
Nous verrons, Tircis, si tu sauras le fuir comme tu dis. Puisque tu lais l'indomptable comme le coursier ou le lévrier, je te proteste, quand tu viendras implorer mon secours, que tu n'aïu-as de moi pas un mot, pas une démarche, pas un clin d'oeil.
TlRCIS.
Cruelle, qui te donnera le cœur de me voir mourir ? Si tu veux que je t'aime, aime-moi. Faisons l'amour d'un mutuel accord.
DAPHNÉ
Tu railles, mais tu ne mérites pas une amante telle que moi. Ah ! combien sont trompés par l'éclat d'un beau visage !
TIRCIS
Je ne plaisante pas, non ; mais toi, sous ce prétexte, selon l'usage de tant de femmes, tu rejettes mon amour. Cependant, si tu ne veux pas de moi, je vivrai sans aimer.
OAPHNÉ.
Tu vis plus heureux que jamais, Tircis, car tu vis dans le repos, et c'est toujours dans le repos que naît l'amour.
0 Daphné, ce loisir, un dieu me l'a fait, celui qu'on peut ici regarder comme un dieu. Ses nombreux troupeaux paissent de l'une à l'autre mer, dans les plus fertiles campagnes, et sur les pentes agrestes de l'Apennin. Il me dit, eu m'admettant parmi les siens : Tircis, que d'autres protègent mes bergeries contre les loups et les voleurs, distribuent les récompenses et les châtiments à mes sujets, paissent mes troupeaux, en recueillent la laine et le laitage dont ils seront les dispensateurs; pour toi, chante maintenant que tu es au sem du repos. Aussi, au neu de lui chanter les badin iges d'un terrestre amour, il est bien juste que je célèbre les aïeux de ce
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Jupiter ou de cet Apollon (je ne sais lequel dire), car par ses œuvres el son visage il ressemble à tous deux. Ma Muse rustique a le royal honneur de chanter ses aïeux, plus illustres que Saturne ou le Ciel; et que mes accords soient simples ou éclatants, il ne les méprise pas. Cependant je ne chante pas sa gloire, ne pouvant mieux l'honorer que par mon silence et mon respect ; mais ses autels seront toujours ornés de mes fleurs et pai-furaés de mon encens, et avant que cette pure et fervente religion s'eflace de mon cœur, les cerfs se nourriront d'air dans les plaines du ciel, les fleuves changeront de lit et de cours, le Persan boira les eaux de la Saône, et le Français celles du Tigre.
DAPHNÉ
Oh ! tu prends un vol bien élevé. Descends un peu à ce qui nous occupe.
TIRCIS
L'essentiel est qu'en allant à la fontaine avec Sylvie, tu cherches à l'attendrir, tandis que moi je m'efforcerai d'y conduire Aminte. Ma tâche ne sera sans doute pas moins difficile que la tienne. Va donc.
DAPHNÉ
J'y vais ; mais nous parlions d'autre chose.
TlRClS.
Si de loin je reconnais bien sa figure, c'est Aminte qui paraît de ce côté. Oui, c'est lui-même