La Jérusalem délivrée
Depuis le vieil Homère, aveugle et mendiant son pain, en récitant les plus beaux chants de Y Iliade et les plus doux récits de Y Odyssée, au premier rang, c'est-à-dire au plus malheureux des faiseurs d'épopées (une race auguste), il faut placer Torquato Tasso, l'auteur de la Jérusalem délivrée. Il a payé de tous les malheurs de sa vie un chef-d'œuvre, encore est-il mort en doute de sa gloire, avant d'avoir pesé sur sa tète le laurier poétique. Discuté pendant sa vie, il fut, de siècle en siècle, discuté par les
r, PREFACE.
plus grands critiques et les plus sévères... Prononcez le nom du Tasse aui oreilles de quelque écolier de rhétorique, aussitôt le voilà qui prononce, avec un dédain supeAe, ce vers trop célèbre :
l.t le cSnquant du Tasse i tout l'or de Virgile!
Attendez cependant que notre écolier se soit enivré à la source éloquente de ce grand poète; attendez qu'il ait partage ses passions, ses ravissements, ses extases, et que son Ame ait goûté le charme irrésistible, aussitôt !<• voilà qui s'amende, et qui devient |e irrand admirateur des dames el des héros de la Jérusalem. Ali ! le beau poème, el comme on est bientôt de l'avis ilr M. de Chateaubriand, lorsqu'à propos du vieil Olymj e et des dieux anciens, que l'Évangile a détrônés, l'illustre auteur du Génie du ChriUianisuif el des Martyri proclamait l'excellence du merveilleux introduit dans leurs poèmes divins par Dante el Mil ton, ces chrétiens qui s'étaient délivrés de l'invocation à la musc et de I intervention" de Jupiter. « Certes, disait M. de Chateaubriand, nous savons que nous ;i\<>us à combattre, à propos de hi Jérusalem délivrée, un des plus anciens préjugés de l'école. Toutes les autorités sont contre nous, el l'on peut nous citer vingt vers Ar ['Art poétique qui nous condamnent. Quoi qu'il en soit, il n'est pas impossible de soutenir que la mythologie, si vantée, loin d'embellir la nature, en détruit les véritables charmes, et nous croyons «jih1 plusieurs littérateurs distingues sont ;i présenl denotri avis.
I c plus grand el le premier vice de 1 < t mythologie était de rapetisser In nature cl d'en kmnir la vérité. Une preuve incontestable de ce fait, e'esl que In poésie que nous appelions descriptif .i été inconnue rie louie l'antiquité; les poètes mêmes qui ont chanté la nature, comme Hésiode, Théocrite el Virgile, n'en uni point r.ul li description dans le sens que nous attachons à ce
PRÉFACE. vu
mot. » Lorsqu'il parle ainsi, M. de Chateaubriand répond tout ensemble à Despréaux et même au grand Corneille, amoureux des dieux de Rome, et resté fidèle à ces errantes divinités que niait Lucrèce avec tant de génie :
Otez Pan et sa flûte, adieu les pâturages;
Ofcez Pomoneet Flore, adieu les jardinages ;
Des roses et des lis le plus superbe éclat,
Sans la Fable, en nos vers, n'aura rien que de plat.
Qu'on y peigne Cil savant une [liante nourrie
Des impures vapeurs d'uni' lerre pourrie,
Le portrait plaira-t-il, s'il n'a pour agrément
Les larmes d'une amante ou le sang d'un amant?
Voilà donc ce qui s'appelle une illustre dispute : ici le grand Corneille, un peu plus loin Despréaux, plus tard M. de Château briand et M. deFontanes, amoureux de Cymodocée et le défenseur du bel Eudore, un lils (l'Homère, implorant les eaux du baptême. A quoi hou, cependant, prolonger cette dispute; il nous suffira d'invoquer l'auteur de la Jérusalem en personne. Interrogé simplement, il nous répondra par un récit victorieux.
Comme il venait d'achever son grand poëme, un sien ami demandait à l'auteur de la Jérusalem délivrée une idée approchante de son œuvre, et celui-ci, sans mot dire, emmena son ami dans la campagne au lever du jour. Ils se mirent à gravir en silence une montagne escarpée, et quand ils lurent au sommet, sous les vives clartés du soleil levant :
— Regardez! s'écria le poète.
Et l'ami, tout au loin, découvrit un speclacle immense : il vit arriver les bergers qui conduisaient leurs troupeaux aux pâturages; il vit sous les armures brillantes, au flot flottant de leurs drapeaux glorieux, et conduits par un vieux capitaine, les soldats qui allaient
m, PRÉFACE.
à la guerre. En même temps, les oiseaux chantaient, lesruisseaui murmuraient; les bergères cherchaient les bergers; le voyageur passait, un bâton à la main; le marchand s'en allail au loin, cherchant la fortune; el voilà l< s jeunes dames sur leurs pal< frais,
,, pagné s de jeunes seigni urs qui vont à la chasse, un faucon
sur |e poing . \u bas du coteau, le laboureur poussait sa charrue ; il v ;i\;iii sous un vieil arbre, un poète amoureux qui faisail des vers à sa dame absente. Et l'idée et la passion, le doux travail, les beaux rêves, toui passait v,»us les yeux éblouis de a s deux hommes, debout sur le monl sourcilleux. Tasse alors, d'un geste héroïque i tout semblable à quelqu'un des grands soldats de Godefroi de Bouillon, son héros :
-—Écoute, ami, lui <lit-il ; d'un coup d'oeil je vais te montrer mon poème : le soleil sur ton front, la terre à les pieds, la Méditerranée éclatante et qui jette au 1 « > i 1 1 si \i\<- écume; ce poète el ces soldats; ces charrues el ces plaines couv< pies d'abondance avec tant «le mouvement, tant d'amour; ces n chers, c - ruisseaux, ces jeunes gens, et bientôt la nuit i<>m entière, el les étoiles rayonnantes dans le ciel . . . voilà mon poème.
\ ces mQls, r;iiui du poète prit si main glorieuse el la baisa.
Tel fut un des beaux moments, trop ran s dans cet te illustre vie, où la gloire el l'abandon, le triomphe el le cabanon <l<,v- fous, i<mi ce que la fortune humaine a de plus horrible el de plus charmant se rencontreà l'excès. Cette montagne éclatant ses! assea semblable .m mont llémus en Thessalie, entre l'Adriatique et le Pont- Ijimii. que découvrit l'liili|i|>c <lr Macédoine.
\ celle découverte, <jui lit battre le cœur du père d'Alexandre, nous préférons 1rs sommets » I u Tasse, ou tout simplement ce monl Ventoux, dont Pétrarque a parlé dans l'accent même de Jean-Jacques Rousseau, de Bernardin de Saint-Pierre ou de M. de Chateaubriand :
PRÉFACE. ix
« Longueur du jour, pureté de l'air, force et dextérité du corps, tout favorisait notre entreprise, et quand enfin j'eus gagné ces sommets lumineux : Souviens-loi, me disais-je, de tant de peines à gravir ces sommets escarpés. Que d'erreurs dans les sentiers, que de fatigues avant de toucher le but! Ainsi la vie éternelle est d'accès difficile; il y faut aller de vertu en vertu, comme tu es venu ici de rocher en rocher. Là-haut est la fin de tout; le but du voyage de toute notre vie est au ciel . »
Ainsi disait Pétrarque, un des ancêtres du Tasse, et nous pouvons admirer déjà, comment dans les moindres accidents de leur pensée et de leur travail, ces grands esprits se ressemblent :
« Je descendis la montagne, assez dédaigneux de l'obstacle, et, quand j'eus atteint la cabane du berger, mon point de départ (la lune brillait dans le ciel), la prière remplissait mon cœur. »
Un autre père, et plus direct encore, de l'auteur de la Jérusalem délivrée, s'appelait Arioste. 11 était un des inventeurs de cette langue toute nouvelle, l'italien vulgaire, qui avait remplacé la langue provençale, usitée en toutes les cours les plus brillantes de l'Europe, et si chère à la société polie en France, en Angleterre et en Allemagne. Elle avait été longtemps reine et maîtresse à la suite des troubadours, et il ne fallut rien moins que le génie et la volonté de Dante et de Machiavel, unis à la grâce et à l'esprit de Boccace, au génie, à l'invention d'Arioste, aux souvenirs d'Athènes, au voisinage de Rome enfin, pour composer la langue admirable que Tasse a parlée. Et quel chemin a fait son poëme à travers le monde antique et moderne ! Il s'empare en conquérant de la Florence de Dante, de la Provence de Pétrarque, des vastes campa'gnes du Roland furieux. La mer d'Ionie et les îles d'Egée, l'Hellespont, la Propontide et le Bosphore, la Grèce et les Cyclades, encore aujourd'hui Venise, ont retenti des combats d'Argant, de Tancrède et de Raimond de Toulouse. Toutes les âmes ont été
x PRÉFACE.
amoureua s d'Àrmide ; elles onl suivi II rminie et Tancrède en ces tiers obliqu< s el détournés :
o 0 camp des chrétiens, disait-elle, reçois la triste Hcrminie, 1 1 qu'elle obtienne c îtte pituj que, jadis captive, elle trouva dans l'âme de son vainqueur. »
Un contemp rain du Tasse a rencontré la Jérusalem délivrée à Chypre, î\ Rhodes, en Achaïe, en Epire. Elle avait envahi tout l'Orient; rOccident la savait par cœur. Même en France, aui environs de la Saint-Bartbélemy, la cour des Valois avait entendu parler des jardins d'Armide H <!•• la beauté de Clorinde. On \ |iiirliiii du siège de Jérusalem, comme on eûl parlé il«- Jarnac el de Mon tcon tour. Que disons-nous? Nous-mêmes aujourd bui, en cherchant dans le poète Ronsard, dont Tasse .1 si bien parlé, el dans les poètes de la Pléiade, m souvenir de In Jérusalem, non-, avons été assez beureui pour le trouver justement dans une harangue que le poète Ronsard a prêtée au duc de Guise, encourageant les soudards de Metz, le jour où il pensait avoii l'assaut :
Au milieu des soudards la sanglant* Bellone D'un fei rouillé portraite horriblement félonne Ei i Mit avec Discorde, et d'un foel sonnant
Aloit de ses guerriers les cœurs êpoinç tant.
autour du c irselel dessus les saintes plaiues " De l'Océan, vaguaient trois cents navires pleines De ' bevaliers < roisés, et de la juste mort Du païen Corborant rougiseoit l'autre bord. I i, vainqus s'élevoienl en graveure 1" -
grands murs d'Antiocbe et ceux de Nicée, Ceux «I- Tyi el de Sidon : et là ce Godefroj D< toute la Judée étoil peint comme roi.
Ainsi lassées! loul onscmble un Grec, un Romain, un philosophe, un poftte, un voyageur, un capitaine à la façon des gentils*
PREFACE. m
hommes et des historiens d'autrefois, attirés par leur génie et par leur croyance au tombeau de Jésus-Christ :
« Et quant je voulus partir et me mettre à la voye, dit le sire de Joi mille, je envoyé quérir l'abbé de Cheminan pour me reconcilier à lui. Et me bailla el ceignit mon escharpe, et me mit mon bourdon en la main. Et tantost je m'en pars de Joinville, sans ce que rentrasse oneques puis an chastel, jusques au retour du veage d'outrè-mer. Et m'en allay premier à de saints veages, qui estoient illeques près tout à pié deschaux, et en lange. Et ainsi que jeallois de Blescourt à Saint-Urban, qu'il me l'ai loi t passer auprès du chaste] de Joinville, je n'ose oneques tourner la face devers, de paour d'avoir trop granl regret, el que le cœur me attendrist. »
Ajoutez qu'il était un chevalier de la Table ronde. Il croyait aux enchanteurs, aux rois tout-puissants, aux cours d'amour, à Clémence Isaure, aux dames du gai savoir, aux cardinaux dans leur pourpre, aux pontifes sous la tiare. Il croyait surtout aux belles dames, aux princesses amoureuses {\u génie. Et pendant que Dante invoquait Béatrice, el (pie Pétrarque immortalisait le nom de Laure, el queBoccace aimait la Fiammetta, Tasse appelait à son aide Éléonore, une princesse de Ferrare, et, lui aussi, il voulait savoir de sa dame quel était son prochain avenir :
Io dubitava, e dicea : dillej dille Fra me, dille, diceva, alla mia donna Che mi dissetta cou le dolci stilte.
« Jétiiis dans le doute, et je disais en moi-même : Dis-le, dis-le à ma dame qui apaise ma soif par la douce rosée qu'elle distille... »
Mais la princesse de Ferrare était loin de ressembler à la Béatrice idéale; elle acceptait volontiers l'admiration et les respects du poète, et du reste elle ne s'inquiétait guère qu'il fut riche ou
mi PRÉFACE
pauvre, inspiré ou malheureux, en grâce auprès du duc de Ferrare, ou maltraité par ce prince ingral qui préférail l'Arioste au Tasse, ei le Roland furieux à la Jérusalem. Qu'importe à la princesse Éléonore? Un jour même, il fallut que le poète, entendani qu'on outrageait sa princesse, mil la main à l'épée ei châtiai le téméraire. Il tenail l'épée aussi bien que la plume, H son courage égalait son génie. Un paladin n'eût pas mieui fail pour la dame ;iu\ grands yeux, dont il portait les couleurs. Ce fui pourtant à la suite de ce duel honorable qu'il se \ii forcé de quitter la cour de Ferrare. Ali ! le malheureux ! il mena longtemps une vie errante ; il se croyait poursuivi, menacé, condamné. Pas un ami, pas <l 'asile, et p:is mu' étoile dans le ciel! El comme il était loin en ce moment des enchantements ei des féeries qu'il ;i célébrés dans un des plus beaux chants il»' la Jérusalem :
Suoiii, (.mil, \r>tu\ ginoclli, \i\;iii(]c,
Quanta puô cor pensar, puô chièder bocca!
La musique, 1rs chants, les beaux habits, les robes galantes, les j<mix, I. - festins, autant que I esprit peut en imaginer, que la bouche en peut demande! .
Mais l'exil [l'exil est impie! était insupportable à ce grand homme. En vain les princes et les rois de l'Italie offraient à. son génie une retraite heureuse, et le voulaient retenir, du moins par leurs promesses, son âme el son cœur le poussaient à Ferrare. Il S iv\ inl : il revit ces beaux lieux où il avail entendu retentir à oreilles charmées 1rs premiers bruits de sa gloire innocente. Il revit le duc de Ferrare; il retrouva la belle Éléonore. .. 0 misère ! o vanité des espérances poétiques ! A peine si l<- prince ml un regard, ;i peinesi la princesse eut un sourire pour cet ornement de leur règne, pour ce génie illustre auquel !«• duché <!,• Ferrare
PRÉFACE. xiii
éternellement devra sa plus belle et plus durable renommée. A F exemple du maître el de l'injuste princesse, les courtisans, race abjecte, accablèrenl le malheureux de leur ironie et de leur mépris. Ils méconnaissaient si renommée; ils insultaient à sa gloire; ils célébraient jusqu'aux cieux un tas de méchants poètes nouvellement éclos, aux charmantes amours de YAminte, ;mx vives clartés de la Jérusalem : Boïardo, Pulcî et Àiamanni. En vain I»1 poëte allait <le l'un à l'autre, attendanl quelque justice, on lui répondit parties violences telles, qu'il s'emporta contre tant d'insolence. Aussitôt voilà l'émeute autour de ce brave homme; on se récrie, on l'accuse; il est l'on, el le prince qui le devait défendre et protéger, prenant parti pour ses courtisans contre son poëte, le fil enfermer dans l'hôpital des Ions, à la même heure où le Camoëns, sauvé du naufrage, expirait sur un grabat d'hôpital. \<m^ avez commis ce jour-là un crime irréparable, Alphonse de Ferrare, et voire nom restera entaché jusqu'à la lin des siècles du souvenir des traitements imposés à l'héritier de Virgile, au disciple éloquent d'Homère, à l'émule heureux d'Àrioste, à ce rare el vaillant génie*. Ah! quelle peine à le voir dans sa loge, accablé de solitude et d'ennui, tantôt furieux sous l'injustice et tantôt priant ci suppliant qu'on le prît en aide et pitié. Il était seul dans es abîmes ; p;is un sourire el pas une pitié, (.'est ainsi que l'entrevit, à travers les barreaux de son ( achot, un des meilleurs el des plus judicieux esprits de la France au quinzième siècle, Michel, sire de Montaigne. On s'étonne el l'on s'afflige en même temps que l'auteur des Essais, dans toute la force dr l'âge et du génie, ait manqué, disons-le, non pas de respect, mais de sympathies et d'intelligence pour tant de malheurs. Il regarde, il passe, avec plus de dépit que de eompassion, nous dit-il, et ne se doute pas qu'en ce moment il perd une admirable occasion de venir en aide au plus rare, au plus malheureux des grands poètes de son temps. De son côte,
l'Iil.l M I
i omn enl donc le \>< ëte infortuné pouvait-il se douter que ce passant, i i /. représenl «il ;i lui seul toute sagesse el toute philosophie appuyées sur le doute, <•! qu'il était le plus ingénieux exi mple des bons écrivains de la Renaissance? ainsi t<»m -•• mêle el se confond dans la tombe anticipée imj le Tassées! abandonné visions, à ses rêves, à ses regrets, à ses souvenirs : souvenirs d Homère el de Virgile, «le la Grèce et de l'Italie, de Dante el d< Pétrarque, d'Ovide el <lr Claudien, delà Pharsalee\ delà Di- Comédie, visions entrevues de ses voyages, peines cl regrets - amours. Pendant s< |>i années de ce supplice, il resta courbé sous <<■ fardeau, plus lourd Que riitim, el cependant son poème épique, adopté du monde intelligent, fatiguait toutes les \"i\ •!•' la renommée. A la lin. dans i<»u^ ces esprits frappés de cette gloire incontestable s'éleva comme une lueur immense, h l'Italie entière, el Florence, h Rome elle-même, «•! le souverain pontife, au nom de la gfoire el de l'honneur de l'Italie, ont réclamé l<- poète malheureux. Le duc de Ferrare hésitait encore; il était lâche; il savait qu'il était écrit dans YEnfcr du Dante : Honorez 1rs poêla sublimes. Il avait peur des châtiments de <■«• fou glorieux qu'il retenait obstinément dans cette misère. Grâce ;'i Dieu créateur <l<^ poètes, l'opinion publique l'emporta sur ces tristes rancunes, ••! la prison du Tasse, ouverte .1 regret, le Lrr;iml
lut rendu ;'i la lumière, ;'i l'espérance, à tant d'amis que lui avait lui son génie. Manloue, entre toutes les villes italiennes, la
patrie de Virgile, accepta le poète errant .11 \ lui reçu comme 'm prince: on ■ ùi ilit que ces honnêtes lths tenaient ;'< grand honneur <!»• faire oublier ;'i ce malheureux tant «l"îiijti>~iî*-«* **t de 1 ■ ont, en *-<>ii honneur, que fêtes, spectacles, concerts Les plus belles dames s'honoraient <l«' réciter devanl lui le l'Aminte. Hélas! après !<•<•. premiers jours d'enthousiasme, il retomba fatalemenl dans sa tristesse, Il ne savait plus
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sourire; il ne savait plus être heureux, et bientôt, poursuivi par ces funestes visions, il reprit sa course aventureuse. Il était si pauvre, qu'il fui tenté de demander l'aumône à la porte de Na pies; mais Naples oisive, au nom du Tasse, accourut pleine de joie et d'orgueil. Jamais réception plus sympathique; on voulait l'entendre et le voir; on le saluait comme un maître; on l'adorait comme un dieu. Quiconque était prince ou marquis, capitaine ou seigneur de quelque domaine, ambitionnait l'honneur d'un pareil hôte; mais lui, simple et bonhomme, il frappait à la porte du couvent des Oliviers, et se cachait dans une humble cellule. Il en avait pris l'habitude; il avait renoncé à toutes les grandeurs, et quand, lassé de Naples, il s'en vint à Rome, il ne chercha pas d'autre asile qu'un hôpital fondé par son grand-père. Là, il serait mort, oubliant, oublié; mais, encore une fois, Dieu soit loué, qui ne veut pas que les grands poètes disparaissent avant d'avoir eu leur jour !
Pétrarque heureux, (c'était justice!) au plus beau moment de sa vie et de ses amours, avait été appelé à l'honneur des triomphateurs : « Chose singulière ! pendant mon séjour à Vaucluse, je reçus dans le même jour des lettres du sénat de Rome et du chancelier des études de Paris, par lesquelles on me sollicitait à l'envi de venir dans ces deux villes pour y recevoir le laurier poétique. J'étais jeune alors, et, à la réception de ces lettres, je méjugeai digne de l'honneur que l'on me faisait, puisqu'il m'était offert par des hommes d'un si grand poids. Faisant donc moins attention à ce que pouvait réellement valoir mon mérite qu'au jugement que les autres en portaient, je ne m'occupai qu'à peser en dedans de moi-même à laquelle des deux offres, venues de Rome ou de Paris, je devrais prêter l'oreille. »
Pour ce grand triomphe, on parlait de la Provence, on parlait de Naples, on parlait de Rome, et ce fut a Rome en effet, au Capi-
PREFACB.
lole, ni lieu même "ù pendanl bail jours avait triomphé Jules
que triompha François Pétrarque. A Rome aussi, le! adopté par le cardinal Cinthio Aldobrandini et par le pape Clé ment Mil. allail recevoir sa dernière couronne. Rome, à son tour, lui lui clémente et fraternelle. Le pontife, interprète de la recon naissance publique :
— 0 mon ûls, disait-il au poète, on vous réserve une couronne, qui lut l'honneur des poètes, et <l<»ni troua doublerez le prix sitôt qu'elle aura touché votre front.
Déjà Rome était < n fête, et préparait toute chose pour le couronnemenl du poète héroïque et chrétien; mais le Tasse était au bout de ses forces; il ;i\;iii trop souffert, et cette couronne si bien gagnée devint l'ornemenl de son tombeau. Il mourut à Saint-Onuphre le 25 avril 1595; il était ii<: à Sorrente, le II mai 1544. Il était donc bien jeune encore! lu peu de bonheur eût grandement aidé -••il génie.
Aussitôt que Rome appril cette perte illustre, elle pleura, et longtemps elle porta le deuil iii" ce merveilleux inventeur, <|iii laissait après lui un de ces chefs-d'œuvre impérissables, dont la gloire ira sans cesse et suis lin d'âge en âge, éclatant el Brandissanl toujours
M de Chateaubriand, ambassadeur de France à Rome, comme il avail retrouvé et réparé l«' tombeau du Titien à Venise, eut la piété toute filiale de rechercher le tombeau du Tasse, h non sans peine, il déposa un brin de son laurier sur ce marbre indignement négligé :
J'eus grand'peine à trouver dans Rome oublieuse le tombeau
du I issi ^prèslout, les cendres d'un poète religieux et infortuné
ni pas trop mal placées dans un ermitage : l<- chantre <!«• /'/
totem semble s'être réfugié dans cette sépulture ignorée,
comme pour échapper aux persécutions des hommes. H rempli! le