‹ La jeune Belgique [microform]Chapitre 104 sur 215 · ROSES SAINTES · texte numérisé non relu

ROSES SAINTES

Larges roses du soir, fleurs saignantes des ombres. Mes souvenirs et mes désirs et mes remords Font un épais buisson fleuri de roses sombres. Rouges comme Vamour et comme le remords.

Dans le silence ému du jardin de silence

Où le rosier nocturne exhale ses parfums.

Les roses de mon cœur, rouvrant leur cœur immense.

Répandent dans la nuit leur sang et leurs parfums.

Lentement, longuement, mon regard triste plonge Dans leur pourpre meurtrie afin de contempler Les songes d'autrefois au fond des fleurs de songe Que mon cœur douloureux se meurt de contempler.

fleurs, rouges jadis des plus rouges tortures,

— Lèvres, fièvres et feux de torches dans la nuit, —

Pareilles maintenant à des bouches obscures

Dont les derniers baisers s'effeuillent dans la nuit.

Le rosier ténébreux lève ses fleurs géantes Où bouillonne le sang des royales douleurs Et de ce lourd bouquet de blessures béantes Jaillit soudain un corps lumineux de douleurs.

Neige avec un vin rose étrangement pétrie.

Lys qu'une aurore a teint de ses baisers vermeils.

Sa chair vierge, d'amour et de grâce fleurie,

Dans ses pieds et ses mains ouvre des trous vermeils.

Et le front, le front clair, percé de mille épines, Que les ronces de pourpre ont couronné de sang. Fleurit comme un buisson fou de roses divines Goutte à goutte effeuillant leurs pétales de sang.

Sous le ciel indulgent la chair luit, le sang coule ! Aimons! Pleurons! Prions! Sous la chair f ai vu Dieu. Mes désirs, mes remords, mes souvenirs en foule Se meurent sous les pieds rédempteurs de mon Dieu,

SATAN

Dans le caveau d*or sombre étoile d'émeraude Uldole sur Vautel dresse sa nudité, n énormes fleurs de feu, rouges de volupté.

Lèchent ses pieds lascifs de leur corolle chaude.

Sous la voûte, où l'encens comme un nuage rôde, Luit Vœil fauve et mugit le muffle ensanglanté De celui qu'en pleurant le monde épouvanté Appelle Dieu du Meurtre et Seigneur de la Fraude.

Mais vainqueur des vertus, des dégoûts et des peurs. Pour réduire à merci les cerveaux et les cœurs Que r éternel secret des luxures fascine.

L'archange noir, bandant tous ses muscles velus, Cambre ses reins honteux, son ventre et sa poitrine Hérissés d'un fouillis monstrueux de phallus.

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