EN REGARDANT LE SOLEIL
Je voudrais m'en aller au pays des lumières
Que cherche en vain l'esprit et qu'ont trouvé les yeux.
Et là, sous les clartés ruisselantes des deux,
Me dresser, souverain, tout vibrant de lumières!
Et ce seraient partout lumières et lumières ! Des soleils! des soleils! en l'éclat bleu des deux. Réverbérés cent fois dans l'océan des yeux!
Oh! soleils et soleils! lumières et lumières!
Éclosion des cœurs floraux en des lumières!
Éclosion des fleurs d'astres au fond des deux! Et les pleurs jaillissants feraient éclore aux yeux Mille fois les fleurs d'or, mille fois les lumières!
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Et tout serait lumière l et lumière! et lumière l Les atomes dansants, Vatmosphère, les deux.
Et les yeux et les cœurs ^ et mon cœur et mes yeux l Oui, tout serait lumière! et lumière! et lumière!
Or, quand je quitterai le pays des lumières,
Rassasié, le cœur astre comme les yeux.
Et repris aussitôt par la nuit de nos deux.,.
Mes yeux verraient sans fin flamboyer des lumières!
Henri Vandeputte
CHRONIQUE LITTÉRAIRE
A propos de VAlmanachdii M. Emile Verhaeren.
es races et, spécialisées par le milieu, les nations, sont soumises, dans leur développement, aux mêmes conditions que les individus qui les composent. De même que, suivant une loi physiologique, les corps vivants passent, à leur déclin, par des phases analogues à celles qui marquèrent leur croissance, ainsi une civilisation manifeste, à Tépoque de sa décrépitude, les symptômes de son enfance. C'est ainsi que la barbarie naît au milieu des mœurs trop policées, que la grossièreté sort du raffinement. L'art, qui est un véritable instrument de précision pour mesurer l'état intellectuel d'un peuple, traduit avec une remarquable sensibilité cette effrayante débâcle. Il suffit, aujourd'hui, de consulter, même rapidement, les productions de la sculpture, de la peinture, de la musique, bien que ce soit là un art relativement encore jeune, pour s'assurer de la vérité de la proposition que j'avançais plus haut. Notre cycle se referme sur la barbarie.
On ne jure plus que par le moyen-âge. Pour quelques-uns ces siècles monstrueux et noirs sont la plus belle période de l'humanité. Ils trouvent à leur délire violent un écho dans les sabbats des sorcières et dans les crises hystériques des démoniaques. Ils sont poussés vers cette épilepsie tragique comme les fous sont poussés vers les fous. D'autres, plus avancés encore, en arrivent à l'âge de la pierre. C'est ce que VArt moderne appelle aller de l'avant et évoluer. Prenons quelques exemples au hasard : Gauguin façonne ces idoles mal dégrossies que l'on retrouve dans les forêts de la Polynésie ; Odilon Redon fait des dessins dombrcs quil intitule : Retour
aux origines ; Minne recommence les xylographies allemandes du XV^siècle, Filiger, les enluminures enfantines de la Bible des pauvres; Mauclair balbutie sénilement quelques onomatopées du langage émotionnel primitif où les mots n'ont pas encore de sens; Mockel s'inspire des chantefables chères à M. Wilmotte et Maeterlinck lui-même, parti de Shakespeare, aboutit avec F. Hérold aux Mystères de Notre-Dame. Tous ces pseudoartistes forment la queue houleuse du romantisme qui rêva le premier du moyen-âge.
Actuellement c'est un débordement, une furie, une croisade folle pour aller reconquérir le tombeau à grosses pendeloques de fer et à cabochons d'un Charles le Chauve quelconque; et Ton voit, pour réjouir la postérité, des écrivains de nom, comme Camille Lemonnier, se faire les Pierre l'Ermite de cette sainte cause, au cri de : Le diable le veut.
L'esprit lourd et déséquilibré des Pères de l'Église, ces demi-sauvages échappés de l'Afrique ou des forêts de la Germanie, est préféré à l'esprit clair et ordonné de Virgile ou d'Horace; l'incontinence soporifique des vieux trouvères l'emporte sur les strophes nobles et précises d'un Leconte de Lisle et l'on condamne Thàis au nom du Paphnutius de cette ténébreuse pédante de Hrosvitha. Les esprits trop faibles pour juger d'une œuvre plus complexe comme un tableau du Vinci, c'est-à-dire pour en saisir les nombreux rapports d'harmonie, se contentent de l'art décoratif. L'art retombe en enfance ; saluons le progrès !
Voilà à quoi devait aboutir cette négation de tout principe d'esthétique ! On s'est mis à tourner au plus vite, sans raison et sans but, livré au seul instinct primitif. Pour les esthètes, toute manifestation de sentiment effréné devenait œuvre d'art et, ne possédant aucun idéal, aucune norme qui leur servît de guide et de base de jugement, ils plaçaient sur le même rang les grossières ornementations d'un Canaque et la Vénus de Milo.
M. Emile Verhaeren est un des plus complets exemples de ce « retour aux origines ». C'est le dernier-né d'une race qui retombe en enfance en donnant à quelques-uns l'illusion de la jeunesse. Dans un des volumes du poète des Débâcles, nous trouvons le germe de son état actuel. Ne disait-il pas alors :
Voici : me rabaisser à des niaiseries :
Petites croix ^ petits agneaux, petits Jésus,.,?
Il faut bien l'avouer, il a atteint le but qu'il s'était proposé. Très logiquement, il en est arrivé à écrire un Almanach qui rappelle les bouts-rimés populaires ou les prédictions d'un Mathieu Laensberg. On peut comparer les vers de M. Verhaeren à ces primitives chansons que marmottent encore les grands'mères au coin du feu ; c'est le même esprit et le même genre de composition. Citons, par exemple, le début d'une incantation conservée par l'abbé A. Constant :
C'est le chien noir de la montagne Qui va tournant dans la campagne. Le nef soufflant, les yeux en feu.
Et la langue aboyant à Dieu,
La ressemblance est frappante.
La forme, chez M. Verhaeren, a, naturellement, suivi le délabrement de la pensée. Les vers se sont disloqués peu à peu et M. Verhaeren, qui jadis rimait convenablement, se contente aujourd'hui d'une harmonie grossière, d'un rythme ébauché et de l'assonnance, qui est le premier plaisir de l'oreille pour les esprits à peine sortis de la barbarie.
Ouvrez n'importe quelle revue de Folklore et vous trouverez, presque à chaque page, de ces ébauches de poème. Voici, à titre de comparaison, une Patenôtre blanche extraite de YEnchiridion du pape Léon :
Petite patenôtre blanche
que Dieu fit,
que Dieu dit,
que Dieu mit en paradis.
Au soir m allant coucher je trouvis
trois anges à mon lit couchés , un aux pieds, deux au chevet,
la bonne Vierge Marie au milieu qui me dit que je me couchis, que rien ne doutis.
Le bon Dieu est mon père, la bonne Vierge ma mère, les trois apôtres sont mes frères, les trois vierges sont mes sœurs.
La chemise où Dieu fut né, mon corps en est enveloppé ^ la croix de sainte Marguerite à ma poitrine est écrite.
Mais ces poésies populaires sont des points de départ, celles de M. Verhaeren des points d'arrivée. Ce sont des âmes naïves ou mystiques qui chantonnent les premières, c'est ug esprit viil li et usé qui vocifère les secondes. L'auteur des Débâcles se souvient d'une vie noire; s'il est redevenu un barbare, c'est avec de la révolte au cœur. Il est de ceux que la nature fait naître pour achever une œuvre de destruction; il est l'agent de cette loi naturelle qui veut le renouvellement des forces et l'élimination des corps tombés en décrépitude. Emile Verhaeren est un destructeur, un élément de dislocation. Voyez ce qu'il a fait de la poésie : il en a brisé, en quelque sorte, la vie harmonisée, le mouvement rythmé. Chez lui les forces brutales et fatales ne sont plus maîtrisées par la volonté et la raison ; elles débordent partout et se précipitent en torrent. C'est l'action désordonnée et folle qui apparaît. L'art qui, comme une religion, est dans son prolongement terrestre, un frein sûr et un guide merveilleux, a sombré dans la tourmente.
M. Verhaeren se démène, vocifère, fait des gestes immenses, oubliant qu'
// faut à r hexamètre, ainsi qu'aux purs arceaux Des églises du Nord et des palais arabes ^ Le calme^ pour pouvoir dérouler les anneaux Saints et mystérieux de ses doui^es syllabes.
Ses mots les plus chers, ceux qui apparaissent le plus souvent sous sa plume sont : crier, hurler, cingler, casser. Les cloches cassent du silence, une carcasse de cheval casse un vieux petit trot, les tocsins cassent des bonds de sons, les flammes cassent... etc. .
Non seulement sa forme est échevelée, mais aussi son style. Il s'occupe fort peu du sens conventionnel des mots ; il n*a pas le temps de consulter sa raison ; une Muse furieuse Téperonne et il galope follement à travers la syntaxe, dans les jardins corrects de Noël et Chapsal.
Nous avons montré M. Verhaeren arrivant aujourd'hui par le chemin de la barbarie au point de départ de la poésie. La question est dès lors fort simple, et la poser c'est la résoudre : Toute cette littérature de complainte, d'almanach, d'images à un sou et de mirliton, vaut-elle la poésie saine et splendide, aux lignes harmonieuses et nobles du Parnasse de tous les temps? L'art ne possède-t-il aucun degré de perfection ? Est-il aussi grand quand il n'est qu'un grossier plaisir esthétique de sauvage enjolivant sa hache de guerre que lorsqu'il coordonne, harmonise et purifie des pensées?
Le différent qui nous sépare de ces enfanteurs de monstres n'est pas qu'une question de forme ; il est d'un ordre plus élevé. Leur prétendu vers libre est une conséquence de leur organisation cérébrale. Entre ces furieux, ces déséquilibrés, ces exploiteurs de délire et nous, il y a une irrémédiable antipathie. En face de leurs œuvres, nous éprouvons une véritable répulsion. Ils ont beau être originaux — le bon roi Dagobert l'était aussi — cette originalité n'alimente que la curiosité ou n'intéresse que la clinique de la Salpêtrière.
L/ Intermède lyrique de Heine, traduction poétique de J. de Tallenay, suivi de Premières rimes. — Matin d'automne et Faunesses et Bacchantes, de Ad. Boschot. — Vespérales^ de ToLA DoRiAN. — Éveils, de. And. et Maur. M acre. — La Lande fleurie, de Yves Berthou. - Rédemption, du D' E. Valentin.
De toutes les poésies de Henri Heine, certes VIntermei\o est la plus vivante et la plus belle. La composition est peut-être moins savante que celle A'Atta Troll, mais c'est précisément cette naturelle expansion qui en fait le charme. Heine s'y résume admirablement nerveux, presque fébrile, et ironique. Il a chanté la passion dans ce qu'elle a d'irréalisable, l'amour aux aspirations divines. De plus, la lutte entre l'idéal sémite, le mouvement, et l'idéal ar>'en, le repos, donne à cette œuvre un caractère d'originalité qui intéresse vivement la sympathie. Cette lutte aboutit à des éclats oratoires, à des accents passionnés que nous ne sommes guère habitués à rencontrer
dans la littérature purement française, et à cette ironie cruelle et saccadée qui remplace notre pessimisme statique.
Rendre en vers français cette vie ardente et mouvementée se présentait d'une difficulté inouïe. L'hexamètre, et même Toctosyllabe, ont une ligne trop noble et trop pure; ils ne se prêtent pas à la vivacité multiforme d'un esprit spontané et vibrant. Ceux qui ont tenté de rendre, dans la langue de Racine, cette sentimentalité aiguë, en sont arrivés, comme Musset, à écrire de mauvais vers imités de Byron ou, comme Laforgue, à briser, par des mouvements trop brusques, l'écheveau d'or du poème.
Les races ont un esprit très personnel et très différent, et c'est cet esprit qui crée instinctivement la forme qui lui est la plus propre. L'esprit français, noble et clair, n'admettant pas la confusion des genres, à cause même de cette clarté, s'est choisi un mètre pur et correct, plus apte à rendre le balancement mélodieux des pensées qu'à traduire la fougue et le désordonné de la passion.
On comprend donc le labeur ingrat auquel devait se livrer l'écrivain qui voulut faire passer dans des poèmes français le lyrisme ardent de Ylnterme^:{o. Ce labeur n'a pas effrayé M^e de Tallenay et nous devons nous en féliciter.
Elle a su éviter le pédantisme des Delille et des Baour-Lormian ; elle s'est plus appliquée à l'esprit qu'à la lettre et nous a donné des transpositions personnelles qui ont du charme et de la grâce.
Ce charme et cette grâce nous les retrouvons encore dans la seconde partie de son .volume : Premières rimes. Qu'on en juge d'ailleurs par la pièce que nous transcrivons ici : Soirée en mer.
Nous étions restés seuls. Le pont était désert Et les mâts élancés ployaient sous la voilure. C était r heure où le jour dans les ombres se perd^ L'heure oit la paix du ciel descend sur la nature.
Saisis d'un saint respect, tous deux pensifs, émus. Nous regardions la mer, ce ténébreux abîme.
Les vastes profondeurs des mondes inconnus, Vespace, oii tout se meut dans un ordre sublime.
Remplis d'émotion, rêveurs, silencieux.
Élevant au Seigneur notre âme recueillie.
Nous écoutions des flots le bruit mystérieux. Lorsque la vague fuit par la vague assaillie.
Tout était calme et pur, dans les plaines de rair Ainsi que dans la nuit, limpide et vaporeuse. Parfois, un cri d'oiseau, retentissant et clair. Surgissait, loin de nous, de l'onde impétueuse.
Se mouvant lourdement sous ses mâts orgueilleux, Notre vaisseau voguait dans l'immensité sombre. Et, ta main dans ma main, nous étions tous les deux Isolés sur le pont, déjà tout voilé d'ombre,..
Te souvient-il encor de ce moment béni?
De cette belle nuit si tranquille et si pure. Oit nos coeurs, pénétrés et un amour infini.
S'élevaient, d*un élan, vers la sainte nature f
M. Adolphe Boschot est un poète complaisant : il laisse à sa muse le plus de libertés possibles, et elle en profite d'une façon outrée. M. Boschot a trop de facilités ; aussi les mots ne sont-ils pas assez réfléchis dans son cerveau et trahissent-ils souvent sa pensée :
C*est la Diane de Rubens en un bois fauve; Elle est couchée et dort; son corps est déjeté îî...
Et cette Bacchante qui :
Fait dormir la blancheur de son beau corps replet. Ou bien encore :
Et les vierges, six mois, marinaient dans la myrrhe.
Ces citations sont extraites d'une vingtaine de sonnets que M. Boschot a réunis rapidement en plaquette sous le titre de Faunesses et Bacchantes,
L'art n'est pas mieux partagé dans Matin d'Automne du même. C'est un colloque de quelques pages où nous trouvons l'élément masculin, sous la forme d'un rêveur inconsistant, aux prises avec l'élément féminin, représenté par une personne maternelle mais pratique.
L'amant se laisse entraîner à des divagations blanches qui ne sont point du goût de la partenaire. Celle-ci, qui n'y comprend pas grand'chose, pose carrément la question de cabinet :
Car je veux être aimée humainement. Je veux Ne plus être pour toi l'irréelle madone :
Je veux de chauds baisers pris entre mes cheveux. Parmi ma chair amoureuse, que je te donne.
La forme ne parvient pas à sauver cette conversation sentimentale.
Ce n'est pas le reproche que l'on peut adresser à Tola Dorian qui, dans Vespérales, se montre artiste très consciencieuse. Elle afiîrme un souci sincère de rythme et de sonorité, qui, par ce temps de poésies indécises et nuageuses, a son grand mérite. La pensée est savante; ce n'est pas de l'art mièvre de femme. On sent que M™» Tola Dorian a beaucoup réfléchi et beaucoup lu.
Signalons encore Éveils de MM. André et Maurice Magre. Fantômes graciles et vagues, qui se dessinent dans un pays d'ombres matinales. L'indolence mélancolique des rêves a inspiré à MM. Magre une suite de petites pièces qui dénotent vraiment des poètes émus et tendres.
11 nous reste à parler de la Lande fleurie de M. Yves Berthou.
Parmi le nombre considérable de versificateurs de ce XIX^^ siècle, on pourrait distinguer les poètes purs, les lyriques et les demi-poètes, ceux qui ne s'élèvent pas jusqu'à la contemplation, l'exaltation du Beau ; ceux qui ne
quintessencient pas assez les choses, mais qui les voient plutôt dans leur succession et dans leur extension. Ces demi-poètes côtoient sans cesse le domaine de la prose et quelquefois même y font incursion, tout en conservant la forme métrique. C'est le cas de François Coppée, par exemple, et de Gui de Maupassant. On peut ranger parmi ceux-là les poètes de terroir, tels Brizeux, qui s'inspira de la Bretagne, André Theuriet, de la Lorraine, François Fabié, du Rouergue, Jean Aicard, de la Provence. C'est le style descriptif qui leur est le plus cher. Ils ne s'élèvent pas jusqu'à la synthèse, c'est-à-dire jusqu'à l'idée, des paysages qui ont impressionné leur âme, ou des faits, des accidents qui se sont accomplis sur le sol natal. Ils décrivent, ils énumèrent, ils racontent ; et, en cela, ils sont plus véritablement des prosateurs. Le vers fixe les phénomènes hors du temps et de l'espace; la prose les suit dans leurs multiples variations et dans leurs mouvements.
M. Yves Berthou se rattache à la catégorie des poètes de terroir. C'est, comme Brizeux, la Bretagne qu'il a voulu évoquer. Il quitte le pays d'exil, rentre dans sa vraie patrie et laisse, avec une joie émue, se retremper son âme aux sources primitives de sa jeunesse et de ses souvenirs. 11 nous raconte alors les anciennes légendes que l'on dit aux veillées, les impressions des vastes plaines couvertes de genêts d'or, ou décrit un paysage mouillé et lumineux.
Ce que l'on pourrait reprocher à M. Yves Berthou, c'est que, parfois, le prosateur empiète sur le poète.
Signalons, en terminant. Rédemption, poème antiesclavagiste, que le D^ Emile Valentin a conduit vaillamment pendant six chants.
Valère Cille
MEMENTO
L*obIigeance d'un de nos correspondants, attaché au fiimeux cabinet noir dont on a récemment parlé à la Chambre, nous a permis d'intercepter les lettres suivantes, dont nous respectons mieux le texte que le secret :
A feu le D' Emile Valentin, graphomane.
Vous avez le plus grand tort, cher docteur, en nous représentant comme une génération ignorante du génie de M. Benoît Quinet. A Louvain déjà, lorsque la Jeune Belgique était encore dans Tœuf, nous avions coutume de nous gargariser avec le vers suivant de votre grand homme :
Et la pcate se mit dans les pommes de terre.
Demandez plutôt à Emile Van Arenbergh.
Cest égal : vous êtes gentil quand même. A la prochaine occasion.
Bazouge, croque-mort.
A Ai. Emile Verhaerbn, par à travers Bruxelles, ou en sa campagne hallucinée de Saint' Amand.
Merci : je n'ai pas l'habitude d'être chantée ainsi. Mais si vous avez le malheur de m'envoyer un « Amant œcuménique », je vous allongerai un coup de pied.
VÉNUS, rentière.
A M, Brumetière, évolutionniste.
Vous m'avez préparé un joli succès, l'autre soir, au banquet Puvis de Chavannes. Vous êtes un ennemi sûr.
Charles Baudelaire.
A M, Emils Zola, devant V Institut,
Continuez, mon cher confrère, continuez à frapper à la porte de TAcadémie. L'Aca demie continuera à vous refuser. De cette manière, vous êtes assuré d'une ressemblance avec moi.
Balzac
A M. Henri Vandeputte, ;?oè/^ aw^tf/ et clavecinal^ dans le train.
Crépusculaire est un beau morceau. Seulement, il n'y a pas encore assez de néolo* gismes Je ne cesse de le répéter aux jeunes poètes : il faut s'empresser de faire en un seul poème tous les néologismes possibles.
C'est le seul moyen d'être tranquille dans
l'avenir.
Théodore de Banville.
A M. Georges Ebkhoud, aitique musical à « r Étoile belge ».
J'ai lu votre article sur le dernier Concert populaire. Je vous envoie mon bonnet.
L'ouvreuse du Cirque d'Été.
A M*^ PiROTTE, à la « Société nouvelle », Bruxelles.
Pourquoi dites-vous que nous avons besoin d'une religion de joie? Vous lavez fondée, Madame, vous l'avez fondée.
J.-B. d'Aurevilly.
A M, Paul Gèrardy, poète wallon.
Vous écrivez très bien en allemand.
Henri Heine.
A M. Virgile Rossel, esthète suisse.
Rendez le prénom.
Virgile.
A M. Charles Potvin, conservateur du Musée Wiert\.
Le Patriote assure que les toiles de Wiertz se conservent de moins en moins.
A la bonne heure : vous réparez noblement vos torts.
Henry de Groux.
Nous lisons, avec des sentiments divers, cette nouvelle dans Le Soir :
Une histoire et décoration. — Il y avait une fois — commençons, si vous le
voulez, comme dans les belles histoires — il y avait une fois plusieurs jeunes écrivains dont les uns avaient beaucoup de talent et les autres moins.
Et ces écrivains, tout en faisant fî — en paroles et avec des gestes beaux. .. de dédain — du petit chiffon rouge, amaranthe ou bleu, qu'on appelle décoration, le convoitaient vivement en secret.
Seulement le gouvernement de leur pays était toujours i-esté sourd aux appels formulés pour eux par les amis. Ces écrivains vivaient, il faut le dire, dans un pays où la bonne soupe est de loin préférée au beau langage.
Mais il arriva un jour qu'un pays voisin — mettons que ce soit la France — plus épris des lettres, se mit en tête d'pciroyer à ces jeunes gens le ruban que leur refusait le gouvernement de leur propre pays.
Et il en manifesta à celui-ci la formelle décision.
— Comment! s'exclamèrent alors ceux qui vivaient de bonne soupe, comment!
vous allez décorer ces jeunes gens?... Alors vous allez au moins les décorer tous?
— Tous, c'est beaucoup... II y a notamment que Tun d'eux ne sera jamais décoré par nous, car c'est un écrivain ami-français. . .
Et les gouvernants, saisissant la balle au bond, s'écrièrent:
— Oh ! vous voulez faire une manifestation politique ?... Nous devons nous y opposer...
Et voilà comment le ruban — mettons de la Légion d'honneur — n'ornera point les boutonnières des jeunes écrivains dont il est question en cette histoire.
Dans le Landerneau des lettres, cela fait pour le quart d'heure un grand poiin ; car, nous le répétons, tout en faisant fi du petit chiffon rouge, en secret les jeunes gens de lettres le convoitent vivement.
LArt moderne vient d'exécuter un de ces solos pour cymbales dont il a le secret.
Après la bamboula traditionnelle contre la presse, qui a d'ailleurs l'air de se ficher de rAri moderne comme du dernier des Mohicans, le joyeux hebdomadaire qui sert
de moniteur à tous les toqués de Belgique affirme, une fois de plus, que l'art poétique a est définitivement dégagé des formes parnassiennes » et que le vers libre « s'est imposé vainqueur ».
Ce dégagement et cette victoire existent peut-être dans l'imagination de V Art moderne, mais ils n'existent que là.
Le vers libre est aussi bête aujourd'hui qu'il y a cinq ans. S'il s'impose à quelqu'un, c'est aux imbéciles.
Qu'on se le dise!
A VArt moderne, ces quelques lignes de Ch. Maurras citées par G. Kahn dans la Société nouvelle :
Cl Le prodigieux épuisement des esprits depuis trois quarts de siècle de culture barbare amène une sorte de nuit tout à fait comparable à celle qui précéda l'an mil, tant les facultés de frémir et de sentir ont seules prévalu et crû I Qui cherchera le sens des choses? On ne veut plus qu'en être ému. Il n'est jamais question aujourd'hui que de sentiments. Les femmes si brisées et humiliées par nos mœurs se sont vengées en nous communiquant leur nature. Tout s'est efTéminé, depuis l'esprit jusqu'à l'amour. Tout s'est amolli. Incapable de disposer et de promouvoir des idées en harmonieuses séries, on ne songe plus qu'à subir. »
Nous recevons de notre jeune ami Toto la lettre suivante :
Maître,
J'ai trouvé! M. Potvin dit : Eurêka. J'ai trouvé la clef du grand mystère. Cette clef" est une balatice. Action et réaction, comme dit M. Tiberghie.i. Les Décadents ont poussé la littérature jusqu'à ses derniers raffinements, au temps où M. Picard ne publiait ses livres que pour dix esthètes de choix. Aujourd'hui, on passe dans l'autre plateau de la balance ; on s'en retourne aux balbutiements primitifs chers au professeur Garner et on rêve d'être lu par tout le monde, y compris les moutons.
Moi je suis du dernier plateau.
Le caractère primitif de Tintelligence humaine, c'est d'être complètement dominé par l'image, par la sensation à peine transformée, par les impressions directes des choses. Aussi notre langage ne doit-il être qu'un langage émotionnel et imitatif.
Je dis avec M. Mauclair : Je ne veux faire qu'un peu de musique.
Voici un exemple de ma dernière manière que vous accepterez, j'espère, avec bonté :