RÉVOLTE
Dans la nuit, /accomplis mon œuPre solitaire: J'ai volé le flambeau que Lucifer brandit; Maître, ayant contre Toi dressé mon front maudit, Tasservirai tes fils à mon noir ministère.
Je leur dévoilerai les secrets qu'il faut taire. Plus d" espérance l Au seuil de PEden interdit Je veille, Sache\ tous Fimpitoyable édit :
Dans mon trépas vengeur j'engloutirai la terre.
Embrasé de désirs, ne pouvant plus jouir.
L'homme enchaîné verra les fleurs s'épanouir.
Connaissant que pour lui tout nest qu'ombre et que cendre.
Je porterai partout et le fer et le feu,
La Mort! la Mort! la Mort! Déjà, je crois entendre
Tant de pleurs et de cris qu'il me semble être un Dieu.
(Post'Scriptum.) A LOUIS DELATTRE
« Hou, hou, hou! »
Louis Dblattre
Quand tu courais dans ton village
De blanc vêtu.
Rose et joufflu, vif et volage. N'ayant alors pour tout bagage
Que ta vertu,
Quand tu couchais sur ton ardoise
Ou tes cahiers, Barbouillé de jus de framboise.
Les potins charmants du Pontoise
Des écoliers,
La chemise fraîche et falote,
— Tout ton trousseau, Tremblant heureuse à ta culotte, Tu nous disais quelqu' anecdote
De ton hameau :
Comment Vétourneau sut Rapprendre I A babiller,
I Et le geai moucheté de cendre^
Dans les bois^ sur le ga^on tendre, A (habiller.
Mais las! tu fus pensionnaire.
Ah! que veux-tu!
Dans ton épais dictionnaire Tu mis sécher la fleur précaire De ta vertu.
Baste! exploite-la pour ton conte
Du mois prochain Dans TArt jeune qui sur toi compte Pour couver sa dernière ponte Dun air serein.
Adieu, hochet, chanson et ronde!
Te voici vieux, Même ayant, sans qu'on te seconde.
De Vesprit comme tout le monde
Sans envieux.
Mais qu'importe, Fanfan sublime,
Ton avenir!
Tu ne seras pas anonyme.
Mets ta robe, douce victime.
Tu peux mourir.
Frédérix, qui rata le coche
En Maeterlinck, A pris la mouche : il te décroche Une médaille, ô cher mioche!
Du plus pur a[inc.
Sois fier, car nous savons tous comme En un seul mot
Il établissait un grand homme.
Gourmand, tu peux croquer la pomme Ou le marmot.
Fais reluire ton auréole; Et lorsqu'un jour
Tu monteras au capitole Au son du luth, de la viole Et du tambour^
En caleçon d'or et de soie,
Des fleurs au front.
Les petits de la Mère F Oie, Pour tes contes qui font leur joie Te recevront.
Valère Gille