VÉNUS FLORENTINE
D'après Sandro Botticellx
Tandis qu'affublés du casque éblouissant et de l'armure abandonnés par
Mars, d'espiègles amours jouent et s'essayent à brandir sa lance irrésistible,
— accoudée en une pose nonchalante, le gracile contour de son corps exquis
voilé d'une robe mièvre de printemps et de fleurs, la déesse considère d'un
œil aiguisé de surprise enfantine et d'expérience, naïf, à la fois, et perspicace, Tadolescent divin assoupi dans sa force souple et sa virilité...
Le port jeune et hardi de la tête de rimmortelle, Tovale pointu de son visage, creusé, à la naissance du nez, d'une précoce ride altière, témoignent l'orgueil d'une âme nativement élyséenne. D'entre ses impérieuses lèvres subtiles, — de ses yeux, impudents d'ingénuité^ irisés, sous leurs sourcils fiers, de malice et d'extase, et où chatoie la lueur clandestine du délice promis, — d'inépuisables effluves émanent, fascination parfumée, périlleux et suave vertige...
Exhalées du bois voisin, planté de noirs lauriers aux fûts frêles et droits, les vibrations rhythmées de la cithare sévère et de la lyre, comme des ondes harmonieuses et volatiles, se propagent parmi la très pure atmosphère, exaltent le paysage à l'unisson ardent de leur incantation, vont enivrer et ravir Vénus, elle-même, de la naturelle apothéose, de l'efflorescence grave et candide, de l'héroïque volupté de la terre langoureuse et sanglante...
ARNOLD GOFFIN
VERS