PROLOGUE
A Madame X,
l\ vous dont les cheveux de neige et de clarté Encadrent doucement la figure indulgente, — Ainsi dans les grands bois un vieux chêne s'argente Des fils blancs de la Vierge à la fin de l'été,
A vous l'ancienne, à vous la bonne, à vous la seule Pour qui j'ai de ma vie entr'ouvert les rideaux, A vous dont l'âme est blanche autant que vos bandeaux Et que j'aime à jamais comme on aime une aïeule,
A VOUS qui comprenez, sans l'avoir fait, le mal Et la fatalité qui dort au fond des choses. Et qui rêvez aussi devant les couchants roses Où passent des sanglots dans le vent aromal,
A vous dont le pardon m'est acquis par avance Pour le noir qui se mêle aux blancheurs d'autrefois. Je veux vous raconter lentement, à mi-voix, Tout le bonheur obscur de mon heureuse enfance.
Enfance ! éloignement d'où lui vient sa douceur! Nuance où la couleur s'éternise en sourdine, Religieux triptyque ombré d'une patine Qui met sur les fonds d'or son vernis brunisseur.
Jeunesse! Enfance! attrait des choses disparues; Astres du ciel plus clairs dans l'étang bleu du cœur! Chanson d'orgue criard dont toute la langueur Expire en sons blessés dans le lointain des rues.
Je veux vous évoquer la ville aux pignons noirs, Vieille ville flamande où les paroisses proches Lorsque j'étais enfant, faisaient pleurer leurs cloches Comme un adieu de ceux qui mouraient dans les soirs î