L^HORLOGE
j\ u centre d'un pignon, dans la cour taciturne, Un cadran blasonnait la tristesse des murs Et les Heures tombaient, à coups rythmés et sûrs, Comme des gouttes d'eau qui tomberaient d'une urne,
Comme des gouttes d'eau, s'égrenant par instants Sur un homme perdu dans une grotte obscure, Pleurs du rocher qui font une humide piqûre Et par une douleur marquent le cours du Temps.
l'horloge.
Et toujours et toujours, au printemps, en automne, A l'heure où tout s'éveille, à Theure où tout se tait, On entendait la voix du cadran qui chantait, Inoubliablement plaintive et monotone.
Les sons tristes épars dans le silence noir Semblaient répercutés au fond de cette cloche : Appels de cors pleurant au loin sur une roche Et bruits intermittents des forges dans le soir.
Et toujours et toujours, dans la calme demeure, L'horloge diligente éparpillait son chant, Et les aiguilles d'or se fuyant, se cherchant, Semblaient s'ouvrir en croix sur le tombeau de l'Heure I
Impassible cadran où tout le long du jour Dans son arène vide allaient tourner nos rêves, Ce pendant que la cloche en quelques notes brèves Parlait de l'heure enfuie aux échos de la cour !
PROMENADE
K^ OMBiEN mélancolique était la promenade Trois par trois, en automne, aux fins d'après-midi, Lorsque nous traversions un faubourg engourdi • Où sortait des maisons pauvres une odeur fade.
En longue file noire et morne, nous allions Comme enrégimentés et nous parlant à peine A travers la banlieue isolée et malsaine Ecoutant dans le soir mourir les carillons.
PROMENADE
Nous subissions déjà le coudoiement hostile Des compagnons méchants qui nous faisaient souffrir ; Car ce sont les plus doux qu'on s'acharne à meurtrir, Les plus inoffensifs des oiseaux qu'on mutile.
Nous marchions vers les champs comme des orphelins, Sans jouer, sans pouvoir cueillir des fleurs aux berges/, Quelques orgues pleuraient au loin dans des auberges Et le ciel s'endeuillait aux ailes des moulins.
Parfois des paysans, au bord d'un pré qu'on fauche, Tristes en nous voyant l'allure dans le vent Des troupeaux résignés qu'un chien pousse en avant, Nous tiraient leur bonnet avec un geste gauche.
Mais quand nous rentrions en ville, aux soirs tombants, Si nous croisions le long des murs percés de grilles Un long pensionnat de pâles jeunes filles Portant des chapeaux ronds sans fleurs et sans rubans,
Et si l'une, aux yeux clairs, avec un fin corsage Où des seins nouveau-nés suspendaient leurs fardeaux, Avec des cheveux blonds long-tressés sur le dos. Si l'une avait souri doucement au passage.
Le rêve était exquis ! et rentrés au dortoir,
— La mémoire des yeux nous aidant la pensée —
C'était quelque lointaine et vague fiancée,
Et nous nous endormions, l'ayant aimée un soir !