L AME DES BONS. I
Les bons, ceux qu'un navire en allé, tout là-bas, Au bout de l'océan, le soir, mélancolise ; Les bons qui, sans croyance, entrent dans une église Et rient aux amoureux qu'ils ne connaissent pas.
Les bons que n'ont frôlés ni l'orgueil, ni l'envie. Qui conservent tout blanc leur manteau baptismal, Et, sans en être atteints, vont marchant dans le mal Et racontant au ciel leur ennui de la vie.
Les bons dont l'énergie, hésitante à vouloir, Cache son arme vaine aux yeux qui les regardent. Car c'est un poignard d'or damasquiné — qu'ils gardent Dans un mélancolique étui de velours noir.
Les bons tout en douceur, les bons tout en faiblesse, Un peu femmes, un peu enfants, ne voulant pas Diminuer leur rêve en d'infimes combats, Sachant que le silence est la seule noblesse.
Les bons dont la grande âme est comme un puits profond : Des passantes d'un jour, avant que l'eau ne gèle, Viennent l'une après l'autre au bord de la margelle Y voir leur beau visage étinceler au fond.
Mais des hommes cruels jalousant les lumières
Du ciel qui s'y reflète avec tout son azur,
Arrivent lâchement lancer d'un geste sûr
Dans ces cœurs — des mots froids et durs comme des pierres 1
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OULEUR de voir une par une Les fleurs de sa jeunesse en fuite dans le vent. Et de les voir tomber sur le gazon mouvant Comme des larmes de la Lune.
Douleur de voir diminué Son patrimoine ancien d'espérance et de rêve, Et d'être un grand oiseau perdu sur une grève
Qui bat de l'aile, exténué !
no LA JEUNESSE BLANCHE.
Douleur d'avoir appris la vie, De ne plus croire à rien des choses qu'on rêva. Et de ne plus savoir vers quel soleil on va
Sur la pente qu'on a gravie.
Douleur, la plus grande douleur î Éternelle douleur de douter de soi-même, Et d'ignorer toujours si l'iVrt béni qu'on aime
Couronnera votre pâleur.
Devant les belles jeunes vierges Douleur de se sentir incapable d'aimer, Et de n'être plus chaste et digne d'allumer
Ses désirs purs comme des cierges.
Douleur dans les jardins le soir, Quand elles vont rêvant à leurs amours prochaines Et que leur âme en fleur monte à travers les chênes
Avec des parfums d'encensoir,
Douleur de se sentir indigne Et qu'au lac de son cœur sali, bourbeux, obscur, Jamais ne flottera dans des frissons d'azur,
L'innocence d'un pareil cygne I