ACTE II
Croire de mal des gens dont nous avons besoin.
HUBERT
C'en est une meilleure et plus aisément prise,
De n’avoir pas besoin des gens que l’on méprise.
Au surplus, il suffit, calomniée ou non,
Que madame Joulin ait un mauvais renom,
Pour que d’honnêtes gens...
PHILIPPE, tres-sec.
Veux-tu que je te diso Laisse-moi gouverner ma famille à nia guise.
Brouille-toi, si tu veux, avec tous tes soutiens,- Mais fais le don Quichotte à tes frais, non aux miens. Est-ce clair?
Assez clair pour me faire comprendre Que tu savais déjà ce que j’ai cru t’apprendre.
J’en suis fâché pour toi... monsieur do Champsableux ! Ton pauvre nom d’IIuguet était plus scrupuleux.
PHILIPPE, dédaigneux.
Qu’a donc ma particule à tes yeux, qui les blesse?
HUBERT
Au contraire! respect à la fausse noblesse 1 Sur l’autre volontiers je lui donne le pas;
L’autre oblige, et la tienne au moins n’oblige pas.
PHILIPPE
Permis à toi, mon cher, de la croire usurpée.
HUBERT
Je m’en garderais bien ! les Coquart sont d’épée, N’est-ce pas? Ils portaient jadis sur leur pennon...
pn ilippe.
Imbécile, qui crois que je crois à mon nom!
C’est l’étiquette au sac! — J’appartiens par principe Au faubourg Saint- Germain.
HUBERT
Toi?
PHILIPPE
Moi-même, Philippe
Huguet de Champsableux.
HUBERT
Et depuis quand?
PHILIPPE
Depuis
Que j’observe le monde et cherche mes appuis.
J’ai beaucoup réfléchi là-dessus. — Quel chapitre De morale pratique on ferait sous ce titre :
« Importance du choix d’une conviction « Pour un homme au début de sa position. »
Tant pis pour le niais, tant pis pour l’imbécile Qui n’a pas pris d’abord l’opinion utile 1
HUBERT
Mais je ne vois pas trop de quelle utilité...
pn ilippe.
Il faut être ici -bas d’ûne minorité:
Qui dit minorité dit camaraderie,
Comprends - tu ?
HUBERT
Je comprends : vive la coterie 1 Mais pourquoi celle-là plus qu’une autre, mon fils?