ACTE II
Vous comprendrez trop lard, imprudents que vous êtes, Que le meilleur calcul est encor d’être honnêtes.
Je pourrais t’en citer de ces jeunes roués Quo la nature avait prodiguement doués ,
Mais qui pour parvenir plus tôt à la fortune Ont pris à travers champs, par une nuit sans lune,
Et, premiers arrivés dans le temple promis,
Sont trop crottés pour être aux premiers rangs admis. .
PHILIPPE, rivement.
Ah çà, me crois-tu près de tomber dans la boue?
HUBERT
A la bonne houre donc! regimbe et me rabroue!
Que je sente vibrer une fois dans ce cœur Quelque chose de mieux que le doute moqueur!
La colère est un peu sœur de l’enthousiasme.
PHILIPPE, tristement
Laisse-moi me griser do mon propre sarcasme!
J’ai besoin, m’irritant contre mes vrais instincts,
Que le bien et le mal ne me soient plus distincts!
Il est heureux, Hubert, celui que rien no force A faire avec soi-même un douloureux divorce!
Ou qui, répudiant sa meilleure moitié,
Ne ressent ni regrets, ni remords, ni pitié!
HUBERT
Mais qui t’oblige, toi?...
PHILIPPE
Je ne veux pas le dire.
Mais sois sûr cependant que le but où j’aspire Est d’un homme do cœur, et que, l’ayant atteint,
Je me redresserai.
HUBÊRT.
Je n’en suis pas certain.
Lorsque l’échine humaine a trop fait la courbette,
Elle en garde le pli quoi que l’on s’en promette.