ACTE I
fi A D A BLE H U G CET.
Mais il avait un frère,
Et pour se distinguer ils avaient pris tous deux Des noms de métairie : Orpierre et Champsableux... - C’était l’usage alors parmi la bourgeoisie.
Tu vois donc que mon nom n’est pas de fantaisie,
Et les prétentions des nobles d’aujourd’hui N’ont pas, pour la plupart, d’autre titre à l’appui. D’ailleurs c’est pour mon fils, non par sotte faiblesse, Que je me pare ainsi d’un semblant do noblesse; 0 Car l’ombre même en est une protection,
Oui, mon enfant, malgré la révolution!
On a d’abord traité gaîment ma particule;
Mais tout passe à Paris, mémo le ridicule;
Et lassant les rieurs, qui n’ont pu la lasser,
La voilà qui commence enfin à mô classer.
Que répondrait mon gendre à cela, je te prie?
Rien de bon , quelque froide, et vieille raillerie Propre à ces roturiers de jugement toçtu,
Pour qui noblesse est vice et roturd^prtu.
Au surplus, son avis vaut-il tant que j’y tienne?
J’ai l’approbation de mon fils, j’ai la tienne,
N’est-il pas vrai? ’
CYPRIENNE
La mienne est de si peu de poids I
MADAME IIU G U ET.
Qu’entends-tu par ces mots? L’ai-je ou non, une fois?
CYPRIENNE
Mon Dieu, ma bonne tante...
MADAME H U G U EX
Est>ce que tu me blâmes?
CYPRIEN.NE
Te blâmer? N’es-tu pas la meilleure des femmes? Quand je me voyais seule au monde avec effroi Ne m’as-tu pas reçue orpheline chez toi,
Et ne m’as-tu pas fait, adoptant ma détresse,
Plus qu’une part de nièce en ta chère tendresse'?
MADAM E flCCÜET.
TAeux en câlinant te tirer d’embarras.
Tu me blâmes donc bien? .
CYPR1ENNE.
Ne me consulte pas;
Je suis un mauvais juge.
MADAME II U G U E T
Allons 1 quand je t’en'priel
CYPRIENNE
Non, je pousse l’horreur de la supercherie,
Vois-tu, jusqu’à |^hner ce bonnet d’avoir l’air,
Tout en ne coûtant rien, de te coûter très-cher.
MADAME UUGUET.
Mon Dieu, ma chère enfant, lorsque l’on n’est pas riche, Pour soutenir son rang il faut bien que l’on triche.
Mes petits procédés, qui n’ont rien de romain,
Ont aidé ton pauvre oncle à faire son chemin.
Serait-il devenu, d’humble surnuméraire,
Chef de division au bout de sa carrière,
S’il n’eût toujours mené, grâce à ma gestion, •
Un train d’honfime au-dessus de sa position?