‹ La jeunesse comedie en cinq actes et en versChapitre 63 sur 88 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Qu’une dot bien sonnante avec ou sans remploi.

Aussi que cherchent- ils tous les gens de votre âge?

Que font-ils? Regardez : un riche mariage!

Et cela seul devrait suffire à vous prouver Que c’est le seul moyen pratique d’arriver.

PHILIPPE

Cela ne prouve rien, sinon que dans leur àme Ceux-là n’ont jamais eu le culte d’une femme.

JOULIN.

Ceux-là, que vous traitez d’esprits froids et prudents.

Sont jeunes comme vous et comme vous ardents.

Croyez bien qu’ils ont eu leur jeunesse mutine,

Et qu’ils ont commencé par aimer leur cousine;

Car personne jamais n’a de galté de cœur Rêvé le mariage en dehors du bonheur,

Et nous débutons tous par celte erreur commune Que c’est un but, et non un moyen de fortune...

Mais la réalité, qui no badine pas,

Vient nous prendre au collet et nous remettre au pas.

On résiste, on se cabre, on s’insurge, on s'indigne;

On jure, comme vous, de rester dans sa ligne;

Le désir se cramponne à son illusion;

Et quand on a laissé fuir mainte occasion,

Comme vous, et perdu deux ou trois ans en lutte,

Atteint et convaincu, l’on code, on s’exécute!

Nous avons tous passé par là : vous y passez ;

Mais au lieu de finir comme nous, commencez!

Eh bien? vous avez l’air abasourdi.

PHILIPPE

J’écoute;

Vous m’ôtez mon dernier espoir, mon dernier doute Et puisqu’il faut choisir, que le choix est urgent De vivre sans amour ou vivre sans argent,

Je n’hésite plus.

JOULIN.

Bien, mon cher, à la bonne heure!

pniLippE.

Plutôt que d’abdiquer mon amour, que je meure! C’est lui qui me rachète à ma triste raison...

J’y tiens comme un captif à l’or de sa rançon !

Page 1