ACTE IV
Pour réconciliée l’enfant et la nourrice.
Hé bien, c’est mon conseil ici qui te déplaît? .
Je te le dois pourtant, comme autrefois mon lait!
Ne te détourne pas.
PHILIPPE
Au nom du ciel, ma mère, Fais grâce à ton enfant de ta sagesse amère!
Les secrets de la vie à mon cœur sont mauvais:
Ils ont désenchanté tout ce que je rêvais,
Ils ont découragé ma jeunesse d’éclore;
Je n’en connais que trop... Garde ceux que j’ignore!
MADAME nUGUET.
Que je te laisse aller à l’abîme, au malheur?
PHILIPPE
C’est ton ambition qui parle, et non ton cœur.
MADAME HUGUET
Ah! mon ambition!... Oui, j’ai mis sur ta tète Des espoirs orgueilleux dont je me faisais fête :
Mais le premier de tous , et le plus précieux ,
N’en doute pas, mon fils, c’est de te voir heureux.
PHILIPPE
Eh bien, je le serai, mère, par Cyprienne!
Je remplirai si bien ma vio avec la sienne,
Qu’il ne restera pas dans mes rêves secrets
De place aux vains désirs, non plus qu’aux vains regrets.
— Oh ! tu vas m’accabler de ta phrase éternelle,
Que la pauvreté froide à l’amour est mortelle?
Si c’est vrai, ce ne l’est que pour les cœurs frileux Qui n’ont pas un foyer assez puissant en eux :
Mais moi! moi, je me sens! je suis fils de mon père, C’est son sang généreux qui bat dans mon artère,
Et je triompherai, comme il en triomphait,
Des angoisses du sort que je me serai fait.
J'ai pour m’encourager l’exemple de sa vie :
S’est-il pas marié comme je me marie?
Tu n’étais pas, je pense, un plus riche parti Que Cvprienne: hé bien, s’en est-il repenti?
Oui, oui! baisse les yeux! Tu n’as rien à répondre,
Et ton exemple seul suffit à te confondre.
MADAME I1DGUET.
Si jamais couple fier s’est vaillamment jeté Dans ce rude labeur qu’on nomme pauvreté,
Ce fut ton père et moi. Nous pouvions l’un et l’autre Former une union plus riche que la nôtre,
Et pour nous épouser nous avons, en vrais fous,
Refusé deux partis inespérés pour nous.
Comme nous nous aimions! comme nous étions braves ! Quel superbe dédain des mesquines entraves!
Nous n’admettions alors, comme vous aujourd’hui,
Ni bonheur sans l’amour, ni malheur avec lui.
Aussi quel heureux temps de joie et de courage, D’exquise pauvreté dans notre humble ménage, D’élégance frugale et de grâce et de soin,
Le seul luxe, en effet, dont l’amour ait besoin!
PHILIPPE
Ah! je le savais bien, parbleu! que ta jeunesse Serait le démenti de ta fausse sagesse!
Le bonheur domestique est le premier des biens. Courage, souviens-toi, mère!