‹ La jeunesse comedie en cinq actes et en versChapitre 73 sur 88 · MADAME 11ÜGÜET, HUBERT, MATHILDE, CYPRIENNE · texte numérisé non relu

MADAME 11ÜGÜET, HUBERT, MATHILDE, CYPRIENNE

MADAME II U G U ET , regardant sa montre*

La poste est en retard.

HUBERT

Oui, d’une heure à peu prés.

Le piéton prend courage à tous les cabarets ;

11 retarde toujours d’un litre et d’une croûte.

Nous sommes embusqués au surplus sur sa route.

MATHILDE

J’ai le pressentiment d’une lettre aujourd’hui.

MADAME HUGllET.

Nous laisser si longtemps sans nouvelles de lui!

Mon fils, si ponctuel, si soigneux d'habitude!

HUBERT

Dame ! on n’achète pas tous les jours une étude.

M AT III LD E, montrant Cyprienne qui s'éloigne.

Ne parlez pas de lui devant la pauvre enfant.

HUBERT

Quand je vois sa douleur, morbleu ! mon cœur se fend.

MADAME JIUGUET.

Le mien aussi. Mais quoi! nul chagrin n’est durable,

Et la pauvreté seule est un mal incurable.

nCBERT.

Belle morale 1 — Ile bien , c’est ainsi qu’à Paris Sont contraints de penser les plus sages esprits;

La cause? Encombrement des carrières civiles 1 La cause? Emportement de nos champs vers les villes, Des villes vers Paris! — Le fermier, de son fieu Fait orgueilleusement un robin de chef-lieu;

Le robin, enhardi par un succès facile,

Envoie imprudemment son fils dans la grand’ ville;

La France s’y bouscule; et le Parisien Après s’ôtre épuisé pour vivre dit au sien :

« Je ne poux rien pour toi. la route est obstruée.

« Si tu n’es pas de force à faire ta trouée,

« Il faut te faufiler, être mince et glissant,

« Autour de toi ne rien garder d’embarrassant,

« Et me crever d’abord toutes ces boursouflures « De jeunesse et d’amour qui gênent tes allures.

« Courage, mon garçon! do toi -même' vainqueur ,- « Pour faire argent de tout, commence par ton coeur!

« Sois malheureux plutôt que d’être misérable,

« Car la pauvreté seule est un mal incurable. »

MADAME IIUGUET.

• Je déplore avec vous un tel encombrement;

Mais trouvez un moyen d’en sortir autrement!

MATniLDE.

El comment se fait^il, voilà ce que j’admire,

Qu’aucun père à son fils ne s’avise de dire :

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