DE L'INTÉRIEUR
Monseigneur,
Honoré Balzac a l'honneur de faire connaître à Votre Excellence qu'il vient de traiter1 avec le sr J.-J. Laurens aîné de son fonds d'imprimeur à Paris. Il supplie Votre Excellence de daigner accorder sa sanction à ce traité, en lui faisant délivrer le brevet personnel dont il a besoin pour exercer cette profession.
Il a l'honneur d'être, avec un profond respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur
Honoré Balzac.
Paris, le 12 avril 1826.
M. Honoré Balzac, rue de Tournon, n° 2.
Pièce n° 10 du dossier des Archives Nationales.
1. C'est avant le 16 mars 1826 que Balzac a traité avec Laurens ; cela résulte d'un arrangement passé à cette date entre MM. d'Assonvillez, Balzac et son associé André Barbier ; Balzac et Barbier y sont qualifiés « imprimeurs demeurant à Paris, rue des Marais-St-Germain, n. 17 ». Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu jusqu'ici rencontrer l'acte de vente.
M. Paul Delalain, dans sa Liste des imprimeurs typographes de Paris du 1^r avril 1811 au 10 septembre 1870 sous le régime du Brevet (extraits de la Bibliographie de la France, septembre-octobre 1899), donne la nomenclature suivante des typographes qui ont précédé ou suivi Balzac: 1er avril 1811, Laurens aîné (Jean- Joseph) ; 1er juin 1826, Balzac (Honoré de [sic]) ; 20 septembre 1828, Barbier (André) ; 7 octobre 1833, Joly (Jacques-Louis) ; 3 mai 1834, Beaulé (Pierre-François) ; 20 novembre 1846, Beaulé (Jean-Baptiste-Prosper), fils du précédent. Jean-Joseph Laurens aîné exerçait déjà en 1798 ; quand vint le régime du brevet, il fut inscrit en 1811, mais les brevets ne furent pas alors délivrés aux titulaires. L'Empire s'écroula et la Restauration crut nécessaire de renouveler lesdits brevets, et c'est pour cette raison que celui du prédécesseur de Balzac ne porte que la date de 1816, comme on le verra plus loin.
La demande de Balzac a été remise au Directeur général de la police par M. de Berny, qui l'avait accompagnée des deux lettres suivantes destinées l'une au Ministre de l'Intérieur1, l'autre au Directeur général de la Police2 :
Monseigneur,
Permettez-moi de faire connaître à Votre Excellence l'intérêt vif que je porte à M1 Honoré Balzac qui désire obtenir l'autorisation nécessaire pour exercer la profession d'imprimeur. Je connais depuis longtemps ce jeune homme ; la droiture de son cœur, ses connaissances en littérature me persuadent qu'il s'est convaincu préalablement des devoirs qu'impose une pareille profession.
La sévérité de mes fonctions ne me permettrait pas d'élever la voix en faveur de Mr H. Balzac si je n'avais une intime conviction que Votre Excellence n'aura jamais à se repentir d'avoir favorablement accueilli sa demande.
J'ai l'honneur d'être, avec un profond respect, Monseigneur, de Votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur
De Berny, Conseiller à la Cour Royale.
Paris, le 12 avril 1826. rue d'Enfer, n° 55.
Pièce n° 11 du dossier des Archives Nationales.
Monsieur le Directeur général,
Pour ne pas vous ennuyer, j'aurai l'honneur de vous prier de jetter les yeux sur la lettre ci-jointe avant de la remettre à Son Excellence et d'être persuadé que je vous aurai une vive et personnelle reconnaissance si vous pouvez, et promptement, faire réussir la demande de mon jeune protégé.
J'ai l'honneur d'être, avec la plus haute considération,