LA MAISON DE LA RUE DES MARAIS
«... 1° D'un acte de vente, en date du 7 mai 1825, il résulte qu'à cette époque la maison de la rue Visconti n'existait pas. Il n'y avait sur la rue Visconti (alors rue des Marais) que « deux pavillons élevés d'un rez-dechaussée et couverts en ardoises ». J'ai d'ailleurs un plan général et j'y constate que la maison actuelle n° 26, rue Jacob (alors n° 24, rue du Colombier) est bien désignée Hôtel du prince de Galles.
« 2° La maison de la rue des Marais était construite à la date du 8 décembre 1828, comme il résulte d'un compte de mitoyenneté entre M. Prestat, propriétaire rue des Marais, n° 17 et M. Lacy, propriétaire rue des Marais, n° 15, établi, à cette date du 15 décembre 1828 et portant cette mention : « M. Prestat ayant adossé un bâtiment dut acheter la mitoyenneté... », etc.
« Mais cette date du 28 décembre 1828 est une date limite et rien ne fait supposer que les comptes de mitoyenneté aient été établis aussitôt après la construction, puisqu'il y a deux autres voisins avec lesquels les comptes de mitoyenneté n'ont été établis que : le premier en 1851 et le deuxième en 1846. Le premier est le voisin de gauche de la rue du Colombier, parce qu'on avait exhaussé une aile de l'Hôtel du prince de Galles, le deuxième (celui réglé en 1846) est précisément le voisin rue des Marais, 19.
« Il est, au contraire, probable que M. Prestat, devenu propriétaire suivant l'acte d'adjudication du 7 mai 1825, n'aura pas trop tardé à construire et la maison, 17, rue des Marais, a dû être construite en 1826 ou au plus tard 1827. Cependant, je n'ai pu trouver, dans aucune pièce, l'indication précise de la construction. Tous les actes relatifs à la mitoyenneté portent simplement la mention : « M. Prestat ayant adossé, etc. »
La maison portant le n° 17 de la rue des Marais-Saint- Germain était certainement construite en 1826, puisque dans un traité passé entre M. d'Assonvillez, Honoré Balzac et André Barbier, en date du 16 mars 1826 (Voir Appendice VI, pièce n° 46), Balzac et Barbier sont
déjà dits domiciliés : rue des Marais-Saint-Germain, n° 17.
Quant au M. Prestat, cité dans la lettre de M. Bourguignon, il s'agit de M. Henri Prestat, demeurant 9, rue des Bourdonnais, propriétaire des locaux occupés par l'imprimerie Balzac et Barbier. Nous le voyons figurer comme créancier à la faillite, dans un « état de la situation du sieur Honoré Balzac » et dans l'acte de vente de son imprimerie à Barbier (Voir Appendice VIII, pièces nos 80 et 81). Un autre Prestat, du prénom d'Auguste, demeurant rue de la Poterie, y figure également.
Paul Lacombe, le bibliographe parisien, aujourd'hui défunt, voulut bien relever et nous communiquer la liste des voisins de Balzac, en 1827, d'après YAlmanach parisien ou Liste générale des. habitants de Paris, classés par rues et par numéros ... pour l'année 1827 . Paris, chez les éditeurs, rue des Marais du Temple, n° 14, 1827, in-12, p. 187. Voici cette liste :
N° 15 : Delpont, négociant.
Dufraval, receveur de l'enregistrement.
Lacy.
N° 17 : Balzac, imprimeur.
N° 19 : Besson (Madame).
Desmichels, baron de Champorçain, avocat.
Ducamp de Bussy.
Il n'est pas fait mention du 17 bis. Il est à remarquer que, lors de notre première édition de cet ouvrage en 1905, le 17 bis était le numéro de l'immeuble placé entre le 15 et le 17 et que le 17 était contigu au 19. Actuellement (1921), la Ville de Paris a fait disparaître le n° 17 bis en le réunissant au n° 17.
Au moment où Georges Vicaire achevait la correction des dernières feuilles de cet ouvrage, il succombait soudainement. Jusqu'au bout il a travaillé et cette nou velle édition de notre livre — retardée par la guerre avait été l'objet de ses soins scrupuleux. Il se faisait une joie d'exécuter les volontés de M. de Spoelberch de Lovenjoul et de donner au public les lettres de Balzac et celles de Madame de Berny. Il n'a pas eu la satisfaction de voir paraître le livre et, après vingt-cinq années d'une collaboration cordiale, j'ai la douleur de perdre, à l'heure de la réalisation, cet incomparable ami.
Ce livre vient de lui; il est à lui; je le rends à sa mémoire. On y retrouvera, à chaque page, les marques de sa conscience, de son érudition sans défaut et du culte qu'il professait pour les Belles-Lettres.