‹ La jeunesse de BalzacChapitre 96 sur 155 · LETTRE DE M. D'ASSONVILLEZ A H. BALZAC · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. D'ASSONVILLEZ A H. BALZAC

21 juin 1826.

A Monsieur Honoré Balzac, rue des Marais, n° 17, faubourg St-Germain, à Paris.

Montglas, ce 21 juin 1826.

Mon cher Honoré,

Je vous avais demandé deux jours pour réfléchir à la proposition qui m'a été faite par le sieur Urbain Canel.

Voici le résultat auquel je m'arrête définitivement. Je lignerai l'acte que j'ai lu, qui fait remise de soixantequinze pour cent, sous la modification de quelques expressions qui ne peuvent me convenir, en ce sens que n'ayant jamais examiné les registres de mon débiteur, il me paraît un peu hasardé de certifier des faits et des conséquences qui, véritablement, ne sont pas à ma connaissance. Vous voyez que ceci est peu de chose, et qu'un acte séparé pour moi répondrait à tout.

Ce qui m'embarrasse le plus, c'est que je ne puis arriver à Paris, comme je vous l'avais promis, pour l'exécution de cette clause, qui ne donne que huit jours à notre débiteur pour rapporter toutes les signatures. Les ouvriers que vous avez vus chez moi et quelques personnes qui me sont arrivées et avec lesquelles je serai obligé de voisiner, me retiendront ici jusqu'au cinq juillet. Je ne puis donc accepter un rendez-vous que pour le six, le retard, jusqu'à un certain point, me sourit même, car ce serait une consolation pour moi que vous réiléchissassiez mûrement à l'acte que vous me faites signer, et aux conséquences que je vous soumets.

Vous savez que je n'ai jamais connu Mr Urbain Canel, que je n'ai jamais eu confiance en lui, que je n'ai jamais fait d'affaires avec lui, et, dès lors, que jamais je n'ai été à même de faire avec lui des gains, qui pourraient aujourd'hui me consoler de la perte énorme que l'on me propose. Dans cette affaire, c'est vous seul que j'ai désiré obliger; c'est une entrée dans les affaires que je voulais vous procurer. C'est donc à vous que je demande sécurité pour mon avenir. Cette sécurité ne peut plus résulter pour moi de la connaissance que j'ai de votre extrême délicatesse; vos nouveaux engagements, votre nouvelle position sociale, vous font une loi de me rassurer autrement.

Je verrais aussi avec plaisir que tous les créanciers eussent signé avant moi. Ce serait pour moi une espèce de conviction que les affaires de votre ancien associé ne sont que malheureuses.

J'oubliais aussi de vous dire que je ne puis pas remettre le titre de Urbain Canel, mais seulement donner quittance du dividende, car ce titre porte votre endos, endos que

vous ne devez plus signer aujourd'hui sans la participation de votre associé.

Je n'en suis pas moins votre ami.

d'Assonvillez.

(Collection Lovenjoul, ms. A 259, lre part., fol. 53.)

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