‹ La Jeunesse de BenthamChapitre 6 sur 197 · DAVID HARTLEY · texte numérisé non relu

DAVID HARTLEY

rééditer, avec l'autorisation du fils de Hartley, les « Observations sur l'Homme». Hartley lui-même avait admis que la partie psychologique et la partie physiologique de son livre n'étaient pas indissolublement liées l'une à l'autre17 : en 1775, Priestley publie « la Théorie de l'Esprit Humain de Hartley, fondée sur le principe de l'association des idées ls », édition abrégée des « Observations » où il supprime tout ce qui concerne la doctrine des vibrations, «afin, nous dit-il, de simplifier la doctrine et de faire de la doctrine de l'association le seul postulat, la seule chose prise pour accordée dans cet ouvrage ly». L'édition devient vite populaire, et fonde décidément la renommée de Hartley. Bentham y renvoie dans une note de son « Introduction aux Principes de Morale et de Législation20 », où il explique l'influence de l'habitude par l'opération du principe de l'association des idées ; il reconnaîtra, dans une autre occasion, avoir appris de Hartley à considérer le bonheur comme une somme de plaisirs simples, unis par association. Le succès du livre prouve que le public anglais ratifie le jugement porté par Priestley : « quelque chose a été fait sur le domaine du savoir par Descartes, beaucoup par Locke, mais beaucoup plus par le docteur Hartley, qui a jeté sur la théorie de l'esprit une lumière plus féconde que n'a fait Newton sur la théorie du monde naturel21 ».

Or Hume, avant Hartley, dans son « Traité de la Nature Humaine », paru en 1738, puis dans son « Enquête sur l'Entendement Humain », avait essayé déjà d'interpréter tous les phénomènes de la vie mentale en se fon-

dant sur le principe de l'association des idées ; et Hume est un penseur infiniment plus pénétrant que Hartlev. Malgré cela, ou peut-être même à cause de cela, sa philosophie renferme une ambiguïté fondamentale, qui fera toujours hésiter les doctrinaires de l'associationisme à le tenir pour leur maître.

Hume, assurément, nous offre son traité comme « une tentative pour introduire la méthode expérimentale dans le traitement des sujets moraux22 ». Il veut faire, pour la philosophie morale, ce que Newton a fait pour la philosophie naturelle, et croit avoir découvert, avec le principe de l'association, « un genre d'attraction auquel on trouvera, dans le monde mental, de< effets aussi extraordinaires que dans le monde matériel,' et 'des manifestations aussi variées 23 ». Les phénomènes psychologiques s'attirent les uns les autres, sont soumis, selon la déclaration formelle de Hume, à des relations de causalité : « la conjonction constante de celles de nos perceptions qui se ressemblent est une preuve convaincante que les unes sont les causes des autres24 ». Car l'établissement d'une science morale suppose le déterminisme moral : le principal emploi de l'histoire n'est-il pas « de découvrir les principes constants et universels de la nature humaine, en nous montrant les hommes dans les circonstances et les situations les plus variées, et nous fournissant les matériaux grâce auxquels nous pourrons former nos observations et devenir familiers avec les ressorts normaux de l'action et de la conduite humaines25 »? Et toute espèce d'action

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