Le 9 novembre
6. Le 16 septembre 1823. — Son arrière-grand-père, Ebenezer Parkman, avait exercé les fonctions de pasteur pendant soixante-cinq ans. Son père, Francis Parkman, également pasteur d’une église unitaire de Boston pendant trente-six
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deux cents ans au mouvement religieux et intellectuel de la Nouvelle- Angleterre, et dont plusieurs membres avaient pris part aux événements ou aux inquiétudes de la lutte qui, dans la seconde moitié du dernier siècle, détermina l'assiette politique actuelle du monde américain. Il s'était proposé, dès l’âge de dix-huit ans, de raconter les batailles livrées par Montcalm et Wolfe autour des murs de Québec!; mais, avant de procéder au dépouillement des archives, il voulut visiter en « pèlerin passionné » les lieux témoins des préliminaires de la rencontre et qui gardaient encore beaucoup de la virginité sauvage que nos pères avaient eue sous les yeux. Il vécut même parmi les Indiens pour surprendre leurs mœurs et leur caractère, allant chercher leurs wigwams jusque dans les solitudes des Montagnes Rocheuses?.Muni de documents écrits ou vivants, il se mit à l'œuvre, malgré la nervosité bizarre, la faiblesse naturelle d'une santé que ses voyages avaient plus douloureusement ébranlée que raffermie*. Comme à Prescott, son compatriote, et comme à notre Augustin
ans, avait fondé la chaire d’éloquence religieuse au collège de Harvard. Enfin son oncle, George Parkman, membre de la grande Université du Massachusetts, dont il avait contribué généreusement à fonder l’École de médecine, fut assassiné par un collègue, professeur de chimie, dans des conditions mystérieuses; et la découverte du crime, par Oliver Wendell Holmes, en a fait une des causes célèbres d'outre-Atlantique.
1. C’est un amour fervent de la nature et de la vie des bois qui Pavait porté à s'éprendre des souvenirs de l’ancienne guerre contre les Français (Old french War). « Dans la forêt, » écrivait-il en 1886 à son ami l'Hon. Martin Brimmer, « le drame, ce me semble, devenait plus émouvant, les acteurs paraissaient mieux en scène que nulle part ailleurs au cours de notre histoire... La lutte de la France et de l'Angleterre en Amérique est tout simplement l’histoire de la forêt américaine, et c’est ainsi que je l'ai toujours envisagée. » Nous empruntons ce passage au compte-rendu de la séance exceptionnelle tenue par la Société historique du Massachusetts, le 21 novembre 1893, pour rendre hommage à sa mémoire (7ributles Lo Francis Parkmnan, p. 6). Nous en devons la communication à miss Eliza Parkman, sœur de l'écrivain.
?. Il a résumé ses impressions dans un volume intitulé : Oregon Trail.
3. « Physiologiquement parlant, le cas est assez curieux. La genre de vie que je m'étais imposé dès le début était de nature à développer, dix-neuf fois sur vingt, la vigueur et l'endurance physiques. Le malheur est que l'irritabilité native de mon tempérament exigeait un train plus modéré » (Au D' George E. Ellis, président de la Société historique du Massachusetts, 28 nov. 1868). — « Mon cas est assurément exceptionnel, » ajoute-t-il ailleurs; « mais on lui trouve maintenant bien des analogues; et l'énervement que produit l’état social ou mondain, la fébrilité de la vie courante, en diminuent la rareté. » Aussi Parkman a-t-it étudié son mal avec une simplicité caractéristique, pour aider à le prévenir chez autrui, tout en protestant qu'il serait désolé qu'on en prit texte pour remplacer la vie saine du dehors par une existence de bookworm (Tributes, p. 4-5, 7).
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Thierry, la vue lui manquait à l’instant décisif; et lui-même avouait avec mélancolie que, pendant des années, une heure de lecture eût été presque « une tentative de saicide!. » Il n’en poursuivit pas moins sa tâche, mûrissant son style, creusant son sujet et se préparant à raconter la crise finale par une étude de longue haleine sur l'histoire de la colonisation française en A mérique depuis ses origines. Pourtant, son premier livre fut celui qui devait clore la série dans l'ordre chronologique, {a Conspiration de Pontiac?, l'un des épisodes les moins connus de la chute de notre ancien régime au Canada, dont il offre l'épilogue naturel. Au cours de ses voyages, Parkman avait entendu les souvenirs des vieillards qui avaient assisté à ce terrible drame, où les sauvages, sous la direction d’un chef que ses rares qualités auraient mis partout en évidence, avaient essayé, par un dernier effort et par une action d'ensemble peu fréquente chez les indiens, de relever ie pavilion de ia France sur les bords du Saint- Laurent. L’historien recueillait avec émotion le récit de ces témoins, qui, tout enfants, se rappelaient avoir écoulé la nuit, dans le petil village de Détroit, le pas des soldats anglais marchan. à la mort, et vu luire au passage l’étincelle des baïonnettes*. D’autres, à Philadelphie, avaient eu le comique spectacle des Quakers transformés en fouures de guerre et ne jurant que vengeance avec la proverbiale ardeur des « moutons enragés. » L'auteur avait en mains tous les éléments d’un livre à succès; il en sut tirer un excellent parti. Néanmoins, ce premier ouvrage manque un peu de cohérence et de proportion. Il garde l’ailure d’une chronique et semble aonner à l'événement une importance qui dépasse la réalité. Parkman, d’ailleurs,
1. Pioneers of France, Introd., p. x. Extérieurement, Parkman semblait avoir des muscles de fer et des nerfs d'acier; mais il lui a longtemps été impossible de lire cinq minutes, d'entendre lire une demi-heure, de supporter la lumière, de suivre une conversation. Même par la suite, alors que sa santé eut recouvré le plus de forces, il lui fallait encore interrompre son travail pendant des mois et s’absorber dans la culture des fleurs. Son premier livre a été écrit en partie les yeux fermés, la mai: se servant d'un appareil qu'il s'était fait construire. Et, pendant uu temps, il n'eut pour lui lire les ouvrages et documents français qu'une petite écolière ignorant notre langue, « speccacle amusant pour le visiteur, mais moins agréable pour l'auteur. » Cependant, en homme du monde, Parkman avait su se créer des collaborations affectueuses dont il parle discrètement : « Je n'ai pas besoin de dire à quel sexe elles appartenaient. » Au total, sa vie est un exemple de ce que peut la volonté. Néanmoins, durant un laps de quarante ans, sa production littéraire n'a pas atteint, remarque-t-il, le quart de ce qu'il eût produit dans des conditions normales.
2. The Conspiracy of Pontiac, 10° éd. Londres, Macmillan, 1893, 2 vol.