CO LA JETS ESSE
aussi que Florence témoigne de la grandeur et du faste des Strozzi par ses édifices religieux et civils, et surtout par ce palais grandiose qui semble fait pour l'éternité : ce palais qui, sous un aspect sévère qu'adoucit la plus noble recherche du goût, par l'harmonie savante de tontes ses parties et par la perfection de l'art qui y a présidé, est demeuré un modèle incomparable? Philippe Strozzi n'avait donc que vingt ans lorsqu'il épousa Clarice de Médieis, et on peut dire qu'il s'attira par ce mariage le ressentiment des lois de la République, qui défendaient toute alliance de sang avec les rebelles 1 . Si Glarice l'a consolé en lui donnant des fils de talent et de belles filles, lui, cependant, qui avait plus d'esprit et d'amabilité que de constance et de fermeté, et qui se laissait facilement entraîner par son tempérament, hit mis par celte parenté dans une situation qui lui attira nombre de reproches, les plus grands soucis, qui lui fit commettre mainte erreur et le conduisit enfin à sa perte.
Clariee avait hérité de l'orgueil et de la violence de sa mère, mais aussi de l'esprit élevé de son grandpère, Laurent le Magnifique. Ce fut elle qui prit soin de sa nièce orpheline, et dans le temps de sa puis-
1 Vittt tli Fitippo Strozzi, |».n Mim nliui. M«>inic«\ I8V7, M.
DE C A T 11 E H I iS E DE MÉD1CIS. Cl
sance et de sa grandeur, la Heine de France, en accordant sa protection constante aux fils expatries de Clarice, récompensa l'amour que la mère lui avait témoigné dans son enfance. Autant Clarice itait attachée à la fille de son frère, autant elle méprisait les descendants illégitimes de la famille que Clément VII préférait : aussi était-elle peu dévouée au Pape luimême. Elle disait que Clément, comme Cardinal, lui avait pris ses biens, et comme Pape, sa chair et son sang. Lorsqu'à la mort, en elfct, de son père et de sa mère, elle avait fait valoir des prétentions bien fondées sur une partie de l'héritage, elle n'avait pu rien obtenir, et tandis que le Pape statuait arbitrairement sur les biens et la personne de Philippe Strozzi, il oubliait sa promesse d'un chapeau de cardinal pour son fils ainé, qui devint plus tard maréchal de France. Elle refusa de donner à un de ses fils le nom de Clément, parce qu'une prédiction avait annoncé que Florence, sous un pape Clément, serait frappée d'un grand malheur 1 .
La petite Duchesse , « la Duchessina » (c'est ainsi qu'on se plaisait à nommer Catherine à Florence, bien qu'après la réinstallation de François-Marie de la Rovère par le Pape Adrien VI dans ses Etats héré-
■ Kaiili, VII, 11, 94.
fi
02 l.A .IKUNKSSË
ditaires , il ne lui était plus resté d'Urbin que le titre), passa ses premières années d'enfance dans le palais de sa famille. Emmenée ensuite à Rome, on ne sait au juste à quel moment ', mais sans doute alors que le Cardinal de Médicis dut abandonner le gouvernement de la ville, elle revint à Florence, au printemps de l'année 1525, en même temps que cet Alexandre que l'on disait être son frère naturel *. Le Pape Clément montra toujours pour Catherine une grande affection et lui témoigna des soins tout paternels; il ne lui en donna pas seulement des preuves dans sa patrie, mais en France aussi il soigna ses intérêts. H profila de son autorité auprès du Itoi pour lui assurer l'héritage de Madeleine de la Tour d'Auvergne, sa mère, que, parait-il, son oncle maternel le Ducd'Albany, de qui nous aurons beaucoup à parler, avait géré plus à son profit qu'à celui de sa nièce. La rente fixée par le Hoi au Duc dVrbin, était également arriérée depuis longtemps. Le Florentin Hubert Acciaiuoli, qui alla en France en qualité de
1 Ou sait .iiijoiu .rimi , d'après 1rs extrait* <Ich déficelle* de rainl>a»x.a<l< iir vénitien Minio aiijm-s de Léon X, que la petite Duchesse fut amener à Home îles l'aimée 1521. Vov»v. \v» détail» curieux «jue non* rapporton* a ce propos» dau» notre Préface. (Xote <lu traducteur.)
* 8cipione Ammirato, Islorie fior., Iil>. XXX.
DK CATIIERIME DR MÉDIC1S. 03
Nonce, reçut Tordre de régulariser la chose et de réclamer cette dette 1 .
1 Le 18 avril 1526, Clément VII envoya au Roi François le bref suivant :
« Régi Francic, ebarissime in Christo fili noster, salutcm, etc. Cuin dilccte in Christo hlie nobilis piicllc Catberinac de Medicis Urbini Ducisse nostre secuudum carueni pronepti* paternuin curain ac tutoriani personam gcranius, nec pro ofiieio et aftertu nostro possimus commodis et iuribus eius déesse, maudaviinus dileeto filio Roberto Acciaiolo ut super bis nostro noiniue SereiiitateuiTuaui alloqucretur. Sieut enim ipse Robertus latins explicabit, bine ipsi Catlierinac ex materna sm ccssioiie plura bona cum multorum annorum fructibus per dilecttim h'Iium Jobannem Ducem Albaniae, hinc ex bone memorie Laurcntii Dueis Urbini patris sui successione , Comitatus de Lavaure cum pertinentes et locis circumvicinis pro annuo redditu X millium Francorum eidern Laurentio Duci per Screnitatcm Tuam assignatus, etiam cum fructibus debentur. Quare Nos licet plurimutn in iustitia et probitatc, nec minus in beucvolcntia erga Nos tua xperemus nec dubitare possimus quin (quam omnibus soles) etiam nostre pronepti iustitiam tua sponte sis bénigne administraturus, tamen quo possimus studio et affecta Sercnitatein Tuarn bortamur et requirimus in Domino, velis pro manifesta rei equitate, et intuitu nostro, ac pro dicti Laurentii (qui Tuam Sercnitatein officiosissime eoluit) inemoria, in bac quoque re ut in ceteris Tuam erga Nos benignitatem deelarare, cfticaciterquc ordinare ac tuaudare, ut iitraquc bona predicta cum illorum fructibus outnibus eideui nostre pronepti vel procuratori ejus, quem dedita opéra istuc niisimiis, intègre ac sine niora consignentur et restituant ur. Quod Nos quidem, lieot a Serenitate Tua pro iustitia debifum