‹ La jeunesse de Fléchier (volume 2)Chapitre 4 sur 63 · MADRIGAL · texte numérisé non relu

MADRIGAL

Tes écrits, pleins de gravité,

D*appa8f de grâce et de beaaté, Etalent ce que Part a de plus magnifique ;

Et ta savante rhétorique Sait donner à TÉglise, aussi bien qu*au palais, Des orateurs parfaits.

Cette éloquence non pareille Que ton livre fait voir avec tant d'appareil, Donne aux prédicateurs un secret sans pareil

De gagner les cœurs par Toreille.

« Le Madrigal est signé F. E., c'est-à-dire Fléchier, ecclésiastique; et, dans l'édition de 1673, sous ce titre: P Éloquence de la chaire ou la Rhétorique des prédicateurs, le nom de M. Fléchier s'y trouve tout au long. » (D'Artigny, Mémoires de littérature,)

déjà cité, le Masque des orateurs^ le maître fait Téloge de l'un de ses élèves, à la prière duquel il avoit composé et fait imprimer son ouvrage. « C'est, ajoute-t-il, Tun des plus honnêtes jeunes hommes et des plus obligeants que j'aie jamais connus et servis dans ma profession, et, dont la surprenante modestie me fait taire le nom et les louanges que mérite sa capacité (1). » D* Artigny pense avec raison que P honnête jeune homme désigne Fléchier ; et il appuie son opinion sur des motifs qui rendent sa conjecture fort probable.

Si grande que soit la différence entre le disciple et le maitre, il faut bien tenir compte des rapports trop suivis (ju'ils eurent ensemble. Fléchier, c'est possible, traita Richesource comme les vieux sermonnaires qu'il lisait volontiers; il regarda ce déclamateur comme l'un de ces bouffons dont il se moquait tout le premier; mais, pour être vrai, nous devons ajouter que s'il « contracta quelquefois^ sans qu'il s'en aperçût, l'affectation d'esprit qu'il ne cherchoit dans ces vieux sermonnaires que par le désir de s'en préserver (2) », il prit aussi, dans l'école détestable de la place Dauphine ou de la rue de la Huchette, des habitudes mauvaises, dont ses discours semblent avoir gardé la trace. Non seulement, on lui reproche d'avoir (juelquefois un ton déclamatoire, un style pompeux et une harmonie creuse « qui ne va quà flatter Vomile (3j », mais on remarque aussi que, par certains

il) L'abbé d'Artigny, Mémoins de littérature. r2i D'AIembert, Eloge de FléMer, vol. I, p. 404. «3) Féoelon, LtCttre à l'Académie française, ch. iv, Projet de rhétorique.

côirs, S4^n éloquence ressemlile à celle cT on ♦^ déclamateor fltMiri, qui ne veut que des phrases brillantes ei des tours inirênieux (P »>. Nous, nous lui ir-procbons au9si d^avoir reproduit maladroitement, et quelquefois avec une exactitude j^rvile, certains passa^res qu'il ne valait pas la peine d empninter« ou qu'il fallait laisser aux écrivains (|ui les avaient marqués du sceau de leur génie. Sans doute, il avait w;/ penchant rer% la rhétoHçne: mais ce défaut, qu'un maître éclairé eût combattu avec 9oin, a été (lé\elop|)é au contraire |)ar un pédant, qui apprenait à ses disciples à s'occuper des mots, plus encore que des idées, et qui avait pour principe que «< les pensées ne doivent pa** être communes, mais qu'elles doi^"ent être telles, qu'elles puissent surprendre et donner de l'admiration (2) »>. Dans la suite, Fléchier se souviendra de ces pitoyables conseils : il les mettra en pratique, mab en atténuant, bien entendu, ce que la doctrine du maître avilit de trop ridicnle. Quant aux emprunts qu'il a faits, et qu'on a quelque droit de blâmer, peut-être a-t-on raison de dire que ^ ce n'est pas pour avoir été à técole de platjiat, (\\\\\ s'est laissé aller, deux ou trois fois, à piller peu adroitement certains vieux auteurs, qu'il a d'ailleurs illustrés par ces infimes larcins (.^j »; nous admettons \()loiitiers ces obligeantes explications, mais avec quelque r^'îscn e cependant, et pourvu qu'on reconnaisse, qu'entre la manière de l'élèNC et les préceptes du maître, il y a une

(il l''«'in'l()ii. iMlrv à l'Aradnnie franram'. Ibùf»

{'I) lihvloritfUii des itiidirateurs . p. iS.

{^) M. A. Delacroix, Histoire de FUchicr^ p. 27.

certaine conformité, preuve manifeste que Richesource a exercé sur Fiéchier une influence qu'il est difficile de nier. Nous n'attachons pas une importance excessive aux divers hrcins, dont nous aurons l'occasion de parler plus tard; combien d'écrivains, d'ailleurs, ont été coupables des mêmes torts, sans que leur réputation en ait beaucoup souffert pour cela ! Il est juste toutefois de le dire, si Flécbier copia si facilement certains auteurs, en essayant à peine de déguiser adroitement ses emprunts, c'est que les leçons qu'il avait entendues autrefois diminuèrent les scrupules de sa conscience littéraire, et qu'il ne songea pas à regaider comme une faute ce qu'on lui avait appris à regarder comme une espèce de droit.

Le professeur a laissé sur le disciple une empreinte réelle, qui est, du même coup, et le châtiment de la complaisance de l'élève pour son maître, et l'expiation des éloges compromettants qu'il reçut de lui. Dans l'intérêt de la gloire de l'évèque de Nîmes, M. Delacroix a dit que Ton avait faussement apprécié les rapports de ces deux hommes si opposés de talent et de caractère; mais son opinion bienveillante, opinion que nous voudrions pouvoir partager, ne paraît pas suffisamment justifiée. Charles Labitte a mieux compris que ce ne fut pas impunément que le futur orateur fréquenta une si grotesque académie. ^( Les plis de la jeunesse, dit-il, ne s'effacent jamais entièrement : plus tard, il aura beau faire, quelque chose de ce procédé lui restera sans qu'il s'en doute ; quand il ne développera plus le texte des autres, c'est le sien propre qu'il développera ; en un mot, il assortira des phrases disertes et solennelles sur quelque

ils nous ont tous laissé un profond dégoût pour son bavardage« et un souverain mépris pour sa personne. Partout, le pathos le plus incohérent et le plus lourd ; partout^ un aillas de sottises noyées dans des flots de paroles, et pas une page correcte ou un précepte raisonnable.

Dans un endroit, où il parle de Taction de Torateur^ il faut voir tout ce qu'il trouve dans le ris^ dont il explique le genre ^ le sujets t objets les causes efficientes^ etc.. (1); ailleurs, il parle de Tinvention, et nous apprend que la surprise est la mère de F admiration; F admiration^ la cause de taffluence des auditeurs^ et de la gloire des plus célèbres prédicateurs (2). Je plains bien les élèves s'ils comprenaient quelque chose à un pareil galimatias. Quant à Richesource, je l'imagine, fier de la sublimité de ses inventions et de l'incomparable beauté de ses méthodes, il se plaçait modestement bien au-dessus de tous les rhéteurs anciens et modernes ; et, comme ce pédant

(1) « Le ris a trois genres principaux : l'action du corps aiiinii'î est l'éloigné; l'action de l'homme est lo prochain; l'action de l'homme naturel externe est le genre très proche. » Il explicjue ensuite le sujet du ris. « Le ris est un mouvement qui a trois sortes de sujets : le total qui est l'homme; le partiel (jui est le cœur de l'homme; le propre sujet du ris qui est le visage de Thomme. » La ^néthode des plus parfaits auteurs et des orateurs les plus célèbres, ou la parfaite manière de se bien conduire dans la composition et dans la critique de toutes sortes de discours. Cet ouvrage est placé à la suite de la Méthode des orateurs, par le sieur de Riche-Source, Modérateur de l'Académie des orateurs, à Paris, se vend et s'enseigne à l'Académie des orateurs, place Dauphine, aux Trois couronnes, sur le grand cours de Teau, 1668; avec privilège du roi. (Bibl. S. Geneviève.)

(2) Voir ce passage, pièces justificatives, V. Ce n'est pas à tort que d'Artigny l'appelait plaisamment un distillateur de galimatias.

la tradition immédiate » (1), il a bien soin aussi de ne pas la défendre avec trop de chaleur. Doué d*un jugement, qui ne manquait ni de justesse ni de pénétration, il vit les défauts de l'école à laquelle il appartenait; il eut même assez de perspicacité pour prévoir de quel côté la victoire finirait par pencher, et, en homme habile, il tâcha de concilier son attachement pour. les doctrines littéraires du passé, avec les exigences du présent, et celles de l'avenir. Il ne cessa pas d'admirer le style pompeux de Balzac, mais avec sagesse, mesure, et sans bruit ; il évita ainsi les coups redoutables que Molière et Boileau allaient porter à ceux qui opposeraient une résistance opiniâtre. Sa conduite, dans ces ch*constances, fut celle qu'il adoptera toujours : il suivra prudemment une route intermédiaire, il fera des concessions aux uns et aux autres, et si, dans les deux camps opposés, on ne le regarde pas comme un ami ardent, personne, cependant, ne verra en lui un ennemi* déclaré, qu'il faut poursuivre sans relâche, et essayer de subjuguer entièrement. Au fond, cependant, dès 1660, Fléchier appartient â une école, à celle de Louis XIII qu'il continue, « mais en polissant le langage, en évitant l'enflui'e, en faisant un art du choix des termes et des constructions, en recherchant le nombre, la correction, la scrupuleuse justesse des termes, en un mot, les secrets du style et les manèges de l'écrivain (2). » (iOtte appréciation, qui, SOUS reloge, cache une critique réelle, convient surtout aux premières compositions de notre auteur.

lll Ch. Labitte.

\:l\ Ch. Lahitte, Revue des Deux-Mondes, mars 1845.

Is BOiB OBI UMB liu« uB pn:*£9Bd défoài pmr mb luTardace, et m sonveraîn mqns pr«r sa pcrscmie. Pknsou le psfcdt«>ï le phis îzKofaêrect ei le pkis VamA : pjrunt, un de 90Ctise& noiées daos des ÉDis de paroles, ce pas pttfe correcte oo un prêcepie nynoooable. Dm» no endroit, ou il parie de Factîoo de Tontciir, 8 fnt rar tout ce qo^ii troiiTe daiks It ris, doot il explique ie fflnre. fc flr/e/, loèjei. Us emtpes efflnemies^ etc.. (1); aiDenn. il parie de rinreatioD. et nous appreod que /ar 9yrpn9e es/ /ar mère de Cadmir^noM: radmimiiom^ ta emm$e de faffitÊente des audilenr^, et de im ylaire des péms eélééres prédiesieMrs i . ie plains bien le» élères fsHkê cooipreoaient quelque chose à un pareil galimatias. Qoam à Ricbesource, je Timagine. fier de b subUmitè de •es inrentioDS et de l'incomparable beauté de ses méthode», il se plaçait modestement bien au-dessus de tous les riiéteiffs anciens et moderne» ; et. comme ce pédant

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t Voir ce fiossaire. pi^-:es ju-tidiMti\o>. V. i> nWi pas à VfTX qae d'Artisny I appelait plaisamment un iii>ttJUUftir dt yatf-

De plus, et ceci dissipe tout doute à cet égard, les Discours de Flécbier se trouvent tous imprimés dans les Conférences oratoires ; c'est là un détail qui a sa valeur, et qui montre à quelle occasion ils furent écrits.

On le comprend bien, il faut attendre peu de chose de la triste école de Ricbesource ; c'eût été miracle qu'une œuvre remarquable pût se produire sous un maître, â capable de corrompre le goût et d'égarer la raison de ses élèves. Sachons gré, cependant, à Fléchier d'avoir su quelquefois, dans des sujets frivoles et souvent insignifiants (1) , développer quelques-unes des qualités qui le feront distinguer plus tard. Ce sont de pures déclamations, pleines de subtilités et de lieux communs, indignes d'occuper des hommes intelligents, et que Ducreux appelle avec raison <c des jeux d'esprit, assez semblables à ces compositions que les anciens rhéteurs proposoient à leurs disciples, et qui n'étoient propres qu'à exercer le talent dans l'obscurité des écoles » . Nous serons peu sévère pour ces simples devoirs d'écolier, faits quelquefois à la hâte, et qu'on n'avait pas toujours le temps de revoir avec soin. Mais,

n'était jas fort embarrassé pour trouver d'illustres protecteurs : cumme il dédiait la Rhétofique des prédicateurs à Nosseigneurs de tAisemblée généfaie du Clergé de France, il n'hésitait pas davaatage à leur dédier aussi quelques Conférences oratoires,

(1) Voici quelques-uns des problêmes que devaient résoudre les élèves : La gloire d'un auteur célèbre est plus grande que celle d'un parfait orateur. — Un général d'armée, sous les ordres da souverain, peut se battre en duel pour le bien de TEtat, étant as«uré de la victoire. — Les passions des femmes sont plus violentes que celles des hopimes. — La femme doit préférer la vie do son pfTe à celle de son mari. (Voyez Œuvres complètes de Fléchier, vol. IX.i

ils nous ont tous laissé un profond dégoût pour son bavardage« et un souverain mépris pour sa personne. Partout, le pathos le plus incohérent et le plus lourd ; partout^ un aïnas de sottises noyées dans des flots de paroles, et pas une page correcte ou un précepte raisonnable.

Dans un endroit, oix il parle de l'action de l'orateur^ il faut voir tout ce qu'il trouve dans le m, dont il explique le genre^ le sujets l objets les causes efficientes^ etc.. (4); ailleurs, il parle de l'invention, et nous apprend que la surprise est la mère de F admiration; t admiration^ la cause de laffluence des auditeurs^ et de la gloire des plus célèbres prédicateurs (2). Je plains bien les élèves s'ils comprenaient quelque chose à un pareil galimatias. Quant à Richesource, je l'imagine, fier de la sublimité de ses inventions et de l'incomparable beauté de ses méthodes, il se plaçait modest^ment bien au-dessus de tous les rhéteurs anciens et modernes ; et, comme ce pédant

(i) 0 Le ris a trois genres principaux : Taction du corps animé est l'éloigné ; l'action de riiomme est le prochain ; l'action de l'homme naturel externe est le genre trôs proche, u II explique ensuite le sujet du ris. « Le ris est un mouvement qui a trois sortes de sujets : le total qui est l'homme; le partiel qui est le cœur de l'homme; le propre sujet du ris qui est le visage de rhomme. » La inéthode des plus parfaits auteurs et des orateurs les plus célèbres, ou la parfaite manière de se bien conduire dans la cont" position et dans la critique de toutes sortes de discours. Cet ouvrage est placé à la suite de la Méthode des orateurs, j)ar le sieur de Riche-Source, Modérateur de TAc^démie des orateurs, à Pftria.. se vend et s'enseigne à l'Académie des orateurs, place Dauphine, aux Trois couronnes, sur le grand cours de l'eau, 1G68; avec privilège du roi. (Bihl. 8. Geneviève.)

(•2) Voir ce passage, pi«'>ces justificatives, V. Ce n'est pas à tort que d'Artigny l'appelait i)laisamraent un distillateur de gaU' malias.

nous montrer ce qu'elles oQt de dangereux, il ajoute, dans un style que ne désavouerait pas la plus maniérée des précieuses : « Comme on a donné du poison à des princes dans des parfums et des gants musqués* dnsi a-t-onbien souvent empoisonné des vertus par les douceurs de la flatterie et de la complaisance (1). » Ailleurs, en parlant des ambitieux, qu'if nous représente comme àe pauvres prétendants en mille postures de sujétion^ il ne craindra pas de dire qu'on les voit souvent « à la porte d'un cabinet, qui est presque aussi orgueilleuse que son maître (2) ». Quelquefois aussi, il se permet des antithèses bien puériles, et qui, certes, feraient peu honneur à son goût, s'il n'avait une légère excuse à alléguer, s'il ne pouvait dire qu'il a dû, presque malgré lui, adopter en partie le langage en faveur au sein de V Académie dont il étsdt membre, et pour laquelle il travaillait. Cette funeste école ne parait pas avoir soupçonné ce que c'était qu'un style naturel, et Ducreux a bien raison de se moquer de ces jeunes orateurs « dont toute l'ambition étoit de faire briller leur esprit, et de l'emporter les uns sur les autres par la singularité des idées, la bizarrerie des sentiments, le cliquetis des antithèses, et le luxe des expressions (3) » . C'est ainsi que Fléchier contractait de bonne heure une fâcheuse habitude, qu'il conservera en composant les Grands-Jours^ et dont ses plus graves écrits porteront encore la trace. Non, les plis de la jeunesse ne s effaceront pas; et, plus tard, quand il sera

(1) Quatrième discours, vol. IX, p. 23.

(2i Septième discours, vol. IX, p. 32.

(3i Œuvres complètes de Fléchier, vol. IX, p. 6.

ilCTniU UD •JIAKUl réi^OT^. 0 <"M€fâ CQflHM mlfErt ni

an coanmt. îi ne pourra rMner à k toMmlîoii <fe faire briller Mm esprit, il Vinirerm de^ crîtiqiws ub pea TÎfn de la part de certains jiiee«. ec s*€3qKMera an reprocte mérité de se faire on jea de b parole, alors qu*y denait t^tre uniquement pénétré de la hante dignité de ison ainKitère. (lonunent retenir on moarement iTimpatieiice, quand on lit de pareilles fadaises : « Mesmnrs, tous Tenet d'entendre que la tristesse est une pamon dUBeile à émouvoir, et on Ton^ Ta dépeinte avec tant de grftce, que cette tristesse voa^a bien donné du plaisir (1)? n Dans un autre passage, on trouve encore un jeu de mots qui ne vaut guère mieux ; Torateur vise k Pesprit, et s'occupe de se faire applaudir, bien plus que de dire des cboseB raisonnables. f< Si j'ai parlé avec un peu de témérité^ dit*il en terminant Tune de ses déclamations, et si f ai pris un sentiment différent de relui de ces honunes éclairés qui ont discouru avant moi, je vous prie de considérer qu'il m'étoit permis d'être un peu imprudent en parlant

(1) Ce discours do Fii^rhior ne se tmiive pas dans les Œuvrtt compiètes; M. Delacroix la pulilir à la tin de son Hiitoùre et lâvéque de Nimé.^y p. t)37. Voici le titre do cette harangue ; Que in pitié est celle de tontes les pauiom que Torateur trattve le phtt difficile à exciter, Duirn^iix a piihlir> les IHseo^irt ac^^iémiquti de Kli^cliierau uoinhn» do douze: mais dans les Conférences académiqncs et oratoires, oiivrafre que nous a\ons cité plus haut, p. 27. CD tn)uve, avec ceux qui sont iniprim»^s dans le« (Buvrn rompUim, trois autres discours de Flécliicr : celui dont nous venons de donner le titre; un autre, où. étudiant un problème proposé par VAcadémie, il n'^pond ([ue le savant est le plus propre à gagner testimr des dames; et enfin un troisième discours, en tête duquel on lit : S'il vaut mieux par charité inhumer le cadavre d'un criminel , nue df C exposer sur les grands chemins pour Vexempk?

contre la prudence (1) . )> Sur une pente si glissante, il est facile de se laisser entraîner, et alors il n'est pas étonnant que les meilleurs esprits commettent les fautes les plus lourdes. Quel style que celui que nous trouvons à la fin d'un discours, où Fléchier veut montrer que la pitié esi celle de toutes les passions que t orateur trouve le plus difficile à exciter! Malgré toute notre estime pour l'illustre orateur, nous ne pouvons nous empêcher de le dire, La Serre et la Galprenède se seraient reconnus i ce langage, qui touche de si près au galir matias. « Que m l'on a vu, dit-il, des orateurs asset persuasifs pour tirer des larmes de leurs auditeurs, ce sont des larmes, messieurs, qui ne viennent que par surprise, qui s'échappent du cœur insensiblement et sans congé, qui se sèchent dans les yeux même, ou qui rentrent de honte (2). »

Il faut voir aussi les efforts impuissants que fait l'ora*teur, pour communiquer une certaine chaleur à sa pauvre rhétorique. Condamné à développer des sujets d'une stérilité désespérante et dépourvus de toute espèce d'intérêt, il tombe nécessairement dans la déclamation ; et alors, il a beau élever la voix, prodiguer images et figures, il ne nous touche nullement. Malgré tous ces frais d'éloquence, nous restons entièrement froids; nous voyons trop clairement que l'émotion de l'orateur est simulée, et qu'il ne vaut pas la peine de prendre ses paroles au sé-

|1) Cinquième discours, vol. IX, p. 28 : L'éloquence a jeté les jprtmiers fondements de la Société civile.

(?! Voyez ce discours publia en entier par M. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 642.

— sérieux. Ces observations s'appliquent, surtout, i certain passage où il s'agit de prouver que la femme doit préférer la vie de son père à celle de son mari : question singulière et subtile, imposée par Richesource i ses élèves, et qu'il fallait développer comme on pouvait II est plaisant, de voir le mal que se donne le jeune déclamateur, pour apitoyer ses auditeurs sur le sort de cette femme malheureuse^ condamnée à choisir entre son père et son mari. Oppositions, contrastes, exclamations, antithèses. Fiéchier étale tout son bagage oratoire, pour montrer ce qu'il y a de cruel dans une semblable situation ; et, tandis qu'il s'évertue à nous émouvoir, il ne s'aperçoit pas qu'une femme, dans la position qu'il imagine, n'aurait guère le temps d'écouter de si pompeux raisonnements (1). Aussi, ne pouvons-nous nous empêcher de sourire, quand, tout fier de la beauté de son éloquence, l'orateur s'écrie avec une naïve satisfaction : « Il me semble, messieurs, que cette personne affligée se rend à mes raisons, qu'elle court au secours de son père, et que puisque son malheur l'oblige à commettre un crime, elle veut commettre le moindre, et sauver son père plutôt que son

il) « Le problème de ce jour me jette d'abord dans des idées fuDestes. Je me figure cette femme malheureuse en toutes manières. Elle voit son jière et son mari mourants, si elle n'assiste Tun ou l'autre. Elle entend la voix de l'un qui lui dit : Rendt'moi la vie que je fat donnée; et celle de l'autre qui lui dit ])itoyablcment : Garde-moi la foi que tu m'as promise. Elle veut sauver son père, mais elle ne sauroit se résoudre à perdre son mari. Son cœur se partage insensiblement. Je suis fille, dit-elle, et d'abord elle tend les bras à son père: mais l'amour lui représente qu'elle est femme, et au même temps elle les porte vers son mari. » {Douzième discours, vol. IX, p. Ah.)

mari (1). » C'est bien là, la fable de t Enfant et du Maître décote; et, comme nous sommes tenté de crier au malencontreux orateur :

Eh ! mon ami, tire-moi de danger, Tu feras après ta harangue !

Une éloquence froide, où Ton cherche en vain wi mouvement naturel, et un accent qui parte du cœur; un style aiïecté, chargé outre mesure d'antithèses forcées et de figures prétentieuses, voilà ce que l'on peut reprocher à la

plupart de ces compositions (2) . Mais, à côté de ces défauts, que nous retrouverons ailleurs encore, se rencontrent

déjà certaines qualités qu'il faut reconnaître : des observations fines, exprimées avec bonheur, des images justes, un style précis et naturel, qui contraste singulièrement avec celui dont nous venons de fournir des exemples. On remarque, surtout, dans plusieurs passages, de Tes-

(1) Vol. IX, p. 46.

(2) M. Delacroix nous semble avoir été bien indulgent pour ces discours, à l'égard desquels il y a de si grandes réserves à faire. « Les questions qu'il aborde, dit l'historien de Flechier, ne sont l»as trop singulières pour le temps et pour le lieu; il les traite avec un sens droit, naturellement, sans trop de subtilité, forçant presque toujours le Modérateur, qui ne manquait pas de logique, à conclure comme lui. Les idées sont à peu près ce qu'elles seront plus tard : bien choisies, nobles, délicates, mais peu abondantes ; l'érudition se montre nourrie et d'un classicisme quelque peu païen, selon l'esprit du temps ; dans ces compositions, le >tylp. malgré ses défauts, efface tous les autres mérites, et brille d'un éclat inattendu parmi les divers styles dont sont émaillées ces pages. Flechier a beau ne point signer ses discours, la lecture d'un seul paragraphe vous fait dire : c'est lui, c'est l'homme de 1 école nouvelle, au milieu des demeurants aveugles de l'école de Louis XIIL » [Histoire de Flechier, p. 08.)

prsi de boB aioL âe& nœ pîqHiiiis vne iroviîp aimable. gm DOtt?' nppfiUe cm pra <ieBe qii*i] a réipandoe avee laiji de ciisjme daof ^m amabk réKil âe^ Grœmis Jmtn tTAwr^T^rte. Sa prc^^. eo oenaîns eD4r^âis. abofodanie et faftcikr. !«iée d'ÎTTwtflte graÔBuses ei de eus ingézûeux. a uD siiiguDer cajudt-re de douoeiur. d'd^CTiioe ei de corrocôoii. Le beJ €^rit «\ moetre «icGr^ à dPcou%cft; <''esi enocire Tbafaixiiè de§^ nietie«^ maïs c^esi m bd ^-«fuit qui aah doq^ plaire, dont le sr«le m manque pas d'akaDoe. ei ou est a«)!iez diçpc*!^ à pardouMr k» dê&nlft, €« H\^uT des qualîiiês qui ^e foDt déjà reiBArquer.

rtorhier arah à résAudre le pr>Nèroe saîrasî : *- L^ que! €si le plu? propre pc»iir caeDer TestiiDe des» dames* du sa^aoï. du cavalier «im du salaiïi btioizDe 1 ? > Dans oç disiTours où il parie en bomme qui c^>Dnaîî fr^ yràtfs fi la çKtMnffrif rfr< bf^^iz sièf^ff^ - . l\«raieQr se proïKiiK*- na-iureUenieni p-imr le sa^^^i, cônire le yahmt /t'jtHir*^ et /e ?'jrr*7/fV. A r^'>gç quL- fai: du savoir, on f ".«nprcïid qu'il ne?; pa> îndiffèreDi a res'4Îu]fe de c^jttdirieu»^ H ôeUéf% penonaei. ^ètî ^e prtpurfni à ^mel^me *»f^u fh'jiz: au v:»n de !?on laTgxge, on seni que c'est sa jATvpne cao»: qu'il défend, en defeodani celle de& auues. Aprn» qudque> bi.4ioer ei malicieuses ÎDsîsuatîoQs sur le w.»îiipvr d*> y<:A//iZ*, dc-ni le n!»:e e;>: « d'^y^e de toutes k> coiuftt^iik>. ei de payer pan oui àe beaux mots

•c -1 *•?•-. f**ji*. f'Vi.r Yoyei «r* oiî-.v^ir?. ffûl«itrp ^ FitMer, : C-. :::-'=.' :i-*.v -f». \vl. IX. :•. *?*

et de cajoleries communes », il trace le portrait du 9ftTant d'une main bienveillante. En certains endroits, on croirait qu'il a voulu se peindre lui-même : « Mais le savant, dit-il, est à hmer en toute manière, il s'engage moins, il est plus sage, il est plus réglé; la science Féelaire, il est plus à lui, ses livres l'arrêtent, il est plus propre à acquérir, son esprit le conduit partout ; il est enfin plus utile, il peut exercer des charges publiques sans atMindonner les domestiques; il peut défendre par son esprit ce qu'il a gagné par son adresse. »

C'est avec un enjouement aPisez spirituel qu'il fait le procès & l'homme de guerre ; il montre que la conversatim (Tun guerrier farouche n'est guère faite pour attirer h complaisances (Ttm sexe foible et délicat. Le ton, souvent bien précieux, il faut en convenir, n'a rien, cependant, qui choque le bon goût. Tout le morceau est empreint de ce parfum galant que Fléchier recherchait alors pour sa prose. D'ailleurs, il est plaisant de vou* avec quelle adresse il réussit à rendre son homme ridicule; tous les détails sont agréables et finement tracés : c'est déjà le spirituel prosateur qui se révélera bientôt dans les Mémoires sur les Grands-Jours, « Un cavalier, dit-il, n'a que des qualités étonnantes; il parlera des sièges et des armées de Galas et de Jean de Vert, de bastions et de demi-lunes : source des entretiens propres aux cercles et aux ruelles? Les âmes douces et poétiques peuvent-elles goûter ces épouvantables discours? ne sontelles pas dans une rigoureuse contrainte? Le guerrier indiscret leur parle-t-il de corps morts, elles ont recours à l6ure guiB mi]»qués, et portent au nés leurs bottes

d'odeur. Parle- t-il du sang répandu? elles s'évanouissent insensiblement. Leur montre-t-il des cicatrices? elles perdent tout l'éclat et toutes les grâces de leurs visages. Le seul mot de guerre les épouvante, et je crois qu'elles sont toutes de l'humeur de cette déesse qui ne vouloit parler à Mars, qu'après qu'il étoit désarmé, s'il faut en croire nos poètes. Comment appelez-vous les beaux courtisans? Pour moi, quand je me divertis, et quand je veux parler Balzac, je les appelle les fléaux des oreilles, et les tempêtes des conversations honnêtes et douces. Mais il faut leur accorder quelque chose, et ne les décrier pas tout à fait ; ils sont quelquefois bien divertissants et bien agréables sans y penser, ils ont des traits guerriers qui sont de beaux sujets à rire. C'est pour les divertissements qu'on a fait paroître sur nos scènes les capitans et les matamores, et que Plante et Térence, qui sont les génies de la comédie romaine, ont introduit sur leurs théâtres les soldats glorieux et les fanfarons ridicides. »

Fléchier est moins dédaigneux pour le galant homme^ qu'il traite avec plus d'indulgence. Cela se conçoit à merveille : galant homme lui-même, dans le bon sens du mot, il a soin de ne pas en^ dire trop de mal ; il critique seulement certains travers, certaines maladresses, que ne savent pas toujours éviter ceux mêmes qui vivent le plus dans le monde. « Un galant homme est plus agréable ; il a des termes plus polis, des conversations plus douces ; il parle des yeux de Philis, des grâces d'Iris, de la voix d'Angélique, des douceurs d'un accent, des traits d'un visage, d'un bel air, d'une taille juste. C'est s'insinuer avec complaisance, et flatter le sexe de bonne grâce ; mais, outre qu'il

tombe souvent dans des bassesses ridicules, et qu'il n'a que des adresses communes que les dames savent par habitude, il n'a que des amusements, des flatteries que tout le monde galant leur dit; il n'a que des fleurettes, qui ne peuvent, après tout, que surprendre des innocentes ou des coquettes. » Malgré ces légères concessions, que viennent bientôt atténuer d'assez vives critiques, il est loin de donner l'avantage au galant homme ; c'est pour le savant qu'il réserve toutes ses complaisances, c'est-à-dire pour le bel esprit, pour celui qui, sans effort, sait tourner un compliment ingénieux, composer sur-le-champ, s il le faut, une ode ou une élégie, et qui connaît le mieux Cart de flatter et de divertir. On le remarquera, l'idée que Fléchier se forme en ce moment du savant^ n'a rien de commun avec celle que ce mot désigne généralement aujourd'hui. Il s'agit simplement ici d'un homme du monde, aimable, poli, bien élevé, et qui se sert de l'instruction qu'il possède pour l'agrément de la société qui l'entoure. « Mais un savant, dit-il d'un air triomphant, flatte avec plus d'esprit, trouve des routes plus ingénieuses pour s insinuer dans une àme. Il se soutient par le secours de ses connoissances, il a des inventions qui ne sont pas communes ; en un mot, c'est un docte et judicieux galant. Veut-il flatter une beauté? Il lui donne le front de Junon, les yeux de Minerve, la bouche de Inade, les joues des Grâces et tes mains de l'Aurore. Veut-il divertir un cercle de dames? il n'a qu'à recueillir son esprit, et composer une ode ou une élégie, qui les représente mieux que leurs miroirs les plus naturels. Voilà l'art de flatter et de divertir, voilà le bel air des entretiens avec les dames ; elles aiment ces grâces,

elles admirent cet esprit et cette énidîtioD, elles aiment ceux qui les loaeot, elles estimrat ceux qui les in»tn]isent(l). »

Ce quil dit de Torateur est aussi fort amusant: un tel passage fait regretter qu'il n*ait pas toujour» écrit ces discours académiques de ce stjie vif et naturel, €^ l'on est heureux de retrouver enfin cet air libre et dégagé qu'il sait si bien, quand il le veut, donner à sa prose (2). Le tableau est d'un comique achevé, et mérite (f être remarqué. On est tenté de se demander pourquoi il mé* nage si peu les orateurs: serait-ce que, dans un juste accès de mauvaise humeur contre tous ces beaux diseurs de l'école de Richesource, Flécliîer aurait décoché quelques traits malins, afin de se venger du dégoût que lui inspiraient leurs sottes déclamations? Quoi qu'il en soit, ceci prouve du moins que déjà, à cette époque, l'ingénieux orateur se formait une idée assez juste de la véritable éloquafice, et n'en confondait pas la noble image avec le pitoyable bavardage qu'il entendait si souvent au sein de X Académie, Il est difficile de faire un tableau plus s|>irituel et plus piquant des mille petits manèges de ce parieur, qui veut faire admirer à son auditoire l'éclat de sa voix et la beauté de ses périodes. « Quelle merveille art-il fait? il a parlé. Voulez-vous que je vous représente cette belle mort? Prenez garde, messieurs, il

(1) Conférences académiques, t. I. Discours cité par M. Delacroix^ tiistoire de Fléckier, p. 69.

(2) Sixième discours, vol. IX, p. 29. « II est plus glorieux de mourir sur la brèche en combattant pour la patrio. rjue d'expirer sur la tribune en parlant pour le public. »

déclame une harangue étudiée, et, je ne sais pai* quel accident, une petite défaillance surprend son cœiu* délicat, (car vous savez, messieurs, que ces beaux diseui*s ont le C€Bur tendre, et qu*un peu de lâcheté ne leur sied pas mal); il entrecoupe son discours, il fait un petit soupir, il expire qu faisant un geste, il meurt la bouche encore demi-ouverte. N'est-ce pas mourir bien glorieusement? Peut-ôti-e pousse-t-il encore un hélas ! pour faire en mourant une figure d'exclamation. Il tombe sur la tribune tout doucement, et sa pauvre rhétorique avec lui. » Ce dernier trait, qui est tout à fait comique, n*eùt pas déplu à Molière lui même ; il nous rappelle assez bien la scène dans laquelle Sganarelle, dissertant gravement * contre Don Juan, trébuche tout à coup, et laisse maladroitement tomber son discours avec sa personne (1). Ce que Flécbier dit en termhiant cette amusante tirade est écrit dans ce même ton de raillerie flne et enjouée : « Voilà, s*écrie-t-il plaisamment, ce qui s'appelle mourir en déclamateur ; c^ sont de ces belles morts rhétoriciennes et figurées. Je suis d*avis • qu'on lui dresse des statues parlantes d'après nature, qu'on écrive en dessous, en lettres d'or, son dernier hélas! et que tous les déclamateurs prennent le grand deuil (2). »

\\) f je Festin de Pierre, dvAc III, scôno i.

'f?) Voyoz: sixièmo discours, vol. JX, p. 29. Ailleurs, Fléchier SI' moque ciicorp de toute la peine qu'un pauvre orateur doit se 'Wner pour émouvoir son auditoire; il est facile de voir que le ^oûdu morceau est ironique du commencement à la fin : « Sus •^onc. orateur, prépare toutes tes grandes figures, mets en usage toutes les règles de ton art, déploie toutes tes forces, fais le pleuraux et les yeux mourants, donne un assaut général à mon •''f^'irisi tu veux me faire pleurer, rem\ie tout ce cœur à la fois :

Malgré ses propres défauts, Flécbîer a%ait donc une e^ime médicMrre pour ces orateurs qui. aân d'émouvcûr» faisaient It^ pleuraux, et étalaient toutes leurs gratuies fiyures. afm d'éblouir plus sûrement leurs auditeurs. Au <!€in d'une école ridicule, malgré les tristes exemples qu'il eut sous les yeux, son goût demeura assez pur; et ai. dans la pratique, sa manière d'écrire ne fut pas d'abord exempte de bien des travers, ses principes, du moins, furent presque toujours ceux d'un bomme sage et éclaire: dans la suite, il n'eut qu'à les appliquer fidèlement pour devenir un écrivain de mérite et un oratetu* distingué. A une époque, où. égaré parmi les élèves d'un obscur déclamateur. il n'était pas insensible au plaisir de « haranguer dan-s une belle assemblée ^1 >>, on est beureux de le voir, en dépit des conseils de Ricbesource, condamner cette éloquence •• fleiu'ie. fardée, et tout à fait de mauvais bruit parmi les gens de bien », que le maître enseignait à ses disciples. Il est vrai, ce n'est que d'une façon indirecte, et en quelque sorte à mots couverts, que

f ii*-moi aiiiiiT. fai$-mni haïr, fais-moi rniiiiiln*: jo u'ai rion de plu.- «rher qu«' iiifs larmes. ]•• ih» \rux les ri.»|»an«ln» qin» bien à prûfHj-, j»* Dt» v»'ux i»lfun*r qm' «lo oolèn*, quo «l'amitié, que de *!rairit»-. Jiiir»'Z, mi'ssifiirs. s'il faut ur.e èloiueuce vigoureuse |»*iur «'rnriuvoir taut «1»* seiitimt'Ots à la fois, ot s'il faut qu'un [wuvri- oraU'ur su»*, qui veut loucher un au*liloin*. » Voyez.«e discours jiuMié fu f uti^r par M. D»^lacroix. Histoire de Fléchier, I». l'h-iZ : Qu^ la pitié est celle de toute> lc<jHi<<tons que toniteur trouve le plm difficile à exciter. Ce discours acadtmique n'a pas été imprinir rlaus l»»s auvres de Fléchier; on le trouve dans l'excmplain* des Conférences académiques, tloni nous avons iléjà ou. l'occa*:oii de parler, t. L p. 151. Bibliothèque de la ville de Nîmes. • 1» Premier discours académique, vol. IX. p. 15.

Flécbier combat les préceptes détestables du Modéra^ teur; il n'a pas le courage d'attaquer franchement des défauts que Y Académie avait pris sous son patronage; mais il faut lui savoir gré de n'avoir pas toujours partagé l'opinion de son mattre ou celle de ses amis, et d'avoir eu quelquefois assez d'indépendance pour dire son sentiment. Dans Tun de ses Discours académiques^ il fait en bon style le procès à la fausse éloquence ; il montre qu'il faut se défier des beaux diseurs^ et qu'on ne saurait être assez prémuni contre leurs surprises, u II me semble, dit-il, que j'ai lu dans Platon qu'il y a deux sortes d'éloquence : une, flatteuse, fleurie, fardée et tout à fait de mauvais bruit parmi les gens de bien, qui ne sert qu'à débaucher les passions et tromper les peuples ; mais qu'il y en a une autre, sage et philosophique, une prudente et utile, qui ne s'amuse point à des bagatelles, qui ne prêche que les bonnes mœurs, et qui va droit aux plaisirs solides de l'esprit, ou à la réformation du cœur humain (1) ». Ailleurs, examinant les devoirs d'un orateur évangélique, il déclare qu'il est « surpris de la difficulté de son emploi » ; il avoue que, si pour toucher une multitude d'auditeurs, si pour ménager tant de cœursy l'orateur doit user de beaucoup d artifices^ il est obligé aussi « de parler avec beaucoup de solidité». Ce qu'il dit du discours chrétien est vrai, noble, élevé ; il n'y a rien à reprendre à tout ce qu'il expose sur ce sujet; son langage même a une certaine vivacité, et nous montre qu'il

11) Premier discours académique : La gloire d'un auteur célèbre est plus grande que celle d*uu parfait orateur, vol. IX, p. 13.

comprenait avec quelle gravité le prédicateur devait exercer son ministère. « Qu'importe qu'un beau diseur, dans une tribune aux harangues, emploie toutes les fleurs de l'éloquence, et fasse le déclamateur et le sophiste. On lui permet de se parer comme un homme de cour, et d'être somptueux en paroles. Mais la chaire ne souffre point ces ornements indécents et ce luxe profane. Elle demande pourtant des soins et des agréments solides, pom* gagner la créance des auditeurs, pour faire aimer la vertu de la croix, et pour recommander les vertus chrétiennes. Mais il faut trouver le sage tempérament de ne se servir que d'embellissements qui soient sans fai'd, et qui, ne faisant aucun tort à Tautorité de la parole, fassent connoitre qu il y a dans les discours, aussi bien que dans les mœui*s des chrétiens, une modestie qui leur est propre (1). »

Enfin, dans un discours où il parle de l'éloquence en général, il fait l'éloge de celle des premiei's temps, où « l'on étoit encore éloigné des siècles de la métaphore et de l'hyperbole ». Ce langage sévère des premiers temps paraît être assez de son goût. On aime à le voir, lui, l'oratem' qui sera un jour si habile dans son art, qui en con* naîtra toutes les finesses et tous les secrets, ne pas trop dédaigner cette éloquence naïve et simple ; préféi-er même cet air de simplicité qu elle avait autrefois, aux adresses et aux artifices qu'on a inventés depuis. « Mais, dit-il, il y avoit déjà une éloquence sincère qui parioit sans beaa-

(1) Second discours académique : L eloquoUco de la chaire est plus diflicile que celle du barreau, vol. IX, p. 19.

coup de soin, qui «4¥oit div& leg grandes choses om» déguisement, qui étoil pée avise Vesprit de Vhwm^f ^ qui poDVpit C0mim<w Mms se servir ^ noiB iuv^ntioos persuMves; ses oaiyetéSt ^ simplieîtéf Viiloieut mieui^ que toutes nos adresses et tous nos artifices. Parce qu» leurs passions o'étoieut pas si débauchées que les nôtres, Dî leur espn^ si raffi4é« ii éUnt facile de les réduire à la raison, et de leur pm»jader m que leur intérêt même et leur eonmodité Iwr avoieot déjà fait eonnoltre (1). »

Dans cm Diseours^ il y a aussi c^taios passages qui ue manquent ni d'élévation, ni de gravité. Séduit, en quelque fiorte, par i*aoeeût persuasif et pénétrant de Taimteor, on qxMït alors la frivolité du fonds* et Ton est près d*ad0iirer o^te hdle langue que Fléchier manie déji avec une renarquable supériorité. On rencontre quelques* unes de ces qualités dans un problème qu*ii fallait ré^ ioodfe« et dans lequel il s'agissait de savoir, « s*il vaut nieux par eharii6 inhumer le cadavre d'un criminel, que de Texposer eur les grands cliemins pour l'exemple (2) » . T^pQfl^i à la justice humaine le$ verges et Les faisceaux pour chftder le crime, Fléchier déclare que les juges 71 ont plus de drmU après la mort du criminel; et, à Texempie de rÉgUaei^ qui n impire à ses enfants que des inclinatms douces et bienfaisantes, il ne veut pas que, par une Impitoyable cruauté, on s'acharne à ttoubler jusqu'au

it) Cinquième disooars : L'éloquenee a jeté le« premiers foa^ déments de la société 4;ivile, \oL IK, p. 27..

1^1 Publié par M, Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 633. Ce 4i8courg se trouve dans les Conférences académiques et oratoires, t- 1, p. i^; ii^efit signé : Fléchier, ecclésiast.

> w.i'>. Elle ouvre ses tombeaux, coDÛDue-t41.

..»,.i. e jorps d'un de ses fidèles : est-ôl jusie que

^ ..uv.' Depuis que son époux s est revêtu de notre

... .e .1 àes lendresses et des alliances Dom'dies arec

.i*a.. :i ^iepuis quelle a vu ce même époux sur la

. . w .d»i> les supplices, elle a pitié de tous les pin\TCS

..t..:v », Il montre ensuite le culte que tous les peiçlcs

... Cl t^^i U^ tombeaux ; et les souveoirs qu'D empniDte

. . .^lic ^'i .1 Lucain, ajoutent encore à la grave dignité du

.^...vu^ Ce {Vissage, écrit avec une élégante correctk»,

X* cauw\iuAblo aussi par le doux sentiment qui ranime,

^.. vvU' huunonie de style qui distinguera plus tirf

.% '.*.\w vIo notre orateur. « Vous le savez, messieurs,

„v\'*K uuc lois, il n'est rien de plus saint, de plus naturel

,^ .A' i^u."* îiiicré (|ue le droit de la sépulture; tous les

•xv.jM^^ v^»i t^u du respect pour les tombeaux, toutes les

C|.v'**uiuvvx ont fait des lois pour maintenir la religion des

*xi';*At\^'« les anciens en étoient plus jaloux que de leur

\.x» vi. |o no NOUS cèlerai pas, que je n*ai jamais lu sans

^..vAulit^^vuiont It's plaintes d'un Palinure, qui demande

;,^ .Oi^uUuu^ piKU* son corps, dans Y Enéide- de Virgile, et

xiuo I '^i uuMno donné des larmes aux tristes aventures de

)\viup0Oi quand je l'ai vu mort, dans la Pharsalc de

I iixu^o» *ur los rivages de l'Egypte. » Avec un accent

uv^Mioo |^illu*ù<|ue» inspiré par quelques-uns des vers tou-

li.^Mt * du porU< lalin, Fléchier demande quo7i jette un

^u i/<' /M«M>v<V/r sur ce pauvre corps. Les idées sont

,.io» ol l'ion rendues, la période est harmonieuse et

uulHiivuiienl touduile; le langage, naturel, abondant,

A\\m\\ m'a lion de cette affectation que nous avons déjà

signalée : en un mot, c'est du Fléchier de la meil* leure époque. On ne peut exprimer d'une manière plus touchante la tendresse de TÉglise pour tous ses enfants, quels qu'ils soient : (( Elle qui fait les funérailles de tous ses enfants, s'écrie l'orateur, elle qui se pare de deuil à leur mort, elle qui assemble ses prêti'es, elle qui consacre ses tombeaux, et qui n'a rien de plus cher et de plus précieux, après ses autels, que ses sépulcres ; elle qui recueille toutes les cendres de ses enfants, et qui a vu son chef, mourant dans le tombeau, peut-elle souffrir qu'on lui dérobe un dépôt qu'elle doit conserver pour le jour de la résurrection, et pour la gloire d'une immortalité bienheureuse? »

Nous aurions à noter dans ces discours d'autres passages, qui ne sont pas indignes de notre attention ; ce que nous avons dit, suffit pour que l'on puisse se former une opinion sur les qualités et les défauts de ces compositions. Qu'il nous soit permis, cependant, de relever encore quelques expressions singulièrement heureuses, certains traits pleins de vigueur, quelques comparaisons agréables, qui donnent à son style un charme particulier. Ainsi, il nous représente bien nos passions ^ naturel^ quand il les appelle « des puissances forouches et un petit peuple sauvage^ qui combattent notre raison, et qui font une guerre 'continuelle à notre 4me (1) ». Pour prouver qu'un plaisir continuel n'est phis considérable, il dit avec assez de grâce : « Si le ciel *toit toujours serein, nous ne compterions pas nos beaux

li) Cité par M. Delacroix, Histoire de Fléchier, p. 638.

joufs ; â la terre n'aroit que des fleurs en toute srison, nous nous jouerions des roses et des tulipes (i). » TantM, d'une main délicate, il trace une poétique peinture à \ê^ quelle il sait donner quelque fraîcheur (2) ; tantôt, il met dans son style je ne sais quelle énergie qui étonne dans un Semblable écrivsdn. Voici, par exemple, le tableau dans lequel il nous représente la réâstance désespérée d'un général, qui veut sauver sa patrie, ou s'ensevelir sous ses

(i) Œuvres complètes de Fléchier, vol. IX, p. 36. Huitième dis* cours académique : La grâce de souCrir constamment les maux qui nous ariivetiti est préférable à la faTeur d'être toujoun heureux.

(2) Voici un passage qui nous semble offrir ce caractère d'élégance et de gr&ce dont nous parlons : la pensée n'a rieft de bien original, mais elle est singulièrement relevée par Tagré* ment du style. Ce morceau est Tun des modèles du style fleuri, qu'il ne faut pas condamner absolument, pourvu que le bon goût préside au choix et à la disposition des ornements. Fiécbief veut montrer que la véritable vertu brille surtout dans les épreuves, et remarque que tous les philosophes n*ont pas connu cette vérité, t Les uns, continue- t-il, nous ont représenté la vertu comme une beauté délicate, qui ne se nourrit que de louanges et qui ne se couronne que de roses; ils lui ont donné des grâces et des attraits, comme aux plus lâches de leurs déesses; ils en ont fait une Nymphe sensible qui ne sauroit souffrir la moindre douleur; et, croyant nous faire le tableau do la vertu, ils ont fait, sans y penser, le portrait de leur Vénus ou de leur Hélène. Les autres, en ont fait une autre idée, et, comme ils fkitoient profession d'une austérité insensible, ils nous ont habillé la vertu à leur mode; ils l'ont peinte comme une reine pacifique, qui ne veut point d'ennemis, qui veut régner sans peine, et vivre oiseuse; et qni, n'ayant plus de passions à combattre, n'A qu'à se reposer et à dormir en sûreté sur son trùue, à peu prôs semblable à ces nymphes endormies qu'on nous décrit chez nos poètes. » Œuvres complètes, t. IX, p. 25. Quatrième discours : Il est expédient d'avoir des ennemis, et la vertu tire plus d'éclat de la calomnie que de la louange.

raines. Debout sur la brèche, « couvert dhine honorable poussière et teint de son propre sang », il se défend avec un courage héroïque; mais enfin, affoibK par cent glorieuses blessures^ il cède au nombre, « il ferme la brèche avec son corps mourant, et, après mille beaux exploits, lassé qu'il est de tant de victoires, il tombe encore fièrement sur les débris de sa patrie, dont il semble, tout mort qu'il est, menacer les ennemis (1) » .

Tels sont, en général, les défauts et les qualités qui distinguent les premiers essais de la jeunesse de Fléchier. En plusieurs endroits, on a pu le remarquer, la langue qu'il parle ne manque pas de charme : elle a de la grâce, de la délicatesse, une aimable coquetterie, cette allure libre et aisée, qui caractérise le style des écrivains de l'époque de Louis XIII. A la tournure élégante de plusieurs passages, au ton finement enjoué de quelques morceaux, à cet air de bel esprit parfaitement au courant des causeries subtiles et galantes, qui se tenaient dans les salons et les petits cercles de Paris, il est facile de voir que l'habitué de l'école de Richesource n'aura pas beaucoup àfaire, pour devenir le spirituel écrivain des Mémoires des Grands^ours dAuverg?ie^ ce livre, qui marque à merveille « le court intervalle où la prose française, déjà perfectionnée et éclaircie, retenait encore quelque chose, et comme le parfum le plus exquis, des (leurs bigarrées de François de Sales, et des grâces mignardes de Voiture (2) ». Le Fléchier des Discours académiques annonce bien

{\) Œuvres complètes, vol. TX, p. 30.

P) Gh. Labitte, Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1845.

celui des Grands -Jours d'Auvergne; et, c'est pour cela que nous avons examiné avec quelque soin des hai*angues, en général, très peu connues (1). Ces humbles et obscurs essais méritent Toubli oîi ils sont tombés; toutefois, ils ne sont pas sans intérêt pour celui qui veut savoir quelles furent les premières habitudes littéraires du futur prélat, l'école qu'il suivit de préférence, et le genre qu'il imita d'abord. Là, en effet, se trouve l'explication de quelques défauts, et de certaines qualités, que l'on remarquera plus tard dans ses œuvres oratoires. Nous avons tâché de déterminer avec précision l'influence de Richesource sur son brillant élève, influence dont M. Delacroix paraît douter et qui, à notre avis, est manifeste. Ce qui est vrai, c'est que si Fléchier assista aux leçons d'un misérable déclamateur, il eut assez de goût pour ne pas suivre entièrement ses ridicules conseils: que s'il fut assez reconnaissant pour adresser un mauvais madrigal à son maître, d'Alembert l'a spirituellement remarqué, il ne poussa pas la reconnaissance jusqu'à l'imiter. Et certes, il doit s'estimer heureux d'avoir échappé en partie à une telle influence : combien d'autres, gâtés par les préceptes d'un pareil charlatan, durent laisser à f Académie des orateurs le peu de talent qu'ils y avaient apporté! Richesource avait tout ce qu'il faut pour ruiner les plus belles facultés de

(!) D^ns son excellent éloge de Fléchier, d'Alembert a bien parlé (le Richesource, mais il n'a rien dit des Discours académiques do l'élève; Diicreux leur a assigné une fausse origine; et, dans le spirituel article qu'il a consacré à Fléchier, Charles Labitte n'en dit pas un mot. (Revue (les Deux-Mondes, mars, 1845.)

ceux qui avaient l'imprudeuce de se confier à lui. C'est merveille que Fléchier, après plus de deux ans d'un commerce familier et suivi avec ce personnage, soit devenu un orateur célèbre, un écrivain dont les ouvrages méritent d'être lus encore aujourd'hui pour l'élégante correction du langage, et on doit être surpris « qu'il n'ait pas été perdu sans ressource par les détestables leçons cp'il avoit reçues dans sa jeunesse (1) » . Bien peu résisteraient à une épreuve aussi périlleuse.

({) D'Alembert, Elog: de Fléehier, vol. I, p. 404.

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