CHAPITRE VI (Septembre 1807 à janvier
Un hiver à Màcon. — Les premiers livres. — Retour à Milly. — Une visite à Saint-Point. — Ossian. — Le château de Byone. — Lucy L***. — L'amour ingénu. — Séraphine de Nodier. — Mary Chaworth de Byron.
Lamartine, sorti de Belley en septembre, doit y rentrer après les vacances pour y faire, selon l'usage en ce collège, une seconde année de philosophie. Mais sa santé est chancelante. Des médecins consultés à Lyon prescrivent un repos d'esprit de cinq à six mois.
Le jeune homme, après l'automne, vient s'enfermer à Màcon dans sa chambre donnant sur un petit jardin de l'hôtel que son père vient d'acheter de M. Barthelot d'Ozenay1.
1. L'acquisition est de 1805. Cet hôtel est situé dans la rue
Dans cette retraite, notre futur poète, tout de suite installe une bibliothèque; il ne peut s'astreindre à l'inaction. Il veut travailler, lire beaucoup, mais lire avec discernement : « Mes livres sont comme mes amis, dit-il, peu nombreux, mais bien choisis )> : c'est Virgile, Horace, parmi les latins. Chez nous, c'est Molière, c'est La Fontaine, un poète du crû, lui aussi, du crû champenois qui, jusqu'à quarante ans, s'est promené et a rêvé dans les guérets du pays natal, « parmi le thym et la rosée, » comme notre Maçonnais dans les vallons de Milly, et qui comme lui y a goûté
Jusqu'aux sombres plaisirs d'un cœur mélancolique,
La Fontaine, il le comprend alors, il sent sa poésie si fraîche, si franche! L'antipathie est d'une date postérieure.
Puis (il faut bien être de son âge!) c'est Gresset, c'est Parny, qui déjà lui inspirent de petits vers erotiques qu'il envoie à son ami Guichard, très friand de choses croustillantes.
qui porte actuellement le nom du poète, au n° 15. Une main pieuse y conserve et entretient religieusement le cabinet des Muses décrit dans les Nouvelle* Confidence*.
LE PRBMIBB AMOUR 89
Chez les Anglais, c'est Richarclson, Fieldiug, Sterne, Pope.
L'hiver est passé. La santé n'est pas bonne encore. On ordonne les bains, la chasse, le séjour à la campagne.
L'été arrive. Il vole à Milly, son cher Milly. Sa mère, ses sœurs l'y suivent, le câlinent, lui font mille gâteries, lui installent une chambre « pour lui tout seul ». Son père lui achète un cheval.
« Je crus, dit-il plus tard, ne pouvoir épuiser « jamais les torrents de félicité intérieure que « répandait en moi le sentiment de ma liberté « dans le site de mon enfance, au sein de ma « famille1. »
C'est là, dans ces lieux connus, parcourus si souvent que, de nouveau et avec délices, il va se fondre avec la nature, là qu'il va revivre ses sensations d'enfance, plus ouvert encore, maintenant qu'il est adolescent, aux tièdes influences du sol et du foyer, et ces sensations se fixant, se cristallisant pour ainsi dire vont, par longue accoutumance, constituer l'homme même.
Il ne quitta, cet été-là, ce doux nid que pour