Les Confidences
ours de littérature dramatique, tome IV, p. 103.
Tout est vrai clans cette idylle : l'aventure elle-même, le sentiment qui l'inspire et aussi les lieux où elle se déroule ; le chemin pierreux de Milly à Sologny avec son petit bois au bout, dévalant dans les prés, le ruisseau qui devient torrent pendant l'hiver, les murs du jardin, l'étang au bas, la terrasse, la tour aux pieds de laquelle les amants communiaient en Ossian, la porte basse qui conduisait à la chambre de Lucy par un escalier tournant donnant dans la cuisine. Un écriteau plaqué sur cette porte contient l'inscription suivante, mise par M. G..., propriétaire du château après M. L*** :
« Porte basse exhaussée en 1879, par laquelle « sortait Lucy L***, en se rendant sur la terrasse « au rendez-vous où l'attendait Lamartine. « Novembre 1808. »
M. G... avait beaucoup connu Lamartine; ils étaient voisins de campagne. Le poète lui avait conté la naïve histoire dont son château avait été le théâtre, et M. G. avait annoté un exemplaire des Confidences, à l'épisode de Lucy L***, exemplaire mis sous nos yeux.
La date de novembre 1808 est bien la date vraie. Quoique la Correspondance n'en fasse pas
une mention expresse, on y voit que le jeune homme, qui est à Milly en ce moment, se trouve dans un état d'âme tout à fait congruant à cette équipée1.
Deux ans auparavant, un frère de notre poète, frère d'au delà des mers, lord Byron, âgé de 16 ans, avait eu sa petite amie, une voisine aussi, Mary Chaworth. Elle avait deux ans de plus que lui; elle crut que le sentiment tendre qu'elle avait inspiré à cet adolescent n'était qu'un enfantillage et elle se maria. Mais ce sentiment était si profond que bien longtemps le poète en ressentit une blessure au cœur ; bien longtemps il pensa à sa chère Mary, qui était tout pour lui-,
1. M. Charles Alexandre s'est mépris sur Lucy L***. Il a cru, comme beaucoup de personnes du pays, qu'elle était la fille du docteur P... et qu'elle habitait Saint-Sorlin. « On me « montra la terrasse, dit-il le 1er novembre 18'i9, mais pas la « tourelle haute et le torrent des Confidences. Le torrent n'est « qu'un ruisseau, et la tour, elle est absente. Le poète les a « pris dans son imagination pour romancer la scène et lui « donner une poésie ossianesque. Il a idéalisé la maison « banale de Lucy. » {Souvenirs de Lamartine, p. 187.)