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teur . . . Vous n'êtes pas simplement l'homme d'une nation ; vous êtes l'homme de la chrétienté tout entière. Votre gloire n'est pas seulement irlandaise, elle est catholique ! Partout où les catholiques renaissent à la pratique des vertus civiles et se dévouent à la conquête de leurs droits légitimes, après Dieu, c'est votre ouvrage."
Louis Veuillot était là. Il a raconté cette entrevue dans une page d'une émotion pénétrante. J'en détache ces lignes : " O'Connell répondit par quelques mots que nous pûmes à peine entendre . . . Nous nous retirâmes l'âme brisée. Il nous semblait que tout était fini et qu'O'Connell de moins, la longue nuit reprenait son empire. " Mais non, me dit Tessier, non. Il faut que le grain meure, ce n'est que le semeur qui tombe. Attendons les trois jours."
" Attendons les trois jours !" Messieurs, je les attends moi-même, après cette heure d'entretien, je les attends de
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vous. Toute parole est une semence. Toute âme qui la reçoit, une terre en laquelle elle doit germer et fructifier. Je viens de jeter quelques paroles dans la terre de vos âmes. La plupart d'entre elles, je vous l'avais annoncé, ne venaient pas de mon esprit. Mais elles ont passé par mon cœur et par mes lèvres, et mon cœur ne les a confiées à mes lèvres que dans l'espoir d'atteindre la profondeur de vos âmes et d'y rencontrer le généreux désir qui seul peut les faire fructifier.
En quittant l'Irlande, le noble jeune homme que je viens d'évoquer devant vous, s'écriait : " Longtemps, mon cœur sera rempli de ces doux souvenirs, comme le vase dans lequel on a distillé des roses ; on peut détruire la coupe, mais le parfum des roses s'attache encore à ses débris."
Un discours, qu'il soit d'or ou d'argile, est un vase brisé dont la mémoire n'emporte que des fragments. Mais, s'il est vrai que le parfum des roses s'attache à l'argile des débris, en prenant congé de moi, j'ose
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espérer que vous emporterez, dans vos cœurs, le parfum d'une noble et grande âme qui a vibré quelques instants pour vous à travers mes paroles.
Puisse-t-elle, après avoir captivé votre amour et votre admiration, imprimer sa ressemblance à votre vie, fortifier, élever, sanctifier votre jeunesse, pour féconder et illustrer votre âo-e mûr !
Gustave Bourassa, Ptre.
Montréal, Cercle Ville-Marie, 5 avril 1895.