‹ La jeunesse de Napoléon (volume 2)Chapitre 11 sur 188 · CARICATURE DU CADET-GENTILHOMME BONAPARTE · texte numérisé non relu

CARICATURE DU CADET-GENTILHOMME BONAPARTE

yiar un de ses camarades de l'Ecole Militaire de Paris (1785)

l’école militaire

rades le taquinaient et l’appelaient le Corse : aussitôt il saisissait son fleuret et, au milieu des éclats de rire, ferraillait seul contre tous. Comme à Brienne, il glorifiait ces Corses que l’Europe avait admirés dans la résistance qu’ils opposaient au roi de France. Comme à Brienne, il réprouvait l’injustice, 1’ « ingénérosité » d’une guerre faite par un grand peuple aune petite nation, et lorsque ses condisciples assuraient que les Français étaient peu nombreux, qu’on n’avait qu’à lire les relations de la campagne : « Où vous n’étiez que 600, disait Napoléon, vous étiez 6 000, et contre de malheureux paysans! » et, outré de colère, il appelait Desmazis ou Laugier : « Viens, laissons ces lâches », et Desmazis ou Laugier le suivait en s’efforçant de l’apaiser.

Mais les propos de Bonaparte revinrent aux oreilles de Valfort et des administrateurs de l’Ecole. On jugea que l’amour de la Corse ne devait pas l’emporter sur la reconnaissance due aux bontés du monarque. On manda Napoléon. « Monsieur, lui dit-on, vous êtes élève du roi; il faut vous en souvenir et modérer votre amour pour la Corse, qui, après tout, fait partie de la France. » Cette semonce ne calma pas la fièvre patriotique de Bonaparte. Un jour, au confessionnal, où les cadets-gentilhommes étaient tenus de se rendre une fois par mois, un des directeurs spirituels de l’École lui fit très imprudemment une remontrance sur ses sentiments corses. Comme sa mère Letizia s’indignant au tribunal de la pénitence contre des questions inconvenantes, Napoléon s’irrita ; il s’échappa, cria tout haut, si haut que ses camarades purent l’entendre : « Je ne viens pas ici pour parler de la Corse, et un prêtre n’a pas mission de me chapitrer sur cet article ! »

Quelle hardiesse de langage dans la maison de Louis NV, dans cet établissement où l’ambition de servir le roi faisait, comme dit un cadet-gentilhomme, la base de l’éducation ! Bonaparte rompait en visière aux idées du monde qui l’entourait. Il s’insurgeait ou, pour employer un de ses italianismes, il s ’ insorgeait contre la France. Etait-ce bravade ou désir de

se distinguer? Non. L’âme du jeune Corse était pleine d’un sentiment qui devait se répandre et déborder. Mais il y a dans ces assertions si audacieuses et si franches autre chose encore qu’un fervent patriotisme; il y a déjà cette décision, cette volonté ferme, ce caractère énergique que Napoléon déploiera bientôt dans les troubles de son île et au siège de Toulon.

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