X. Giubega
Lorenzo Giubega descendait d’une ancienne famille génoise. En 1015 un Agnolo Giubega aurait, à la tête de Génois et de Pisans, chassé les Sarrasins de la Sardaigne. Au xvi0 siècle, Dom Pierre-François Giubega, qui s'établit à Madrid, est qualifié dans son testament (24 juillet 1516) « magno avocato fiscale regio e generale intendente délia caméra del Rè », et ses deux frères, Dom Claude et Jean-Antoine, sont, l’un, abbé de l’abbaye de Mont-Cassin, l’autre, secrétaire du duc de Milan, François Sforza. Ce Jean-Antoine eut un fils, Jean-César, dont le fils, Pasqualino, capitaine au service de Gênes, vint se fixer à Calvi en 1572. L’arrière-petit-fils de Pasqualino, François-Xavier Giubega, fut à deux reprises syndic de la ville de Calvi et eut d’Anne Panatlieri huit enfants dont Laurent était l’avant-dernier. Laurent, né à Calvi le 28 octobre 1733, fit ses études à Gènes sous la direction de son frère aîné, l’archidiacre Pascal, et y exerça quelques années la profession d’avocat. Il regagna la Corse pour prendre part avec son frère Damien à la guerre contre les Français. Procureur du roi, d’abord à La Porta d’Ampugnani, puis à Ajaccio, greffier en chef des États de Corse (6 février 1771) pendant vingt ans, il s’était marié à une noble Génoise, Maria Rogliano, dont il eut plusieurs
enfants morts en bas âge. Une fille lui restait, Annette, qui fut demandée en mariage par Joseph Bonaparte; mais Joseph semblait trop pauvre pour celle héritière qui d’ailleurs, contre le gré de son père, épousa le médecin Massoni. Durant le siège de Galvi, Annette, atteinte par un éclat de bombe, reçut à la cuisse une blessure dont elle demeura boiteuse toute sa vie. Elle mourut à Galvi, veuve et sans enfants, en 1851, à l’âge de soixante-douze ans. Cette reine manquée aurait dans ses derniers jours connu la misère, sans les secours de ses cousins.
Le frère de Laurent, Damien Giubega, eut deux fils : Vincent et Xavier.
Vincent, né à Calvi le 9 août 1761, docteur en droit civil et canonique, attaché en 1784 à l’ambassade de France près la république de Gênes, devenu prêtre et vicaire général de l’évêché de Sagone, quitta l’île pendant l’occupation anglaise et, à son retour, fut nommé juge au tribunal de cassation par les électeurs du département. Napoléon le fit en 1800 juge au tribunal d’appel d’Ajaccio; trois mois plus tard Vincent Giubega mourait à l’âge de trenteneuf ans. Ses gracieuses poésies, pleines de goût et de naturel, lui ont valu le surnom d’Anacréon ou de Parny de la Corse; il en détruisit un grand nombre pnrserupule religieux; ses sonnets, et notamment le poème composé en l’honneur du retour de Paoli, méritent d’être lus.
Xavier, né à Calvi le 8 juin 1766, capitaine d’une compagnie de garde nationale soldée à Calvi (9 novembre 1789-26 mai 1793), capitaine de la compagnie franche des volontaires de la Corse (21 mai 1793), passe après la capitulation de Calvi avec cette compagnie (qui se nomma la compagnie franche de Giubega) à l’armée d’Italie dans un bataillon sans numéro qui fut amalgamé à la lre demi-brigade d'infanterie légère devenue la 17e, puis est nommé adjoint à l’adjudant général Arena (20 janvier 1795), et à l’adjudant général Du Prat (3 juillet 1795) et chargé par le représentant Peyre d’aller à La Valette et autres lieux circonvoisins (6 décembre 1795) ramasser les déserteurs. Il entre dans l’administration, et on le trouve inspecteur de 2e classe des vivres (30 avril 1796), agent en chef des vivres (22 septembre 1796), agent spécial des contributions et finances à la suite de l’armée française à Rome (28 septembre 1798-5 mars 1799). Sous-préfet de Calvi et (dit en 1810 le sénateur Casablanca), administrateur probe et intelligent, il reçoit le 6 avril 1815 la préfecture de la Corse.
Le fils de Xavier, Pascal-Hyacinthe, né le 21 septembre 1789 à Calvi, secrétaire général de la préfecture de Corse (11 septembre 1830). sous-préfet de Sartène (31 décembre 1830), de Corte (26 avril 1833), de Sisteron (24 juillet 1837), révoqué en février 1848 par le commissaire du gouvernement, réintégré sur la recommandation de Guinard et de son propre fils, Laurent, étudiant en droit, qui combattit aux journées de février et « sortit de la lutte avec une main blessée et les vêlements en lambeaux », nommé sous-préfet de Bastia (Il août 1848), fut mis à la retraite le 3 mai 1858.