‹ La jeunesse de Napoléon (volume 3)Chapitre 28 sur 86 · VIII. Lettres de et à Marius Peraldi · texte numérisé non relu

VIII. Lettres de et à Marius Peraldi

Corte, 17 octobre l’an 1er de la République française.

Citoyen ministre,

Le vent contraire, après votre départ, ne ma pas permis de partir de Toulon que le dix du présent mois et de débarquer en Corse le quinze. Mes

premiers soins ont été de me rendre auprès du général Paoli et de l’administration supérieure pour concerter avec eux l’exécution de vos instructions.

J’ai trouvé le premier dans une santé bien délabrée par la dangereuse maladie qui a souffert (sic) et laquelle a fait craindre de ses jours. Je lui ai fait connaître l’objet de ma mission, et il a montré le plus vif regret de se trouver dans un état à ne pouvoir personnellement concourir à faciliter mes opérations. Il a témoigné en outre le plus vif désir de consacrer, après le rétablissement de sa santé, tout son zèle et toutes ses forces pour les intérêts et pour la gloire de notre République.

Il m’a fait observer que l’air en Sardaigne pendant tout le mois de novembre est encore insalubre et que ce serait exposer notre armée de commencer la campagne avant le mois de décembre. En attendant, nous nous proposons d’ouvrir avec la plus grande célérité quelque intelligence avec les naturels du pays, de sonder leurs esprits, et de faire agir là-bas nos connaissances ; et aussitôt, nous vous en instruirons.

J’ai trouvé auprès du général Paoli le citoyen Colonna, respectable déjà par son civisme, par ses lumières et par ses talents militaires. Ce citoyen, par ses vertus et par le courage qu’il a toujours montré pour la défense de la liberté et de l’égalité dans sa qualité de colonel de la gendarmerie nationale, s’est mérité l’attachement de tous ses concitoyens. Le général Paoli, rendant justice à son méi’it.e, s’est intéressé auprès de votre prédécesseur afin de l’employer dans la division de Corse en qualité de maréchal des camps. Ce digne citoyen a parcouru plusieurs fois l’intérieur de la Sardaigne, et outre les connaissances locales de ce pays, il unit les personnelles avec les chefs habitants.

Votre sagesse doit sentir de quelle utilité ce citoyen pourrait être au succès de notre descente en Sardaigne. C’est ce motif qui engage mon zèle à vous prier de prendre en considération la demande que vous renouvelle le général Paoli, de l’employer avec le grade de maréchal des camps dans cette division, et dans l’armée que vous vous proposez de faire descendre en Sardaigne. Il justifiera dans toute circonstance votre choix et la patrie aura dans cette armée un brave et incorruptible défenseur de sa gloire.

Je me mettrai en voyage avec lui pour ouvrir les intelligences et je parcourrai avec célérité ce département pour m’occuper des détails dont vous m’avez chargé dans vos instructions. Par le courier prochain je serai en état de vous faire parvenir ces mémoires. Le général Paoli a déjà donné les ordres aux commandants des places de me fournir tous les renseignements et de concourir à faciliter mes opérations.

Je ne vous laisserai pas ignorer que les Corses pétillent de joie lorsqu’ils ont appris que l’armement était dirigé contre la Sardaigne et qu’ils doivent faire part de celte armée. Ce département se dépeuplera, s'il le faut, pour assurer le succès de l’entreprise. Il s’agit de rendre libres ses voisins et de combattre contre les rois et les tyrans : ce seul motif réveille le noble enthousiasme d’un peuple qui est accoutumé à combattre depuis des siècles pour la liberté et pour l’égalité.

Ces dispositions doivent vous assurer que vous pourrez tirer de la Corse la quantité de compagnies franches que vous jugerez à propos de fixer.

A mon arrivée dans la ville d’Ajaccio, je m’occuperai d’engager les matelots de cette ville à partir pour Toulon, à équiper les chaloupes canonnières. J’emploierai tout mon zèle à les décider, comme aussi pour remplir avec exactitude et avec célérité tous les articles de votre instruction.

Le général Paoli m’a désigné pour son adjudant général. J’eus l’honneur de vous en parler à Toulon, et vous eûtes la bonté d’accueillir ma demande et de prendre mon nom. Permctlez-moi de la rappeler à votre souvenir, si vous me jugez capable de remplir les devoirs de cette place.

Le département de Corse est dans la plus parfaite tranquillité. Dans peu de

NOTES ET NOTICES

jours partiront 400 volontaires pour les frontières. Ils débarqueront à Toulon et vous pourrez les destiner en qualité de troupes légères contre les hulans. Ils sont propres à ce service.

Marius-Josepii Peraldi.

Marseille le 7 e novembre 1792 L an premier de la République Française.

Nous avons vu avec le plus vif intérêt, citoyen, les présages heureux que vous nous présentez du succès dans l’expédition à laquelle nous travaillons sans relâche. Nous espérons tout de la valeur de nos troupes, de l’intelligence de nos chefs et des opérations préliminaires auxquelles vous êtes si heureusement employé.

Les administrateurs du département des Bouches-du-Rhône,

J.-L. Millot, etc.

Au citoyen Peraldi à Ajaccio en Corse, ConT" du pouvoir exécutif.

Nice le 3 janvier. L’an II de la République.

Le Maréchal de camp Brunet commandant par intérim l'armée d’Italie

au citoyen Peraldi.

Je fais partir les troupes destinées pour l'expédition de la Sardaigne.

J’espère que d’après la commission dont vous étiez chargé, et d’après les demandes du citoyen contre-amiral Truguet, vous aurez fait à Ajaccio le rassemblement des troupes de ligne et des volontaires nationaux Corses, et que rien n’arrêtera l’exécution du projet pour la délivrance des Sardes.

J’ai écrit au commandant de la 23e division de fournir les trois bataillons de campagne et quinze cents volontaires. Ces troupes, avec celles qui partent de Villefranche, soutenues par l’escadre, ne doivent pas rencontrer de grands obstacles, si elles se conduisent avec la valeur, la sagesse et la modération que la République exige des soldats français.

Brunet.

Citoyen,

A L’Especi (La Spezzîa), à bord du Tonnant , le 5 décembre 1792, l’an Ier de la République Française.

J’ai reçu la lettre que vous avez eu la bonté de m’écrire le 21 novembre dernier, et c’est avec un bien vif intérêt que j’ai vu en vous un coopérateur zélé de l’expédition que nous allons entreprendre.

J’approuve parfaitement l’idée que vous me suggérez de passer à Ajaccio pour me concerter avec le général Paoli et vous sur les moyens de réussir. Je vais donc faire mes dispositions pour rendre cette réunion la plus prompte qu’il me sera possible. Je me suis déjà occupé des moyens de lever les obs tacles que peut nous présenter le défaut de fonds dans les caisses militaires. J’envoie donc à Gênes pour y emprunter une somme qui puisse détruire les seules entraves que notre zèle commun peut rencontrer. J’espère pouvoir apporter avec moi cette somme, et je me hâterai de me rendre à Ajaccio, où

bien sûrement je trouverai réunis nos braves compagnons d’armes. Je n’y arriverai qu’avec une division de vaisseaux; et là nous concerterons ce qu’il y a de mieux à faire pour faire triompher la liberté chez ce bon peuple Sarde, que tout homme libre doit voir avec attendrissement accablé des chaînes du despotisme le plus arbitraire.

C’est donc à Ajaccio, où je vous donne rendez-vous, ainsi qu’à nos braves Corses, et je vais écrire à Yillefranche pour que le général commandant à Nice nous y envoie le convoi de troupes qui doit s’unir à l’escadre et aux Corses pour cette expédition.

Le contre-amiral commandant l’armée navale de la République Française dans la Méditerranée,

Truguet.

Au citoyen Pcraldi, commissaire du pouvoir exécutif en Corse.

Citoyen,

A bord du Tonnant, le 4 février 1T93, l’an 2e de la République française.

Les entraves que notre expédition éprouve et les retards que j’apprends qui ont été mis à la contre-attaque de la part des Corses sur le nord de la Sardaigne et dont j’attendais un grand avantage, me déterminent à solliciter encore une preuve de votre zèle infatigable pour le triomphe de la liberté.

Il me parait si indispensable que vous vous rendiez en Corse pour anéantir les intrigues qui paraissent s’opposer à nos succès, que je vous requiers de vouloir bien partir à l’instant sur une corvette que j’expédie pour Ajaccio.

Déployant à votre arrivée le caractère de commissaire du pouvoir exécutif qui vous est confié, vos réquisitions seront énergiques comme vos qualités républicaines et elles sauront terrasser les intrigants et vaincre les obstacles qui s’élèvent contre nos opérations combinées.

J’attends de votre patriotisme, citoyen, cette preuve bien forte de votre dévouement à notre entreprise, puisque j’exige de vous que vous vous éloigniez d’une armée que vous avez suivie aux dépens de tous vos intérêts personnels.

Ce sacrifice de votre part ne peut augmenter mon estime, qui vous est dévouée pour la vie ainsi que l’attachement le plus vrai et le plus tendre.

Le contre-amiral commandant l’armée navale de la République Française,

Truguet.

Si vous apprenez que je sois parti de Cagliari pour me rendre à Toulon, écrivez-moi, je vous prie, dans le port.

YI

Citoyen ministre,

A la rade de Cagliari, à bord du Tonnant , le 17 février, l'an 2e de la République.

Je vous ai rendu compte par ma dernière des troupes qui se sont embarquées sur l’escadre de la ville d’Ajaccio et de notre prochain départ. Notre traversée a été contrariée par les vents. Partis le 8 au soir, nous n’avons mouillé que le 7 du présent mois à l’ile de Saint-Pierre,

NOTES ET NOTICES

A notre arrivée, nous vîmes flotter le pavillon national. Le capitaine Grammont, commandant le Léopard, en conformité des instructions que le contreamiral Truguet lui avait données, s’était déjà rendu dans ce port. A son apparition, la garnison piémontaise évacua le fort, et les habitants offrirent au capitaine Grammont les clefs. Le contre-amiral Trouguet (sic) envoie au Conseil exécutif les détails de la reddition de cette île importante au commerce du Levant ainsi que de celle de Saint-Antioche. En conséquence, j’estime inutile de vous en faire l’exposé.

Nous sommes maintenant devant Gagliari. Le contre-amiral me chargea, avec le citoyen Villeneuve, major de l’escadre, de porter la sommation au vice-roi. Lorsque nous étions à portée de fusil, il nous fit faire une décharge de plusieurs coups de canon dont plusieurs chargés à mitraille. Aucun de nous ni de l'équipage ne fut blessé, malgré que les boulets environnèrent plusieurs fois le canot parlementaire. Nous regagnâmes notre bord. La ville de Cagliari se prépare à une défense opiniâtre. Les prêtres et les nobles sardes se sont ici tous rassemblés.

Nous sommes dans l’attente de l’arrivée du convoi de Nice. Il devait partir le 12 décembre, et l’on ne voit pas encore paraître (sic). Nous attendons encore des vivres pour l’escadre qui en manque depuis longtemps. Si les secours retardent, l’escadre sera obligée de retourner à Toulon.

Tous les citoyens et les officiers qui composent l’escadre sont animés de propager la liberté chez le peuple sarde et de venger l’outrage fait à notre parlementaire. Le contre-amiral a toute la confiance. Il la mérite par sa sagesse, par son civisme et par son infatigable travail. L’on vaincra tous les obstacles pour triompher des Piémontais. Mais, si nous sommes privés des secours indispensables que nous attendons, je craigne (sic) que nous ne soyons obligés d abandonner une expédition qui offrait autant d’avantages à la République.

Le citoyen M. J. Peraldi.

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