‹ La jeunesse de Napoléon (volume 3)Chapitre 37 sur 86 · XVIII. Les Arena (p · texte numérisé non relu

XVIII. Les Arena (p

Les Arena étaient fils d'Antoine-Mathieu Arena qu’un pamphlet du temps accuse d’avoir « reçu une somme considérable pour commettre une abominable trahison en livrant les clefs des barrières de l’Isle Rousse au général qui commandait la division de la Balagne ».

Ils étaient cinq :

1° Barthélemy Arena, suppléant de Saliceti aux Etats-Généraux et son substitut comme procureur général syndic, député de la Législative (cf. notre t. II, p. 95, 98, 235-236), commissaire du pouvoir exécutif dans l’expédition de Sardaigne, commissaire civil au siège de Calvi, entrepreneur de fournitures à l’armée d’Italie ( Corr . de Napoléon II, 110) et accusé dans un libelle de l’époque d’avoir donné à l’armée des souliers à semelle de carton, commissaire de l’administration centrale en Balagne (1798), député du Golo au Conseil des Cinq Cents, s’opposa de toutes ses forces au coup d’état de Bonaparte; « intrépide défenseur des droits du peuple, dit son frère François-Antoine il fut victime de la plus atroce calomnie à la journée du 18 brumaire ». Condamné à la déportation, il échappa. Il vécut trente-deux ans à Livourne et y mourut pauvre, le 19 avril 1832.

2° Joseph Arena, étudiant au commencement de la Révolution, capitaine des gardes nationales de l’Isle-Rousse (1er janvier 1798), lieutenant-colonel en second du 1er bataillon de volontaires corses (7 mars 1792), fait la campagne dite de Piémont en 1792 avec 220 Corses qu’il commandait, prend part à l’expédition de Sardaigne, revient en Corse avec les représentants qui le nomment capitaine au 16e bataillon d’infanterie légère (16 juin 1793). Appelé par les commissaires de la Convention, au siège de Toulon, il devient par ancienneté lieutenant-colonel de son corps (20 novembre 1793), après avoir

NOTES ET NOTICES

reçu des représentants Saliceti et Gasparîn le brevet d’adjudant général chef de bataillon (22 octobre 1793) qui lui est confirmé quelques jours plus tard par le ministre de la guerre (18 novembre 1793). A la prise de la ville il est nommé par les représentants Fréron, Barras, Ricord et Saliceti adjudant général chef de brigade (21 décembre 1793). Mais à la réorganisation il n’est plus adjudant général, et le Comité l’envoie continuer ses services à la suite du 16° bataillon d’infanterie légère, à Emmericb, à l’armée de Sambre-et- Meuse (3 septembre 1795). Député du Golo au Conseil des Cinq-Cents en 1796, chef de brigade de gendarmerie à sa sortie du Corps législatif, démissionnaire après le 18 brumaire, il finit on sait comment (30 janvier 1802).

3° Philippe-Antoine Arena, colonel de la garde nationale de l'Isle-Rousse, payeur général provisoire des dépenses du département de Corse; il demeurait à Versailles lorsque son frère Joseph fut arrêté, et ses deux autres frères Joseph-Marie et François-Antoine étaient venus le rejoindre ; mais le 28 août 1801 le premier consul écrivait ; <> Ordre aux trois frères Arena et à deux ou trois habitants du département de Golo qui les accompagnent et qui seront avec eux de se rendre sans retard dans leur département. »

4° Joseph-Marie, maire de l’Isle-Rousse en 1789 et 1790.

5° François-Antoine, né à l’Isle-Rousse le 16 septembre 1769, capitaine de la garde nationale soldée de sa ville natale, député à la Fédération du 14 juillet 1790, sous-lieutenant au 22° cavalerie (17 juin 1792), aide de camp capitaine de Raphaël Casabianca, assiste à la campagne des Alpes, à l’expédition de Sardaigne, au siège do Bastia. Adjoint aux adjudants généraux (20 mai 1794), adjoint à la suite de l’Etat-major général (20 août 1795), il donne sa démission après le 18 brumaire, et gagne l’Italie. « Il a, écrit-on de Bastia en 1817, demeuré trois ans à Livourne, cinq ans à Pise, et les huit dernières années à Naples où il prit une action dans une compagnie d’entrepreneurs militaires sous un nom supposé. » Il fut même arrêté à Naples en 1809, parce que l’ambassadeur le croyait condamné à la déportation; mais l’erreur fut reconnue et on le relâcha. On sait de lui qu’il demanda le 28 décembre 1816, outre sa réadmission dans l’armée, la croix de Saint-Louis, et qu’au début du gouvernement de Juillet il sollicitait du maréchal Gérard, dans une lettre du 8 septembre 1830, comme « patriote de 89 et vétéran de la Révolution », sa réintégration dans les cadres d’activité d’état-major. Il n’obtint rien, et lorsqu’il voulut une solde de retraite, on lui répondit qu’il ne remplissait pas les conditions exigées par la loi.

XIX. Protestations de Paoli et de ses amis contre les calomnies d’Arena (p. 98-101).

Les députés de Corse au ministre de la guerre.

Paris, le 4 mars 1793.

Citoyen ministre, la lettre ci-jointe, que nous venons de recevoir du Conseil général du département de Corse, est propre à faire connaître la source des soupçons qui se sont répandus sur le civisme du lieutenant-général Paoli et qui ont pénétré jusqu’au sein du Conseil exécutif.

C’est apparemment à de tels soupçons qu’on doit attribuer la conduite scandaleuse des Marseillais en Corse, qui n’aurait pas manqué d’avoir de très fâcheuses suites sans une extrême prudence du citoyen Casabianca, commandant d’Ajaccio.

Vous ne devez, citoyen ministre, ignorer les mesures de sagesse prises dans telle occasion par l’administration du département.

Le ressentiment que les Corses ont sacrifié dans telle rencontre à l’harmonie qui doit régner entre des frères citoyens de la même république est un témoignage bien éclatant de leur dévouement à la France.

Nous n’ignorons pas, citoyen ministre, que quelqu’un, revenu récemment de notre pays, ne vous en a pas donné une idée avantageuse, ni du citoyen dont ©n voudrait soupçonner le zèle.

Nous nous flattons que le Conseil exécutif ne voudra pas juger de la situation de notre département sur des rapports particuliers. Les commissaires envoyés en Corse par la Convention nationale doivent être les organes purs de la vérité sur ce qui le concerne.

A. Ciiiappe. A. Andrei. J. -B. Bozio.

Grand hôtel de Vauban, rue Richelieu.

L'administration générale aux députés du département de Corse à la Convention nationale.

Corte, ce 15 février 1793, l’an II de la République.

Vous partagerez sans doute, chers frères et compatriotes, toute l’indignation que nous ressentons, ainsi que tous les vrais amis de la liberté, de l égalité et de l’ordre, en apprenant qu’Arena a provoqué aux clubs de Marseille et de Toulon des dénonciations outrageantes et coupables contre le lieutenant-général Paoli. Sa conduite, ses sentiments ne peuvent avoir besoin d’une justification. L’heureux emploi des forces qui lui sont confiées, l’ordre public maintenu, la sûreté des personnes et des propriétés, l’enthousiasme de la liberté, le règne fraternel de l’égalité, tels sont les biens précieux dont jouit ce département et dont vous devez être instruits par notre correspondance suivie tant avec vous qu’avec les ministres.

Vous jugerez sans doute comme nous, frères et amis, que les atteintes portées aux sentiments et à la gloire civique du général, ne le sont que par des malintentionnés qui s’efforcent de semer dans notre île l’esprit de discorde et de division. Nous n’imaginons pas dans ce moment d’autre moyen d’éviter ces calamités qu’en faisant connaître nous-mêmes au peuple ces desseins coupables et leurs auteur.-. Nous sommes loin de souffrir jamais aucune violence, quelle que soit la victime désignée; mais il est juste de dénoncer les méchants et les calomniateurs à l’ignominie et aux remords, s'ils en sont susceptibles.

Notre démarche nous paraît forcée par la publicité qu’on a voulu donner à cette dénonciation et par l’avis que nous avons que les clubs de Marseille et de Toulon ont écrit à celui de Bastia en invitant même ses membres à épier et à scruter la conduite de Paoli.

Nous vous adressons les exemplaires des observations faites par nous sur la proclamation du pouvoir exécutif relative au payeur provisoire de cette division. Les ministres les ont déjà reçues manuscrites. Ce n’est que le retard nécessaire de l’impression qui a suspendu l’envoi que nous vous en faisons.

Vos frères et amis,

Les administrateurs du Directoire du département de Corse,

Galeazzi, président.

Pozzo di Borgo, procureur-syndic.

Muselli, secrétaire.

NOTES ET NOTICES

Paoli au ministre de la guerre.

Corte, le 5 mars 1793.

Citoyen ministre, j’ai l’honneur de vous rendre compte des faits importants ou des détails qui ont rapport à la responsabilité du commandement qui m’est confié, sans avoir pu obtenir de vous les rapports que nécessiteront les différents objets qui méritaient votre attention, lesquels je vais vous rapporter succinctement.

1° En vous adressant les états relatifs au licenciement du régiment ci-devant Salis-Grisons, vous avez été informé que trois cents et quelques hommes de ce régiment, dévoués au service de la République, sont restés ici en dépôt avec les conditions d être organisés conformément aux dispositions qui vous ont été envoyées pour être présentées au Conseil exécutif provisoire duquel on a tout lieu d'espérer l’approbation.

2° Vous avez été instruit à différentes fois de l’organisation vicieuse des gardes nationales, dont les abus multipliés exigent une attention particulière et une autorisation légitime pour les réprimer, en élaguant ce qui peut être contraire au bien du service et à l’utilité que l’on doit se promettre des citoyens qui se doivent à la défense de la patrie et au soutien de la liberté.

3° J'ai eu 1 honneur de vous représenter qu’il était indispensable d’attacher à cette division la quantité de maréchaux de camp nécessaire dans les circonstances actuelles, en vous priant de vouloir bien faire valoir auprès du Conseil exécutif les services du citoyen Cesari, colonel réformé, lequel par ses connaissances militaires, son activité et son attachement aux principes de la République, mérite d’être employé comme maréchal de camp.

4° Le citoyen Servan, votre prédécesseur, avait fait espérer au citoyen Peraldi de le faire employer comme adjudant général de cette division, et, à cette considération, j’ai apostillé un mémoire qui n’a point eu son effet.

5° Je vous ai envoyé plusieurs mémoires relatifs au choix des aides de camp qui doivent être attachés au lieutenant-général commandant cette division. Aucun n’a eu son effet, et je suis forcé de faire faire les fonctions dudit emploi à un capitaine dont le mémoire de proposition qui y a rapport, vous a été adressé.

6° Je n’ai reçu de vous nulle réponse relative aux dispositions qui ont rapport à l’attaque de la Sardaigne. Ce que je dois vous rapporter, c’est que j’ai secondé le contre-amiral Truguet de tout mon pouvoir, et son succès serait assuré, si les dites dispositions pouvaient répondre à mes bonnes intentions.

7° Je ne vous répéterai point les malheurs arrivés à Ajaccio et à Bastia, desquels je vous ai rendu compte et desquels vous ne m’avez pas fait réponse : ces malheurs, causés par les matelots de la flotte du contre-amiral Truguet, ont infiniment contrarié les dispositions qui nous faisaient espérer que les volontaires nationaux de ce département seraient à même de seconder fortement les troupes destinées à l’expédition de la Sardaigne.

Je me flatte, citoyen ministre, que vous voudrez bien m’accorder une réponse et ne point annuler par votre silence une correspondance à laquelle j’attache toute l’importance que les devoirs de ma charge m’imposent et auxquels je tiens par amour pour la patrie et nullement par les honneurs ou intérêts qui y sont joints.

Pasquale de Paoli.

Beurnonville a écrit en marge : « Lui répondre pour l’article des officiers généraux que la Corse fait partie de l’armée du Var et qu’on l’organise en officiers généraux au nombre fixé par la loi. »

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