XVII. La Ferandière et la municipalité ajaccienne (p
Lettre écrite par la municipalité d’Ajaccio à M. le chevalier de la Ferandière
commandant de ladite ville.
Monsieur,
Après avoir demandé depuis plusieurs jours qu’on changeât la direction des canons qui dominent sur la ville pour que l’aspect de ces instruments belliqueux n’excite point de divisions entre les troupes et les citoyens, nous nous apercevons que nos instances réitérées ne sont d’aucun poids. Sur les vives représentations que nous a faites dans ce moment le Conseil général de la commune, nous réclamons, et autant qu’il est en notre pouvoir, nous ordonnons que dans quatre jours d’ici, les canons soient démontés; que les roues et autres effets militaires soient renfermés en magasin, comme on a coutume de le faire en un temps de paix semblable au nôtre. Autrement, nous ne pourrions faire moins que de nous adresser où il sera convenable, pour satisfaire l’intention des habitants de cette ville, intention qui est de n’être point menacés, dans un temps de liberté, par le terrible aspect d’une forteresse armée, lorsqu’elle ne l’était pas même sous le plus impérieux despotisme.
Nous avons l'honneur d’être. Monsieur, vos très humbles et très obéissants serviteurs.
De Buonaparte, Dominique Robaglia, Colonna d’Ornano, Frasseto, Guitera, Conti, Meuron, Levie, maire, Don Charles Recco, procureur de la commune, Bonaventure Maestroni, Antoine Costa, Bainzo Scarbouciiio, Joaciiin Bocognano, Nicolas Parayicino, Don Dominique Uciani, Pierre Zerbi, Philippe Poggi, Patrice Stefanopoli, Marc Zigliara, Joseph Carbone, Jean- Pierre Levie, Silvestre Calcatoggio, Paul-Mathieu Cervotti, Etienne Cattaneo, Jean-Baptiste Recco et Jacques Pô.
Ajaccio, le 23 mai 1790.
Réponse de La Ferandière à la municipalité.
Messieurs,
Je suis prêt à remplir les vœux de la Commune. Mais comme je suis responsable envers la nation et le roi de la sûreté du poste qui m’est confié, il est indispensable que, préalablement à toute opération relative à votre demande, la Commune me donne une décharge et se rende responsable de tous les événements qui pourraient résulter du désarmement que vous exigez. Tel est
l’avis, Messieurs, du Conseil de guerre que j’ai rassemblé à ce sujet, dont les membres sont soussignés.
Vialis, lieutenant-colonel Vouillers, lieutenant-colonel Maillard, major De La Jaili.e, major Paschal, 1" capitaine
Peretti, commandant des provinciaux Saint-Ange, major Gaudin, chevalier de Saint-Louis Gaudin, capitaine du génie.
Ajaccio, le 24 mai 1790.
Seconde lettre de la municipalité à La Ferandière.
Monsieur,
Nous recevons votre lettre par laquelle vous demandez un acte de responsabilité pour désarmer la citadelle, après nous avoir promis dans votre précédente datée du 20 courant de le faire sans aucune condition, en considération d’une simple demande du corps municipal. L’avis des membres du Conseil de guerre serait de nous rendre responsables des événements qui peuvent arriver. Nous avons l’honneur devons observer que nous ne connaissons d’autre personne publique que vous, Monsieur. C’est donc à vous que nous avons l'avantage de répondre que nous ne pouvons et ne devons nous soumettre à aucune responsabilité qu’à celle seulement que nous impose la loi. Cette loi nous déclare conservateurs de la paix, du bon ordre; nous ne prétendons assurément pas renoncer à une prérogative dont nous nous glorifions. Voilà notre seule responsabilité. Nous requérons donc que vous donniez des ordres les plus précis, afin que, selon la teneur de la précédente délibération du Conseil général de la commune, les canons qui sont dirigés sur la ville, soient démontés, sans cependant dégarnir, des machines de guerre, la partie qui donne sur la mer. Nous ne doutons point, Monsieur, de votre attachement à la Constitution. Cependant nous ne pouvons moins faire que de vous observer que, si vous rejetiez notre demande, laquelle n’est autre que de mettre la citadelle dans la situation où elle se trouve toujours en temps de paix, nous ne pourrions guère nous empêcher d’avoir comme un soupçon qui laisserait présumer que vous êtes en correspondance avec les personnes intéressées à la conservation des forteresses et places fortes de France, pour quelque événement que ce soit 1.
De Buonaparte, Thomas Taxera, Roraglia, Colonna d’Ornano, Guitera, Conti, Meuron, Levie, maire, Don Carlo Recco, procureur de la commune, Bonaventure Maestroni, Antoine Costa, Bainzo Scarbouciiio, Joachin Bocognano, Paravicino, Philippe Poggt, Patrice Stefanopoli, Marc Zigliara, Joseph Carbone, abbé Pierre Pompeano Pozzo di Borgo, Silvestre Calcatoggio, Paul-Mathieu Cervotti, Jean-Baptiste Recco et Jacques Pô.
Ajaccio, le 25 mai 1790.
Réponse de La Ferandière à la municipalité.
Ajaccio, le 2G mai 1790, 7 heures du malin.
Messieurs,
Puisque vous répondez de la tranquillité de l’intérieur et que vous ne me recommandez d’être en défense que du côté de la mer, je donne les ordres pour désarmer les batteries donnant sur la ville et le faubourg. Pour me
1. Note de La Ferandière : « Gctlc phrase eu italien est si louche, si entortillée, qu'il est tnéine difficile d’en extraire un sens précis. »
NOTES ET NOTICES
mettre à couvert de tout reproche, je vais rendre compte de ma conduite. J’aurais désiré, Messieurs, que vous eussiez attendu l'arrivée de MM. de Biron et Paoli qui sont en chemin.
La Ferandière au ministre de la guerre.
Monseigneur,
D après ces dernières lettres de la municipalité d’Ajaccio, que je vous fais passer par M. de Maillard, major de Limosin, témoin des prétentions journalières, plus ou moins embarrassantes, vous sentez, monsieur le comte, la nécessité d’avoir un décret qui règle les devoirs et les pouvoirs respectifs des municipalités et des troupes du Roi pour que les commandants ne soient pas dans une indécision si critique et si alarmante par les dangers qui peuvent en être la suite. Je vous demande donc à connaître mes devoirs pour les suivre comme j’ai fait depuis quarante-cinq ans.