XXVII. Napoléon menacé de noyade, (p
Deux témoignages, indépendants l’un de l’autre, celui de M"e Tierce et lu de l’élève de Brienne, émigré en Angleterre (voir i, p. 374, pièce xxi), s’accordent a rapporter que des royalistes, camarades de Napoléon, voulurent le jeter a l’eau. Voici le passage du Sonic account : « One day, walking by a river side with sorac young officers, with whom lie generally associated, the dispute rail high, and, in a moment of enlhusiasm, of which there hâve been iiumberless instances in ail the wars of opinion, the young pcople, enraged, seized Buonaparte, and vvere on the point of throvving him head-long into the stream, vvben a momentary reflection mode lheim perceive the shameful inequality of the number. »
La femme qui « avait soin de la chambre de Napoléon » (Coston, i, 153) se nommait Anne-Thérèse Guérin. Elle avait eu de Jean-Baptiste Tierce qui ne l’épousa que sur le tard (à Besançon, le 7 février 1795) deux filles, Jeanne et Madeleine, nées à Auxonne, l’une, le 2 février 1769, l’autre, le 23 juillet 1771. Tierce, né le 8 février 1742 à Couin en Artois, soldat au 2e régiment d’artillerie (18 juin 1762), sergent (1er novembre 1774), lieutenant (6 février 1792), chevalier de Saint-Louis (21 juin 1792), second capitaine (24 novembre 1792), quitta le service pour infirmités le 7 octobre 1793 et mourut à Besançon le 26 décembre 1795. Sa veuve revint à Auxonne où on la trouve revendeuse en l’an IV et journalière en l’an VII. Or, Tierce avait une sœur à laquelle il raconta, comme le prouvent les pièces suivantes, que des officiers royalistes avaient menacé Bonaparte de le jeter à l’eau.
Aire, déparlement du Pas-de-Calais, ce 22 février 1809.
A S. E. le Ministre de la Guerre.
Son Excellence,
Pourrais-je, sans trop présumer de vos bontés, lui présenter une pétition pour S. M. notre digne Empereur? Le motif en est aussi vrai que juste; mais la circonstance qu’elle renferme, est si glorieuse à S. M. que je ne puis me dispenser de ravir à V. E. quelques moments de son temps pour lui en faire le récit, tel que me l’a transmis Mlle Tierce. M. Bonaparte, jeune officier, et M. son frère Julien (sic) prenaient leur pension à Auxonne chez M. Tierce, frère de la pétitionnaire, lor que deux officiers français voulurent déterminer le jeune Bonaparte à l’émigration ; ils tentèrent les moyens de force pour le déterminer, menaçant de le jeter dans l’eau. Sa Majesté promettant alors ce qu’elle est aujourd’hui, sa présence d’esprit, sa fermeté, son courage le ht échapper de ses assassins. Mais quels cœurs peuvent lire ce qui suivit ces douloureuses circonstances sans en avoir l’âme profondément affectée! A peine échappé luimême du danger, il est informé de celui que courent ses deux assassins que
l’on cherchait pour cause d’enrôlement d’émigration : le jeune et généreux officier vole à leur demeure, leur dit : « Messieurs, sauvez-vous, il est temps, on vous recherche »; les deux officiers français reconnaissent dans le jeune Bonaparte leur libérateur; ils s’écrient en se précipitant uses genoux : «Nous avons voulu t’ôter la vie et ta nous la conserves ! »
Ce fait a été transmis à M'16 Tierce par M. Jean-Baptiste Tierce, son frère. Je supplie Y. E. de prendre le plus vif intérêt à la pétitionnaire dont la position est des plus affligeantes, mais dont les services sont ici indispensables pour le service des malades pauvres, par l’ignorance des médecins et chirurgiens des pauvres ; mais la vérité est : tel salaire, tel service.
J’ai l'honneur d’ètre, avec un très profond respect, de Votre Excellence, la très respectueuse servante.
Fanny Plunkett of Rathmoke.
A. S. 31. Impériale et Royale l’Empereur.
Aire (Pas-de-Calais), le 22 février 1809,
Expose très respectueusement Marie-Josèphe Tierce, native du village de Couin, près Doullens, âgée de soixante-quatre ans, propre sœur de Jean-Baptiste Tierce, capitaine-commandant d’artillerie, mort à Auxonne, département de la Côte-d'Or en 1794, qu’ayant perdu par les malheurs de la Révolution et ses proches et sa fortune, elle se trouve fixée à Aire, département du Pas-de-Calais, livrée à la plus triste indigence, ayant exercé avec autant de zèle que de succès le traitement des malades pauvres gratuitement, tant à Arras qu’à Aire depuis vingt-cinq ans, ce qu’elle continue dans cette dernière ville et sa banlieue à la satisfaction générale des habitants, dont les certificats dont elle est munie font foi.
D’après cet exposé la pétitionnaire supplie très respectueusement S. M. I. de daigner alléger sa triste indigence en lui accordant une pension et se rappeler le souvenir, si glorieux à S. M. I., de la générosité magnanime qu’elle exerça envers deux officiers français qui voulaient le forcer à l’émigration lorsque S.M. logeait chez mon frère à Auxonne. Epoque mémorable qui laisse à l’exposante l’espérance d obtenir l’effet de sa demande. Ses vœux les plus ardents seront pour la conservation de S. M. l’Empereur et celle de l’Empire français.
Makie-Josèphe Tierce.
Rapport fait au Ministre le 11 mai 1800.
Le ministre m’a renvoyé pour lui en rendre compte, un mémoire dans lequel M"e Tierce sollicite une pension en qualité de sœur de Jean-Baptiste Tierce, capitaine d’artillerie, mort à Auxonne (Côte-d’Or) en 1794.
Cette demoiselle assure qu’elle est âgée de soixante-quatre ans, qu’elle a perdu sa fortune par les malheurs de lu Révolution, et que, depuis vingt-cinq ans, elle traite gratuitement les pauvres malades.
Elle prie l’Empereur de se rappeler qu’étant logé chez son frère à Auxonne, au commencement de la Révolution, S. M. eut la générosité de sauver la vie à deux officiers français qui avaient employé les menaces et la violence pour le faire émigrer, et qui étaient poursuivis pour cause d’enrôlement pour l’émigration.
Ce mémoire n’est appuyé d’aucun certificat qui constate la vérité des faits qui y sont exposés.
J’ai l’honneur de demander à Monseigneur s’il est dans l’intention de S. E. d’en rendre compte à l’Empereur.
Goulhot.
Approuvé : Clarke,
NOTES ET NOTICES
Note pour S. M. l’Empereur, le 18 mai 1809 (Minute).
La demoiselle Tierce sollicite une pension de S. M. en considération des anciens services de son frère, capitaine d’artillerie, mort à Auxonne en 1794.
Elle prie l’Empereur de se rappeler qu’il logeait chez son frère à Auxonne. Elle cite un trait de générosité qu’il exerça à cette époque envers deux officiers français qui avaient inutilement employé des moyens de violence pour le forcer à émigrer, et qui ne durent ensuite leur conservation qu’à l'avis qu’il leur donna qu’ils étaient recherchés comme coupables d’enrôlement pour les émigrés.
Je prie S. M. de me faire connaître si elle est dans l’intention d’accorder une pension ou quelque secours à la demoiselle Tierce qui déclare être âgée de soixante-quatre ans et dans l'indigence.