XXXIX. Le 4e régiment d’artillerie en 1791 (p
Rapport de Du Teil.
Résumé général de l’inspection du quatrième régiment et de l’Ecole de Valence.
Le quatrième régiment d’artillerie, en garnison à Valence, est composé d’une très belle espèce d’hommes. La tenue de ce régiment est autant bonne qu’il est possible qu’elle le soit d’après les très mauvaises qualités de drap qu’il a reçues les années précédentes. L’équipement et armement sera en très bon état quand
NOTES ET NOTICES
on aura remplacé ce que le conseil demande. La comptabilité se trouve en retard par la mort du quartier-maitre-trésorier et la dispersion de plusieurs compagnies détachées, de sorte que j’ai attendu en vain jusqu’à ce jour d'en recevoir la situation. Cette troupe serait assez bien sous les armes sans l’air de scélératesse qu’ont contracté les soldats et sous-officiers depuis le désastre des troupes. Le service se fait dans ce moment avec une exactitude apparente; mais l’insubordination tacite se laisse néanmoins apercevoir dans tous les points. Le soldat paraît cependant être un peu revenu des horreurs où les sous-officiers et quelques officiers les avaient jetés ; chaque jour ils en font hautement des reproches à quelques-uns de leurs instigateurs; tout peut se remettre dans le plus grand ordre dans toutes les troupes en peu de jours quand on saisira le seul moyen qu’il y ait à prendre pour y parvenir.
Les recrues de ce régiment de ces deux dernières années sont nombreuses, et beaucoup de jeunesse de belle espérance. Messieurs les officiers sont on ne peut plus instruits et zélés pour leur métier. Ils mettent tout ce qu’il leur est possible de faire pour entretenir les troupes dans le bon ordre ; mais ils gémissent de voir détruire leurs soins par les mauvais conseils de quelques-uns d’entre eux, et de beaucoup de sous-officiers. M. de Campagnol, colonel, et partie des autres officiers supérieurs mettent toute la prudence et emploient tous les moyens pour empêcher de nouvelles explosions et ils désirent avec raison un changement de garnison, et le soldat le souhaite de même; quant à moi, je le crois indispensable.
L’instruction de théorie a été suivie avec succès et assiduité. M. Dupuy, professeur plein de zèle, met la plus grande affection à faire des applications de la théorie à la pratique.
Les instructions de pratique n’ont pas eu de suite comme le désirait M. de Mauroy à cause des désordres successifs qui ont forcé de tout suspendre. Néanmoins on a fait quelques écoles de canon et de mortier. J’ai été témoin que l’on tirait bien le premier, que le second pourra faire des progrès quand il sera possible de rendre familières les instructions de détail et préliminaires qu’il convient de donner. Quant aux artificiers, il n’y a rien de si mal instruit et tant qu’ils seront admis dans la même forme, on n’en aura jamais qui sachent l’artifice. Cependant cette partie doit paraître essentielle à ceux qui savent apprécier le métier d’artillerie.
Les détachements dont est écrasé ce corps qui devrait toujours être en masse pour les progrès de ses instructions — qui n’ont pu avoir l’étendue désirable par cette raison, soit encore par les différentes fermentations de la troupe et par celle des habitants de la ville de Valence et dont les municipalités se sont ingéré d’ordonner sur tout, soit enfin par un terrain mal disposé et par le manque de toutes les choses nécessaires et indispensables, indépendamment du climat qui s’oppose aux opérations de pratique par la trop grande chaleur, par le trop grand froid des vents du nord qui régnent tout à coup et passent successivement d’une extrémité à l’autre et occasionnent presque toujours des maladies de poitrine communément incurables chez le soldat, — tous ces incidents susdits n’ont pas mieux permis des instructions convenables aux officiers sur les opérations de guerre que pas un d’eux n’a faites et qu’il faut indispensablement se hâter de leur donner, et pour cela, changer le système monotone des écoles passées.