Corr., III
5. Il était fils d'un grefTier de village, étant né à Chaux-Neuve, dans le Doubs.
6. Un de ses officiers le quitte : « Alpy pleurait ; le général était très ému... » {Jour, d'il., 11.) Ce père de famille, que son dossier nous montre, durant les campagnes de l'Empire, très préoccupé de son « épouse » et de ses enfants, traitait ses jeunes officiers comme des fils. Cette bonté s'alliait à une grande droiture, qui le distinguait heureusement de ses compagnons d'armes. Seul de tous les chefs de corps qui se partageaient le commandement, sous les ordres de Brune, Michaud n'écrivit pas au Premier Consul de dénonciation contre le général en chef. Parmi ces hommes (et il y avait là un Davout, un Suchet, un Marmont) qui se jalousaient encore l'un l'autre, et se dénigraient sans vergogne, Michaud se fait remarquer par sa réserve et son silence.
LA CARRIÈRE MILITAIRE d'hENRI BEYLE 155
tage ^. Aussi bien le général Michaud semble lui avoir laissé toutes les libertés, même celle, nous le verrons bientôt, de ne pas rejoindre un régiment où la discipline le rappelait. Beyle avait su lui plaire : « J'aime beaucoup ce petit Beyle, disait-il : il est plein d'esprit..., mais il est trop franc et trop tranchant ^ ». Ce défaut de son favori n'était peut-être pas ce qu'il goûtait le moins en lui.
Grâce à ses fonctions d'aide de camp, et aux missions diverses du général Michaud, Beyle va voyager. En quelques mois, il va passer en nombre de petites villes curieuses. Mais ne nous attendons pas à une grande richesse d'impressions. Beyle ne sait pas encore regarder comme il faut les vieux murs : aussi n'a-t-il pour eux que du mépris : « Rien ne para't plus froid que la vue de ces pierres amoncelées ^. » Mais déjà il observe les hommes : a Ce que j'aime à voir dans une ville, ce sont les habitants, car l'homme intéresse toujours l'observateur. » Le psychologue est déjà né.
Trois semaines seulement après sa nomination, Beyle quitta Milan pour rejoindre son chef. Il put ainsi dans l'intervalle assister aux fêtes nombreuses par lesquelles fut célébrée la victoire des Français *; il vit des opéras, des illuminations et des bals masqués : il inaugura le carnaval. Enfin, le 21 février, il prit le chemin de Vérone *.
Beyle se retrouvait, libre et seul, sur la grande route. La poésie et la tactique se partageaient ses rêveries. Tantôt il admirait « ses chères montagnes », sans doute parce qu'elles lui rappelaient les Alpes du Dauphiné ; ou bien
1. Faut-il supposer qu'un même jacobinisme vint encore rapprocher le général et son aide de camp ? Un certificat de l'an II atteste le civisme de Michaud « toujours sans-culotte » et « montagnard ». (Arch. de la Guerre.)