LETTRE INEDITE DE PIERRE DARU
Paris, le 15 thermidor IX.
Mon père m'a communiqué, mon cher cousin, la lettre que vs lui avez écrite au sujet de la maladie de B. que j'ignorais. Je vais en demander des nouvelles plus détaillées. II est naturel que vous désiriez qu'il obtienne un congé pour venir se rétablir sous vos yeux ^, mais il faut que je vous fasse quelques observations sur la position dans laquelle il se trouve.
Je l'avais fait nommer provisoirement par le G. Suchet à une sous-lieutenance dans le 6^ régiment de dragons. Le chef de ce corps, qui est de mes amis, me le laissa pendant quelques mois ; quelque temps après je fis un voyage, et, à mon retour, j'appris que notre jeune homme s'était fait demander en qualité d'aide de camp par le G. M. ^, homme fort estimable et qui avait cru m'obliger par cette démarche.
Je ne partageai pas le plaisir qu'elle faisait à B., d'abord parce qu'il n'était pas possible de se faire confirmer dans ce grade, attendu que pour être aide de camp, il faut être l.[ieutenant] et avoir fait deux campagnes.
Une seconde raison me faisait désapprouver ce parti, c'est qu'un jeune homme qui se voue à l'état m.[ilitaire] doit commencer comme on commence, c'est-à-dire par l'apprendre, et qu'on ne l'apprend que dans un corps.
En troisième lieu, il était aisé de prévoir que l'état d'aide
1. Biblioth. de Grenoble, R 302. — Ce n'est qu'une copie, faite de la main de Chérubin Beyle, sans doute pour être envoyée à son fils. La lettre a dû être adressée au docteur Gagnon.
2. Journal d'Italie, G thermidor an IX (p. 31) : « Le général Michaud m'offre une permission pour retourner en France. »