LA DEMISSION DE BEYLE
La cause nécessaire et sufTisanle de cette démission nous est déjà connue. Beyle renonça au métier dollicier parce que la vie de garnison Tennuyail, parce qu'il était dégoûté de ses compagnons d'armes, sans doute aussi parce que la paix de Lunéville et la paix d'Amiens pouvaient lui faire croire que le temps des conquêtes et des belles aventures était à jamais fini.
En même temps que la carrière des armes perdait à ses yeux tout agrément, il sentait grandir en lui la passion des lettres. Vivre à Paris, travailler, écrire, fréquenter les littérateurs, les artistes et les actrices, était devenu son plus ardent désir.
Mais d'autres motifs vinrent s'ajouter à ces raisons.
Tout d'abord ses parents, qui, par aïïeclion, par pusillanimité, par souci des bonnes mœurs, regrettaient de voir Beyle soldat 1, favorisèrent son caprice. Son père lui promit une pension s'il vivait à Paris, en étudiant ^.
Enfin l'amour intervint. A en croire Beyle, qui se plaît à donner à toute son existence l'aspect d'un roman d'aventures, M il suivit à Paris une femme qu'il aimait et donna sa dénnssion ^ )). Il s'explique mieux dans sa seconde notice nécrologique : « II... vint à Grenoble, fut amoureux et, sans rien dii'e au ministre, suivit à Paris M^^® V., qu'il aimait. Le ministère
1. Au temps où de nouveau il sollicite Pierre Daru pour son petit- fils, le docteur Gagnon écrit à Beyle (en 1806) : « ... j'ai rejeté... sur notre répugnance à te voir militaire l'abandon d'un état que tu avais si vivement sollicité... » (Let. inédite, Bibl. de Grenoble, R 302.)
2. « 11 m'avait promis 3.000 francs pour me faire quitter l'état militaire, j'étais sous-lieutenant... à dix-sept ans... Voilà l'état qu'il m'a fait quitter... » (Journal, 28 nivôse 1805, 124.)