LES BELLES-LETTRES
M. Dubois-Fontanelle. — Les premiers essais dramatiques d'Henri Beyle. Racine et Shakespeare.
« M. Fontanelle était trop brisé par le malheur et par le caractère de sa diablesse de femme pour être enthousiaste, il n'avait pas la moindre étincelle du feu de M. l'abbé Ducros ; aussi n’eut-il guère d'influence sur mon caractère. »
(H. Br., II, 17.)
Jean Gaspard Dubois-Fontanelle faisait figure d’homme célèbre quand, à soixante ans, il fut nommé professeur de belles-lettres dans sa ville natale !. Son bagage littéraire était pesant, encombrant même. Ses œuvres comptaient déjà une trentaine de volumes, sans parler de nombreux articles dans la Gazette des Deux-Ponts, le Journal de Panckoucke ?, le Mercure et la Gazette de France. Depuis qu’il avait débuté chez Fréron, il s'était essayé dans bien des genres, il avait écrit des comédies et des tragédies, une Vie de P. Arétin, des Contes philosophiques et moraux, comme Voltaire et Marmontel, des romans d’aventures et des récits de voyages, comme l’abbé Prévost ; il avait traduit Ovide 3 et traduit des romans anglais. Enfin 1l
À. Né à Grenoble en 1737, il mourut en 1812. Il s'appelait tout simplement J.G. Dubois. — Voir la notice qu'a faite sur lui M. J. de Crozals, dans son étude sur la Faculté des Lettres de Grenoble (Bullet. de l’Acad. Delphinale, 1896) ; et H. Br., II, 13 et suiv.
2, Journal de politique et de littérature.
9. Sa traduction des Mélamorphoses eut beaucoup d'éditions (on cite celles de 1766, 1778, 1780, 1802, 1806). Le docteur Gagnon la prêtait à son petit-fils: (H. Br., I, 125.)
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avait eu la chance, trente ans plus tôt, de provoquer un scandale. En 1767 il composait un drame, Æricie ou la Vestale, contre le fanatisme religieux et les vœux monastiques : on en interdit l'impression, on condamna aux galères et à la marque les misérables colporteurs qui en vendaient l’édition clandestine !. Quant à l’auteur, il y trouva profit et gloire : en 1789, on se hâta de jouer au Théâtre Français une pièce aussi subversive ; et il est permis de croire que la réputation de pureté révolutionnaire ainsi gagnée par l’auteur contribua à le désigner, en 1796, au choix des membres du jury. Cet écrivain, fatigué par trente ans de fécondité ?, eut donc la charge d’enseigner les belles-lettres aux jeunes Dauphinois.
Son cours s’ouvrit le 21 novembre 1796. Sa réputation de lettré que Paris avait consacré, sa position éminente parmi les professeurs de l’Ecole centrale $, avaient attiré de nombreux auditeurs. Beaucoup de femmes étaient venues entendre ce bel esprit que la Flore littéraire du Dauphiné a rangé parmi les « poètes de l’amour 4 ». Et il leur en marquera plus tard sa reconnaissance par de petits vers très galants 5. Au milieu de ce public mondain 6, les élèves de l'Ecole centrale devaient être noyés, et distraits.