‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 150 sur 369 · ur · texte numérisé non relu

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Il professait pourtant, sur le goût, des idées aussi étroites que La Bruyère ou Boileau. Il affirmait sans hésiter que « sur les matières de goût, il ne peut guère exister deux manières de voir et de sentir 1... », et il terminait sa préface par cet éloquent aphorisme : « La Vérité est une comme la nature. »

Il s’en tenait donc à la vérité du grand siècle ; 1l admettait la règle des trois unités ? ; et il annonçait doctement, à la fin de son cours sur la tragédie, que l’on allait revenir plus que jamais à l’imitation des maîtres classiques, qui étaient quatre : Corneille et Racine, Crébillon et Voltaire ÿ.

Mais cette fidélité aux principes traditionnels n’empèêchait pas Dubois-Fontanelle d’apprécier les modernes, qui n’étaient point encore des romantiques. Les écrivains du xvrrre siècle tiennent la meilleure place dans son cours : c’est J.-B. Rousseau, qui a saisi « le sceptre de la poésie lyrique » et ne l’a encore cédé à personne ; c’est Jean- Jacques, dont il admire l’éloquence, tout en réfutant sa théorie sur la nature ; mais c’est Voltaire surtout, de qui Dubois-Fontanelle admire tout, même la Henriade, et qu'il semble mettre au premier rang, dans tous les genres, de tous les écrivains passés ou présents.

Enfin ce professeur si moderne ne craint point de nommer les vivants : La Harpe, Ducis, M.-J. Chénier ; et au besoin il discourt sur le jeu comparé des actrices célèbres, la Clairon et la Dumesnil. D'ailleurs il n’a point

4. I, VI. De même il invoquera (I, 50) les « vrais principes du goût ».

2. Tout en remarquant d’ailleurs, après Corneille, qu’elle amène quelques invraisemblances. Il n’en croit pas moins nécessaire d’excuser Eschyle pour ne l’avoir pas suivie.

3. Il faut noter pourtant quelques vues un peu plus libres. Les auteurs tragiques, dit-il, pourront désormais « traiter les sujets qui jusqu’à la Révolution leur avaient été interdits. L'Histoire de France. leur offrira des événements et des caractères à traiter. Comme les Grecs, les Romains et les Anglais, ils fouilleront cette mine nationale qui est, pour ainsi dire, encore vierge pour nous. Le génie, en exposant nos ancêtres sur le théâtre, ne craindra point de les faire agir et parler, comme ils agissaient et parlaient... ; et l'intérêt ne pourra qu’augmenter quand il peindra avec les couleurs de la vérité leurs mœurs,

leurs vices et leurs vertus.» (II, 439.) Stendhal reprendra ces idées dans Racine el Shakespeare

scrupule de parler devant son jeune auditoire des œuvres contemporaines les plus libres où même les plus audacieuses ; 1l fait l’éloge de Faublas 1, et déclare les Liaisons dangereuses « le meilleur [roman] qui ait été fait depuis longtemps ? ». Ce sera l’opinion de Beyle.

Mais ce maître si copieux et si instructif découvrait à ses élèves encore un autre champ d’études. Les littératures étrangères avaient dans son cours une très grande place. Plus heureux que les jeunes Français d’aujourd’hui, Beyle entrevoyait la littérature italienne, espagnole, portugaise même, la littérature allemande 5, et surtout la littérature anglaise. M. Dubois-Fontanelle parlait devant lui d’Ossian (Beyle ne le lira que douze ou treize ans plus tard), de Milton, de Ben Johnson, d'Otway, de Dryden, d’Addison, et de bien d’autres. Mais Beyle dut s'intéresser particulièrement à son opinion sur Shakespeare ; c’était d’ailleurs l’opinion de son temps : « Shakespeare. tient … le premier rang parmi les auteurs dramatiques de sa nation 4 Son génie fier, impatient des règles, les secoua toutes, et ne se laissa jamais diriger par le goût.» On trouve chez lui des « morceaux... fiers, pensés,.… sentis ; mais ce ne sont que des détails. S'il est souvent sublime, il s’abaisse bientôt autant qu'il s’est élevé »; et la scène

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