Notice, XI
permettent de supposer que déjà Beyle, en l’aimant, le méprisait un peu !,
Félix Faure ? fut tout d’abord, semble-t-il, le camarade préféré. Tout au moins, à peine Beyle arrive-t-il à Paris, en 1800, que nous retrouvons à ses côtés ce seul ami intime : et les années suivantes, quand Beyle est dragon en Italie, c’est à Faure surtout qu’il écrit 3. Pendant 2e ans, Faure va rester le confident des amours de Beyle, très discret sur ce chapitre ; en 1811, Beyle lui donnera la meilleure preuve d’amitié : il lui confiera sa maîtresse. De son côté Faure semble lui avoir révélé ses infortunes sentimentales les plus pénibles. Et s’ils se brouillèrent plus tard, c’est que Félix Faure devint magistrat et pair de France, qu’il défendit avec un zèle excessif l’ordre et la royauté 4, et que Beyle a toujours réservé son meilleur dégoût pour le fonctionnaire trop gouvernemental, ou pour le juge qui veut de l’avancement. « C’est le plus plat de tous mes amis et celui qui a fait la plus grande fortune », écrira-t-1l en 1836 5.
Mais, en 1798, rien ne pouvait faire prévoir la belle carrière du futur premier président à la Cour de Grenoble, du futur conseiller à la Cour de Cassation. Félix Faure était alors un mathématicien 6 sensible. L’une et l’autre
1. Beyle, dans les premières lettres de la Correspondance, parle avec affection du « cher cousin Colomb », qu’il « ne cessera de... chérir comme son plus cher ami. » (31, 34, lettres de 1802.) Pourtant il le critique, dans un passage inédit de son Journal, et semble rappeler qu’au temps de son adolescence Colomb était tout le contraire d’un « intellectuel ».
2. Louis-Joseph-Félix Faure était né à Grenoble le 18 août 1780, d’une bonne famille dauphinoise. Son père, commis à la recette générale de la province, avocat au parlement de Grenoble, avait été député aux états de Romans en 1788. Félix Faure avait commencé ses études à Lyon, où il se trouvait encore en 1793. Entré à l'Ecole centrale en même temps que Beyle, il fit sans doute alors sa connaissance. (Voir Rochas, Biog. du Dauphiné.)
3. Ou du moins , dans les lettres inédites de la bibliothèque de Grenoble, n’ai-je point trouvé trace d’une autre correspondance.
4. Voir H. Br., I, 129, et Corr., III, 36. — « Mon plat ami Félix Faure a la bassesse infâme sans les belles actions », écrit-il le 18 décembre 1835 (H. Br., I, 164 ; cf. 1d., 312 ).