H, Br., éd. Stryienski
noble ! l’école d’artillerie, le ministère de la guerre s’y opposa : « Grenoble était une cité trop opulente et dissipée, où les soupers se prolongeaient très avant dans la nuit, où le parlement et les grandes corporations répandaient le goût du plaisir 2... »
Mais Grenoble n’était pas seulement la garnison rêvée par les jeunes officiers avides de conquêtes faciles ; les âmes tendres y pouvaient trouver plus délicates aventures. L’un des amis de Lamartine, Guichard de Bienassis, réussira bientôt à s’y faire une vie délicieuse. Le jeune poète, qui s’ennuie à Mâcon, lui écrit, non sans envie : « Tu as donc une société agréable à Grenoble ? tu fais donc quelques parties de campagne ? tu vois des femmes poètes... ? tu es toujours aimé et tu aimes ?... » $
Enfin le tableau très complet que Berriat Saint-Prix a tracé de Grenoble, dans son curieux roman, l’ Amour et la philosophie 4, confirme pleinement tous ces témoignages. Nous y voyons la noblesse comme la haute bourgeoisie traiter le mariage avec désinvolture. On ne peut dire que les femmes y trompent leurs maris, car ceux-ci ne leur demandent pas plus de fidélité qu’ils ne leur en promettent. Le libertinage s’y met à l’aise avec une aimable franchise. C’est ainsi que Madame Mérimbert, la femme d’un avocat consistorial (un collègue de Chérubin Beyle), affiche des amants successifs, et les dispute ouvertement aux jeunes filles à marier, sans que personne y voie un sujet de scandale, pas même l’auteur, pourtant vertueux comme un disciple de Jean-Jacques. Tel était, dans le Dauphiné ainsi qu'ailleurs, le bel usage. Et c’est grâce à une liberté si commode qu’Henri Gagnon, avant Romain Gagnon, son fils, avait fait tant de douces conquêtes, aux environs de 1750. Seul Chérubin Beyle