‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 227 sur 369 · Corr., I, 319 : 26 mars · texte numérisé non relu

Corr., I, 319 : 26 mars

musique, il ne l’aime avec l’amour désintéressé d’un artiste. Il la voit pour l'oublier bientôt. Il fait cristalliser autour d’elle toute la floraison de sa fantaisie. Elle sert avant tout à exalter ses sentiments intimes.

Beyle sentira toujours la nature de cette façon. En 1838 il écrira encore : « J'aime les beaux paysages : ils font quelquefois sur mon âme le même effet qu’un archet bien manié sur un violon sonore: ils créent des sensations folles ; ils augmentent ma joie et rendent le malheur plus supportable 1... » — « C’est pour moi comme la musique

de Mozart », disait madame Derville dans le Rouge et le Nour ?.

« Les montagnes de mon pays, témoins des mouvements passionnés de mon cœur, pendant les seize premières années de ma vie... »

(Sous. d'Egot., 32.)

Ce fut devant les horizons de sa ville natale que Beyle commença de discerner les notes indécises de cette musique intérieure. Est-ce à dire que les Alpes du Dauphiné, les vallées de l’Isère et du Drac, furent seulement les vagues inspiratrices de ses émotions, la symphonie qu’on oublie en l’écoutant, pour s’abandonner à son rêve ? Non sans doute. Il les aima aussi pour elles-mêmes.

Le coup d’œil vif et précis de Beyle sait analyser un beau site, mais il en fait une analyse psychologique. La nature lui apparaît seulement en fonction de l’âme humaine. Il retrouve dans le dessin des montagnes et dans l’on-

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