Le 28 février 1800 (1d.). À
3. Corr., I, 215. Beyle y fait un parallèle de Romain Gagnon et de Martial Daru, l’un vulgaire et affecté, l’autre avec « cette délicieuse simplicité dont les gens du bon ton habillent ici leurs actions les plus fines... »
&. Cf. Journal, 196.
5. « Il n’était pas romanesque, et moi je poussais cette faiblesse jusqu’à la folie ; l'absence de cette folie le rendait plat à mes yeux. » (H. Br., II, 199.)
une noble fierté, et trouver à propos la rude éloquence qui convenait !. |
Mais en général l’héroïsme était moins de son goût que les fêtes élégantes et les femmes faciles. Si l’on en croit Stendhal, il fut à Paris, à la cour, à l’armée, dans mainte capitale de l’Europe, le maître des élégances ?, et cueillit un peu partout, avec gaîté et gentillesse, les plus jolies fleurs de salons ou de coulisses. « Il en a eu vingt-deux en sa vie, remarque Beyle avec admiration, et... toujours ce qu’il y avait de mieux dans le lieu où il se trouvait. J'ai brûlé les portraits, cheveux, lettres, etc. »5.
Lovelace bon enfant, Martial réussissait même, par son brave cœur, à faire pardonner aux hommes des succès que les hommes d'habitude ne pardonnent guère. Quant à son jeune cousin, il ne songeait qu’à imiter un si brillant modèle.
C'était mal le choisir. Non que les leçons de Martial ne fussent pas, comme le dit Beyle, « excellentes 4 » en leur genre. Mais saura-t-il en profiter ? Martial goûtait les femmes, mais ne s’attachait point à elles. Amateur éclectique, il passait de la grande dame à la danseuse, ne demandant à toutes que du plaisir, Il avait de Don Juan l’insouciance, sinon la froideur, et son Joyeux égoïsme, soutenu par sa vanité 5, le défendait contre tout sentiment trop fort ou trop douloureux. Martial pouvait donc bien apparaître à Beyle comme une aimable incarnation de ce Lovelace, de ce Faublas ou de ce Valmont, ses éternels et décevants modèles. Mais lui-même était-il capable de ces impressions légères et frivoles, de ces
1. Sur le rôle de Martial Daru à Rome, voir Madelin, La Rome de Napoléon, et en particulier p. 649. Cf. Journal d’Iialie, 229 et suiv.
2. M. Madelin nous le montre aussi « homme du monde avant tout ». « Qu'il fût le Lovelace de l’intendance, homme de plaisir, fort amateur du jeu et des femmes, de la danse et de la bonne chère, cela est... probable... »