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L'église de Grenoble

4. Elle le fut quelques années plus tard ; Napoléon fit achever la façade à partir de 1805.

notions encore confuses !, À vrai dire, il traduit ses impressions pour les mettre à la portée d’une petite fille ; mais elles sont elles-mêmes très enfantines. Sachons- ui gré pourtant de ne s'être point laissé ravir, comme le vulgaire, par la richesse confuse du Dôme de Milan.

Sans doute Beyle visita scrupuleusement ? toutes les églises et toutes les galeries de peinture que lui indiquaient les guides. Mais nous devons renoncer à jamais savoir ce qu'il en put alors penser. Il ne le faut pas regretter trop. Beyle reverra ces chefs-d’œuvre dix et quinze ans plus tard, lorsqu'il sera mieux capable de les comprendre, et il nous dira ses impressions. Quant à la physionomie de la ville, il ne semble point qu’au premier abord elle ait Re frappé Beyle. Il la retrouvera en 1811, à peine changée 8 : et nous pourrons alors nous promener avec lui dans la vieille Milan, sombre,

secrète et charmante.

En 1800, Beyle paraît surtout sensible à quelques impressions physiques : il se rappellera les brumes si délicates # qui enveloppent d’un voile argenté, au prin-

4. D'ailleurs, au jugement de Mérimée, Beyle sera toujours peu sensible à l'architecture. Il aurait été plus juste peut-être de dire : à l'architecture gothique.

2. Ne dit-il pas dans son Journal d'Italie, en 1811 (149) : « Je me faisais un grand sujet de reproche de n’avoir pas vu l'Ambrosienne autrefois, pendant mon premier séjour à Milan... » Nous pouvons donc penser qu’il vit tout le reste. (Un passage inédit de son journal, — prairial an XII, — rappelle qu'il a visité jadis la Simonetta et entendu son écho, alors célèbre.)

3. Faut-il noter qu’au moment où Beyle arriva pour la première fois à Milan il put voir encore le Castello tout entouré de ses fortifications à la Vauban ? Aussitôt après Marengo, on travailla nuit et jour à les raser (cf. Miscellanea politica, dans la Bibl. Ambrosienne). La façade du Dôme n’avait d’achevé que quelques portes et fenêtres : quand Beyle revint habiter Milan, elle était récemment terminée. (On trouvera reproduites dans le livre de Verga, Storia della Vita Milanese, quelques gravures contemporaines, représentant le Castello et la façade de la cathédrale avant 1800.) Enfin, il ne connut point alors ces arcs de triomphe, l’Arco della Porta Ticinese, V Arco del Sempione, commencés sous l’Empire français, et achevés par les Autrichiens, qui se contentèrent d’en modifier la dédicace. C’est aussi en 1814 seulement qu'il put voir les Arènes neuves se dresser sur ce Foro Napoleone, que Napoléon voulait entourer, à la romaine, de magnifiques monuments, et où il n’a laissé que son nom.

4. €... nous nous promenâmes aux Tuileries par une charmante brume de printemps qui me rappelait absolument Milan. » (Journal, 226.)

temps ou à l’automne, le rouge des briques ou l’or des vieux marbres milanais ; il se rappellera aussi, et non sans attendrissement, « une certaine odeur de fumier particulière à ses rues 1 »

Ses promenades archéologiques avaient été interrompues, quelques semaines après son arrivée, par un voyage au lac Majeur. Beyle, que le Dauphiné et Jean-Jacques avaient fait sensible à la nature, ne découvrit rien moins dans ce voyage qu’un aspect nouveau de la beauté. Une longue lettre à sa sœur Pauline révèle combien il y fut sensible ?.

€ J’ai fait dernièrement un voyage assez agréable qui m'a éloigné pour quelques jours des carrefours brûlants de cette ville. J’ai été avec D'aru] recevoir la forteresse d’Arona #, et, par occasion, J'ai visité les divines îles Borromée... Îmagine-toi un lac demi-circulaire...; à mesure que l’on s’avance sur ces ondes tranquilles, les coteaux deviennent montagnes, et la partie du lac, voisine de la Suisse, est environnée de rochers sourcilleux… Ces bords sont tranquilles : peu de maisons, point de culture, nulle trace de ces treilles détestables, de ces palissades qui défigurent les célèbres bords du Léman. Ici la nature se montre partout ; de temps en temps, on rencontre une petite barquette montée par deux pêcheurs. Jamais Je n'ai vu un si bel aspect : les expressions manquent à mes sentiments... » |

Sans doute les descriptions de Beyle ne valent pas celles de Jean-Jacques. Mais l'essentiel, n'est-ce point qu'il sache admirer « ce lac divin », ses « détours enchan-

AJour. dI1 417;

2. Corr., I, 20-21. Cette lettre n’est point datée. M. Paupe, j'ignore sur quel indice, la suppose de 1801. Il se trompe d’un an. *

3. D’après l’article VI de la convention que signa le baron de Mélas après Marengo, Arona faisait partie des sept places de guerre qui devaient être évacuées du 16 au 20 juin. Pierre Daru était l’un des huit commissaires désignés par l’article XIT pour faire exécuter la convention. (Corr. de INGDOReT VII 456-457.) Une lettre de Berthier au Premier Consul fixe l'occupation d’Arona au 20 juin. (De Cugnac, lie. cit, II, 488.)

* Cette erreur conduit M. Henri Martineau (lis. cit., 21) à admettre deux excursions aux îles Borromées.

teurs » et sa € situation romantique » ? Ne semble-t-il pas qu’il ait compris la nouveauté de ce paysage, plus pur et plus parfait que tout ce qu’il avait vu ailleurs ? Ce n’était plus l’âpreté des cimes dauphinoises, ou la tristesse sauvage du Saint-Bernard ; ce n’était plus même l’immense azur du Léman, et les contrastes grandioses de ses montagnes. Ici nulle rudesse, point d’oppositions tranchées, rien de surhumain. Les collines vertes se miraient harmonieusement dans l’eau bleue, sur laquelle flottaient comme des fleurs de petites îles parfumées. Le dessin des rochers était ferme, mais sans audaces inquiétantes. La grandeur en restait mesurée. Et l’infinie variété de ces formes et de ces nuances ne tombait pas dans la confusion. Les détails en étaient choisis avec une délicatesse exquise, et l’ensemble demeurait large, simple et mélodieux. Ce paysage, composé comme une œuvre d’art, et que l’œil embrassait toujours avec aisance, ainsi qu'un tableau bien proportionné, n'avait d’autre défaut que sa perfection même. Pour la première fois, Beyle pouvait admirer la douceur et la noblesse grave des paysages italiens, de ceux qu’il devait le mieux aimer !.

C'était pour Beyle une grande découverte ?, et qui venait à son heure. Aux amertumes passionnées de son enfance s’étaient parfaitement accordées les rudes montagnes de son pays natal. Mais, depuis qu’il était entré en Italie, il se sentait une âme nouvelle. Pour la première fois il connaissait le bonheur. Et la sérénité magnifique de cette nature souriante semblait répondre à ses rêves secrets. Pareil paysage n’était-il pas un conseiller de joie et d’amour ? Beyle le sentit peut-être mieux qu'il ne l’exprima, et c’est à son émotion qu’il pense quand il

4. Très sensible à la beauté du lac de Côme, les collines florentines le laissent indifférent.

2. Les rives du lac Majeur et les îles Borromée semblent rester pour lui, pendant de longues années, le paysage idéal. Dans son Journal de 1805, il rappelle un jour « ce que ces îles ont été pour » son € âme charmée » (238). II les revit en 1811 (Jour. d’It., 278-9) : « Cette vue fait le pendant de celle de la baie de Naples, et est bien plus touchante.Ces îles me semblent produire le sentiment du beau en plus grande quantité que Saint-Pierre.

Enfin, mon esprit. a trouvé quelque chose où rien n’est à blâmer...

écrit : € Surtout ne montre cette lettre à personne..., elle est pleine de ridicule pour les âmes froides. » C’est déjà le mot d'ordre mystérieux du beylisme : to the

happy few 1.

À son retour, Beyle vit, pour la première fois peut-être, le vainqueur de Marengo ?. Il fut « admis dans sa loge à la Scala, pour rendre compte de mesures relatives à l’occupation de la citadelle d’Arona $. » Entendons qu’il accompagna modestement Daru, quand Daru vint rendre compte de sa mission.

D'ailleurs en ce temps-là Bonaparte était indifférent à ce Jeune républicain, s’il ne lui était pas odieux. Bientôt Beyle le détestera comme un tyran pour lequel il rêve un nouveau Brutus. Quant à sa gloire militaire, elle est trop proche peut-être pour l’éblouir. Lorqu’il cherchera un maître en stratégie, ce n’est point à Bonaparte qu’il s’adressera, c’est à Turenne.

Mais, dans l’été de 1800, Henri Beyle, qui n’était point

1. Colomb nous assure que Beyle, enthousiasmé par la vue du lac Majeur, lui aurait écrit pour lui raconter son voyage. Colomb a d’ailleurs tout brouillé. Ce voyage militaire à Arona, cette traversée sur une canonnière autrichienne, se transforment en excursion de touriste. L'aide de camp de Mélas, « jeune homme charmant, à quelques préjugés près », dont parle Beyle, devient le fils du général Mélas, profitant de l'armistice pour visiter la Lombardie. Les souvenirs de Colomb sont-ils plus exacts, quand il parle de la « longue lettre descriptive » que lui envoya Beyle ? « Sa jeune imagination s’essayait déjà d'une manière fort agréable sur ce beau paysage. Il vit alors, dans toute sa fraîcheur, le mot bataille, que Bonaparte avait buriné, tout récemment, sur l’une des deux branches de ce laurus nobilis, qu’on fait encore remarquer aux voyageurs, au milieu du magnifique bosquet de lauriers, des jardins de l’Isola Bella... » (Notice, XXVI-XXVII.)

2. Chose singulière, Beyle ne se rappelle pas exactement où ni quand il a vu pour la première fois son héros. « C'était au fort de Bard », écrit-il dans la Vie de Napoléon, mais nous savons qu'il n’en est rien. Si Beyle ne l'avait pas rencontré à Paris, s’il n'avait pas assisté, le 18 juin, à son retour à Milan après Marengo, ce serait bien à la Scala qu’il aurait fait la découverte de Bonaparte. L'entrevue ne put avoir lieu qu'entre le 20 et le 25 juin, puisque ce jour-là Bonaparte quittait Milan.

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