Jour. d’Ii
3. Jour. d’IL., 116. Cette transfiguration poétique de Milan ne sera point inutile à Beyle, onze ans plus tard. Angela sera étonnée et attendrie de savoir que cet amour ignoré d’elle avait à ce point rempli le cœur de Beyle : «.… elle redoublait de tendresse quand je lui rappelais les traits de mon ancienne passion.
Il paraît que ce souvenir que j'ai conservé si longtemps de mille petites choses lui a paru remarquable... » (1d., 154.)
ses velléités guerrières!, Ame cornélienne, Beyle ne veut-il point, afin de mieux mériter l'amour de cette femme sublime, la conquérir par l’héroïsme ?
Mais il quitta Milan, et s’en alla mener une vie obscure de garnison. Sa fidélité eut peut-être alors quelques défaillances. N’écrit-il point dix ans plus tard : «.… le séjour de Bergame et de Brescia m'avait déjà séparé d’elle, longuement. Je ne sais pas même si, à Bergame et à Brescia, je ne la haïssais pas ?. » Ce serait par dépit alors qu’il aurait cherché à s’éprendre d’une autre femme. Et il faut bien avouer que nulle part dans son journal de 1801 il ne fait allusion à l’amour d’Angela. Nous le voyons au contraire nommer une « charmante madame Martin », qui est, elle aussi, la maîtresse d’un autre 3. Aiïlleurs apparaît une madame Marini, et même une blanchisseuse de Brescia, qui lui fit oublier la figure de madame Marini 4. Mais ne nous arrêtons point à ces passagères fantaisies. Que Beyle ait ou non perdu quelques mois Angela Pietragrua, qu'importe, s’il l’a plus tard retrouvée, bien vivante, dans son plus amoureux souvenir 5 ?
À peine aura-t-il quitté l’Italie, que s’effaceront au fond de sa mémoire toutes les autres figures de femmes. Et, par un phénomène contraire, à mesure que passeront les années, l’inoubliable image d’Angela semblera se faire pour Beyle plus réelle et plus désirable. Lui arrive-t-il
1. Peut-être Beyle n’a-t-il abandonné les bureaux pour la cavalerie qu’afin de séduire Angela. Cette hypothèse s'accorde tout au moins avec son rêve de revenir colonel.