‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 295 sur 369 · Jour. d’It · texte numérisé non relu

Jour. d’It

* Historique du 6° régiment de dragons, Delagrave, s. d., in-8°. ** Comme le prouvent ses effectifs réduits de 510 hommes à 400.

crinière noire, le sabre, les bottes et les éperons 1, c'était de quoi faire figure à la Scala, et conquérir peut-être le cœur capricieux d’Angelina.

Cependant Pierre Daru s’occupait de sa fortune avec autant d'amitié que d’esprit 2. Il n’avait pas seulement recommandé son cousin au chef du bureau de la cavalerie, le citoyen Durosnel, pour la confirmation de son grade : «son courage » n’avait-il point, d’après Daru, « emporté » Beyle « sur les traces du premier consul au delà des Alpes », et pouvait-on «en faire moins qu’un sous-lieutenant » ? Mais, habilement, il ménageait encore lavenir : € Dans quelques mois, je vous demanderai pour lui du galon.. S'il le faut, je vous enverrai pour vous séduire la Vénus de Médicis que Mazeau est chargé d’enlever # ». Henri Beyle pouvait-il souhaiter plus gracieuse marraine, à son entrée dans la gloire ?

Pierre Daru conservait donc près de lui ce jeune dragon, occupé à une obscure besogne de scribe, tandis que, dans les plaines du Pô, sur l’Adige, sur le Mincio, Autrichiens et Français se préparaient à de nouveaux combats. Dès le milieu d'août, la reprise des hostilités était prévue 4. Les Autrichiens, pas encore sûrs de leur défaite, voulaient recommencer l’épreuve de Marengo. L'empereur n’avait point consenti à ratifier les préliminaires de la paix. Le

1: On connaît le passage du Rouge : « Dès sa première enfance, la vue de certains dragons du 6€, aux longs manteaux blancs, et la tête couverte de casques aux longs crins noirs, qui revenaient d'Italie, et que Julien vit attacher leurs chevaux à la fenêtre grillée de la maison de son père, le rendit fou de l’état militaire » (I, 21).

La tenue du 6€ dragons resta sensiblement la même de 1791 à 1812 : casque de cuivre, avec turban de peau; habit vert, aux parements, collet et revers rouges ; gilet de drap blanc ; culotte de peau ; buffleteries blanches et bottes noires ; manteau blanc. Les sapeurs du régiment avaient le bonnet à poil. — Mais Henri Beyle n’a porté que l’uniforme des officiers : leur casque était doré, et couvert d’une peau tigrée ; leur manteau vert. Ils étaient armés d’un sabre et de deux pistolets, tandis que les hommes avaient encore un fusil et une baïonnette.

2. On pourra lire à l’appendice la longue lettre inédite de Daru au docteur Gagnon. C’est une document précieux sur la façon à la fois bienveillante et autoritaire dont il entendait protéger Beyle.

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