‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 311 sur 369 · Jour. d’It · texte numérisé non relu

Jour. d’It

&. Jour. d’It., 13, 15, 17, 18. Cette traduction existe à la bibliothèque de Grenoble, R 5896, t. XIV. Il en commença une seconde version ; mais il s’arrêta cette fois à la dixième scène, (Bibl. de Gren., R 302, cahier de 2% pages.)

le livret était tiré de l’Arioste, il conçoit le projet d’en faire « une belle tragédie », et aussitôt bâtit son plan 1.

Entre temps, pour s’encourager, il relit ce Selmours, qu'il avait fait et refait, en prose, en vers, quand il vivait encore à Grenoble. Et il en est assez content ?.

Aussi bien ne croit-1il pas sentir en lui la fécondité débordante et le caprice du génie ? L’inspiration le saisit à limproviste, en voyage, ou dans la rue ; les idées de pièces surgissent sans cesse dans son esprit ; et, pour ne point les perdre à mesure, il en esquisse le plan aussitôt. À Reggio, le 16 ventôse an IX, il fait le canevas d’une « comédie en 5 actes et en prose », les Quiproquos $ : Crispin et son maître Valère rencontrent, aux environs de Naples, une Italienne toute aimable, qui se nomme Juliette, et quelques Italiens fripons. L’un d’eux prétend se faire agréer de l'héroïne, dont Valère est déjà épris. Et cela conduit à maintes intrigues, méprises et coups de théâtre, jusqu’à la dernière seène, où, comme il convient, Valère finit par épouser Juliette. Beyle en est encore, on le voit, à l’Ætourdi de Molière.

Mais la comédie ne lui suffit pas, il prétend rivaliser avec Corneille ou Racine, et, sur le même cahier où il a écrit les Quiproquos, il note le projet d’un Ulysse, «tragédie en cinq actes et en vers », qui devait être « presque toute faite avec des passages d’Homère 4 ». Puis c’est une tragédie moyen-âgeuse, le Soldat croisé revenant chez ses parents. Comme l’auteur de Mérope et de Zaire, Beyÿle

4. Jour. d’It., 28, 29. De même pour l’Aventurier nocturne, de Federici (9, 29).

3. Bibl. de Gren., R 5896, t. XV : six grandes pages, contenant le plan développé des cinq actes. — Le 11 floréal, il regrette que les Quiproquos ne soient pas en vers (Jour.d’Il., 6).

4. Je retrouve un plan d'Ulysse, un peu plus tard, à la date du 21 floréal an X (R 302; trois pages sur les caractères) : « Quel est le problème? Ulysse rentrera-t-il, ou ne rentrera-t-il pas en possession de son trône? » Cette tragédie d'Ulysse se confond sans doute avec la Pénélope, dont il parle dans son journal du 18 frimaire an X, et qu’il avait conçue ce même jour en lisant la traduction de l'Odyssée par Bitaubé (Jour. d’It., 49). Le projet de Stendhal fut réalisé par Ponsard dont la tragédie d'Ulysse fut représentée à la Comédie- Française le 18 juin 1852,

veut mêler dans son œuvre l’antiquité et les temps modernes.

Pourtant, un peu plus tard, il se repentira de son audace : « Tout bien considéré, je ne me crois aucun génie pour la tragédie. Ainsi j’abandonne Ulysse et Ariodant.… Je me crois plus près d’une bonne comédie que d’une bonne tragédie. — J’ai dix-neuf ans accomplis, il est temps de me faire connaître ; ainsi il faut tout sacrifier pour traiter le Ménage à la mode».

Ce Ménage à la mode, auquel Henri Beyle veut ici «tout sacrifier », fut l’objet de longues méditations. Quand Beyle le concevait à Bergame, il se sentait plein d° « espérance ». Il le reprendra plus tard en Piémont ; il voudra le recommencer à Paris 2. C’est encore une comédie d’intrigue, « en 5 actes et en vers », d’une complication excessive : Pauline épousera-t-elle Velson, « jeune homme de vingt-cinq ans, vif, impétueux », qui « adore Pauline » et qu’elle aime « de tout son cœur », ou la mariera-t-on au chevalier d’Arnanche, « jeune fat outrant tous les défauts actuellement à la mode parmi nos jeunes gens, parlant sans cesse de sa noblesse de vingt-quatre heures, et de la religion de nos pères » ? Beyle faisait triompher l’amour et la nature : Pauline épousait Velson.

En jetant sur son œuvre ébauchée un coup d’œil d’ensemble, le 23 messidor an IX, Beyle, satisfait d’y voir quatre ou cinq comédies, deux tragédies, et un drame larmoyant, se disait non sans fierté qu'il pouvait espérer quelque succès dans la carrière du théâtre $. Ce qu'il a laissé de ces premiers essais ne nous donne véritablement point une aussi flatteuse impression. Mais il n'importe. Beyle, tout entier à son génie dramatique, s’absorbait dans la pensée de sa gloire future, et vivait dans une illusion bienfaisante.

Tous les jours plus étranger à son métier de soldat, il

1. Ce passage inédit est un peu postérieur au retour de Beyle en France. Il se trouve à la suite du projet d'Ulysse.

2. Bibl. de Gren., R 302 ; ce cahier d’une dizaine de pages porte les dates du 12 frimaire et du 24 prairial an X.

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