‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 76 sur 369 · Id · texte numérisé non relu

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3. Tout plein de ces tendres souvenirs, Stendhal a fait le plan de la cour où Lambert sciait du bois, il a dessiné la cloison à jour du bûcher, « formée de montants de noyer façonnés au tour, comme une balustrade de jardin. » (Id., 172.)

4. M. Ernest Seillière croit ici reconnaître dans le petit Beyle un « disciple précoce de Jean-Jacques. » (Liv. cit., 255.) C’est une étrange explication.

d’une libre camaraderie, un peu de l’admiration tendre qu'éprouvent les petits garçons pour les jeunes hommes adroits et forts, tels qu'ils voudraient être. Mais ce sentiment banal devenait ici ardent et profond.

L’ambition de Lambert le perdit. Il avait acheté un mûrier pour élever des vers à soie. En cueillant les feuilles, il tomba.

« On nous le rapporta sur une échelle. Mon grand-père le soigna comme un fils. Mais il y avait commotion au cerveau, la lumière ne faisait plus d'impression sur ses pupilles, il mourut au bout de trois jours. Il poussait dans le délire, qui ne le quitta jamais, des cris lamentables qui me perçaient le cœur.

Je connus la douleur pour la première fois de ma vie. Je pensai à la mort !. »

L’angoisse et la tendresse, l'amour qui se fond en une immense pitié, à quel âge Beyle a-t-1l fait cette découverte redoutable? On ne sait ?. Mais des années semblent avoir passé depuis la mort de sa mère. Alors ç'avait été seulement l’obscur désespoir d’un petit enfant qui ne comprend pas, de « la folie » toute mêlée encore d’instinct. Maus, quand mourut Lambert, il savait déjà, il comprit. € La douleur de la mort de Lambert fut de la douleur comme je l’ai éprouvée tout le reste de ma vie, une douleur réfléchie, sèche, sans larmes, sans consolation. »

Il est rare qu’un enfant si jeune ait déjà fait deux fois

MNHMBr, 1010 2. « Quel âge pouvais-je avoir alors ? Cette idée de toupie indique du moins

l'âge de ma raison. Je pense à une chose, je puis faire rechercher l'extrait mortuaire du pauvre Lambert, mais Lambert était-il un nom de baptême ou de maison ? Il me semble que son frère, qui tenait un petit café de mauvais ton, rue de Bonne, près de la caserne, s'appelait aussi Lambert. » (1d., 172.)

J'ai fait moi-même, et fait faire, les recherches dont Beyle eut un instant la pensée. Mais elles sont restées inutiles. L’incertitude sur le vrai nom de Lambert en est peut-être la cause. J’ai vu moi-même les registres mortuaires de la paroisse de Saint-Louis, à laquelle appartenait la maison Gagnon. Ils s'arrêtent à l’année 1792. Aucun mort, de 1789 à 1792, ne portait le nom ni le prénom de Lambert. On en pourrait conclure sans doute que la mort de Lambert est du moins postérieure à 1792. Les investigations faites d'autre part sur ma demande dans les registres de l’état-civil n’ont fait trouver qu'un Hugues Lambert, âgé de 38 ans, qui mourut le 13 septembre 1794. Mais il mourut à l'hôpital, et le

récit de Beyle semble exclure cette hypothèse.

l’expérience de perdre ce qu’il aime le plus au monde. Il est plus rare encore d’en souffrir comme Henri Beyle. Cette fois rien ne lui fut épargné, pas même l’horreur d’une agonie tragique. Mais c’est lui qui en rechercha l’émotion, avec la cruauté qu’ont pour elles-mêmes les sensibilités eXCESSIVES.

«J'étais navré et sur le point de tomber... en entrant dix fois le jour dans la chambre de mon ami dont je regardais la belle figure, il était mourant et expirant.

Je n’oublierai jamais ses beaux sourcils noirs et cet air de force et de santé que son délire ne faisait qu'augmenter… Après chaque saignée je voyais tenter l’expérience de la lumière devant les yeux...

On le cloua dans sa bière, on l’emporta 1... »

Henri Beyle n’oublia pas. Il n’était point de ces cœurs, vaguement émus de tout, et dont la sensibilité abondante et molle se console comme elle s’afflige. Rien ici de l’âme gémissante d’un Lamartine. Les tendresses de Beyle étaient exclusives. À côté vivaient très bien la dureté et la haine. Mais déjà, dans ce cœur tout petit, les émotions laissaient une brûlure ineffaçable.

Huit jours après la mort du « pauvre Lambert », on servit à table une petite écuelle ébréchée qui avait reçu le sang du moribond. L’enfant revit l’affreuse agonie. I fondit en larmes ; ses sanglots l’ « étouffaient ».

Mais on trouva exagéré, ou ridicule, ce brusque désespoir. Séraphie lui « fit une scène ». Déjà n’avait-elle pas €vertement blâmé » son émotion, quand il entrait, tout chancelant, dans la chambre de Lambert 2? L’enfant ressentit jusqu’à l’âme un reproche aussi cruel. Il s’enfuit à la cuisine, cette cuisine où son cher ami n’était plus, (en répétant à demi-voix » et pour se « venger : infâme ! infâme 3 ! »

L'enfant apprit donc, une fois de plus, qu'il faut,

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