‹ La jeunesse de StendhalChapitre 177 sur 288 · L ESPRIT DES ECOLES CENTRALES · texte numérisé non relu

L ESPRIT DES ECOLES CENTRALES

«... Vous avez rallumé le flambeau tout près de s'éteindre ; vous avez fait partout briller la vérité. La lumière philosophique, communiquée de toutes parts comme une étincelle rapide, a éclairé on même temps tous les points de la république ; une heureuse émulation s'est saisie de tous les esprits : partout la jeunesse s'éveille ; avide de savoir, après avoir appris à rougir de son ignorance, elle ne connaît plus qu'un plaisir, celui de s'instruire. »

(François de Ncufchàtcau, ministre de l'Intérieur, aux professeurs des Ecoles centrales, l? vendémiaire an VII.)

Les Ecoles centrales, comme on le sait, durèrent i^eu. Ouvertes au milieu d'un enthousiasme que n'éprouvaient pas leurs seuls fondateurs, inaugurées dans certaines villes au son des cloches et au bruit du canon, elles moururent plus vite encore que n'ont coutume de changer en France les programmes de l'enseignement : instituées par un décret du 25 février 1795, réorganisées par Daunou à la fin de la même année, elles disparurent dès 1802. Il serait intéressant de chercher si la génération qu'elles n'eurent pas même le loisir de former complètement ne se distingue point par quelques traits de celle qui précède et de celle qui suit, des enfants élevés dans les collèges royaux et de ceux que disciplina l'Université impériale. Toujours est-il que bien peu d'hommes purent se dire les élèves de l'Ecole centrale, et d'elle seule. Henri Beyle fut de ces hommes-là.

C'est une des circonstances notables de sa vie.

Les Ecoles centrales ressemblaient aussi peu aux collèges de l'ancien régime qu'aux lycées de l'Empire. Dans ceux-là comme dans ceux-ci, l'enseignement littéraire avait le premier et presque le seul rôle, et un enseignement littéraire où les mots tenaient plus de place que les idées. Pour des croyants, comme pour un gouvernement autoritaire, il semble inopportun d'apprendre aux enfants à penser par eux-mêmes, tandis que l'élégante expression des lieux communs ne présente aucune espèce de danger. Les fondateurs de l'Ecole centrale au contraire étaient des philosophes et des esprits libres. Qu'ils aient voulu, comme on a pu le leur reprocher ^, créer un enseignement trop utilitaire, c'est ce que je n'examine point ici. Mais bien plus encore, semble-t-il, des hommes comme Destutt de Tracy se préoccupaient de former les intelligences et de leur apprendre à bien penser. Ils étaient sans doute non moins soucieux que les oratoriens ou les jésuites de culture désintéressée ; mais ils entendaient autrement cette culture. Ils ne voulaient point faire des beaux-esprits, mais des esprits capables de chercher la vérité, suivant les méthodes nouvelles, leurs méthodes. Car cet enseignement, tout autant que celui d'une école congréganiste, avait sa doctrine ofTicielle, qui était celle des Idéologues^. Jamais sans doute à aucune époque les philosophes et la philosophie n'inspirèrent aussi complètement les principes comme les programmes d'une éducation nationale.

Si l'esprit de l'enseignement était changé, sa matière ne l'était pas moins. Elle s'élargit singulièrement. On y vit figurer le dessin, les langues vivantes, la législation, l'histoire : mais surtout les sciences, pour la première fois, prirent dans les études leur place, une large place. Les mathématiques, la physique et la chimie ^ composaient à

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